21 salariés du studio parisien Eugen Systems, spécialiste du jeu de stratégie en temps réel, se sont mis en grève le 14 février à midi. Ils fustigent des infractions au Code du Travail de la part de la direction.

La Saint Valentin des 21 employés d’Eugen Systems, le studio de jeux vidéo fondé en 2000 par Cédric et Alexis Le Dressay, a probablement eu un amer goût de rupture. Après 15 mois de discussions tendues avec la direction, ces salariés ont décidé de se mettre en grève le 14 février 2018 à midi. Le mouvement a spontanément été reconduit.

Cela fait sept ans qu’un studio français n’a pas connu une telle situation : pour mémoire, la dernière grève de salariés du jeu vidéo en France concernait Eden Games en 2011.

Dans un communiqué relayé par le nouvellement créé Syndicat des Travailleurs et Travailleuses du Jeu Vidéo (STJV), les employés en grève dénoncent de graves atteintes à leurs droits, comme des heures supplémentaires non payées ou des requalifications de poste unilatérales. « Face à l’absence manifeste de considération pour la valeur de notre travail, nous en sommes arrivés à la conclusion que, pour nous faire entendre, nous n’avions plus d’autre option que de nous mettre en grève  », peut-on y lire.

Le président et co-fondateur du studio Eugen Systems, fleuron français du jeu de stratégie en temps réel

Un cas loin d’être isolé

Interrogé par Factornews, une employée du studio confie : « Depuis environ un an, date de l’entrée en fonction de nos délégués du personnel, nous avons remonté par leur intermédiaire des irrégularités dans le fonctionnement du studio : les salaires minimums pas toujours respectés, les frictions avec la direction créative des projets développés dans l’entreprise et la gestion administrative complètement à l’arrache, entre autres choses. Nous avons tenté d’instaurer un dialogue avec la direction du studio afin d’améliorer la situation, mais elle a toujours refusé de nous écouter. »

Nos confrères de Gamekult révèlent par ailleurs que la tension serait palpable au sein du studio. Ces dernières semaines, des game designers auraient même claqué la porte de l’entreprise, las de constater l’enlisement de la situation. Dans ce milieu très opaque, la création du STJV aurait ainsi permis aux travailleurs de l’industrie du jeu vidéo de peser collectivement sur les employeurs.

Les récentes enquêtes de Canard PC et Mediapart, qui ont révélé de graves manquements au Code du Travail chez de nombreux studios, commencent manifestement à faire bouger les lignes d’un secteur d’activité encore peu connu du grand public.

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