Le dernier volet des aventures de César, héros simiesque de La Planète des Singes, débarque en salle ce 2 août 2017. Alors que les blockbusters hollywoodiens continuent de s'imposer tels des rouleaux compresseurs, cette Suprématie propose un tout autre rythme et un tout autre propos que ses pairs.

Le défilé de la collection été 2017 des blockbusters hollywoodiens vient tout juste de démarrer, et le niveau semble encore une fois être relativement bas. Transformers : The Last Knight a visiblement ouvert le bal de manière grossière, quand le prochain Spider-Man : Homecoming s’annonce bien plus fun mais tout aussi réchauffé.

Après le reboot de la franchise en 2011 par Rupert Wyatt, toujours dérivée du roman de science-fiction signé du Français Pierre Boulle avec Les Origines, c’est au réalisateur Matt Reeves (Cloverfield) qu’a été confiée la suite des aventures de César. Le primate, premier de son espèce à avoir développé une intelligence humaine après avoir subi des expériences concernant la maladie d’Alzheimer, fait son retour en salle ce 2 août.

Dès le second opus, L’Affrontement, la saga adoptait un ton plus guerrier, en mettant en scène la lutte entre deux civilisations, tout en suivant la progression de son héros. Ce deuxième film était une excellente surprise, notamment grâce à une mise en scène soignée, riche de sens et forte en symbole(s) — ce que les productions de cette ampleur ont pour la plupart délaissé pour plus d’exposition.

Trois ans plus tard, peu de choses ont changé. Ce dernier opus débarque dans un contexte tout aussi similaire que le précédent, avec la mission supplémentaire de conclure cette trilogie grâce à la guerre tant attendue entre hommes et singes. Cette Suprématie est-elle pour autant une aussi bonne surprise que son prédécesseur ?

La guerre comme simple prétexte

Dans cette suite, les singes se sont isolés au cœur d’une épaisse forêt du centre des États-Unis. César (Andy Serkis) est toujours aux commandes de cette société nouvelle, et doit faire face au désespoir des hommes encore en vie, qui ne cessent de chercher leur cachette.

Le leader animal essaye pourtant de ne pas céder à leurs provocations et continue de militer pour la paix. Seulement, un ancien colonel (Woody Harrelson) à la tête d’un groupe de soldats survivants légèrement extrémistes ne l’entend pas de cette oreille… L’une de ses tentatives d’assassinat provoque la fureur de César, lancé dans quête vengeresse quasi-aveugle. Si on pouvait légitimement redouter une certaine forme de redite avec le précédent opus,on comprend dès les premières minutes que cette crainte n’a pas (totalement) lieu d’être. La scène d’ouverture brute et percutante proposée par Matt Reeves nous fait plonger la tête la première dans son récit.

Le réalisateur épouse ici plus que jamais le point de vue des singes, pour mieux faire comprendre que la guerre est surtout provoquée par les hommes… et que le véritable sujet du film reste César. Passé de révolutionnaire à chef de groupe, le héros se retrouve confronté aux travers de l’Homme, qu’il s’agisse de ceux du colonel et de son groupuscule ou de ses propres pulsions émotives. En cela, le film offre une magnifique conclusion à cette trilogie, qui aura tout du long joué le rôle de miroir d’une humanité désespérée.

L’émotion à fleur de poil

Si le titre du film peut laisser penser à un long-métrage axé sur les batailles, ce troisième opus de La Planète des Singes se veut beaucoup plus spirituel. Certes, le long-métrage offre quelques scènes de guerre explosives mais elles ne sont clairement pas les éléments les plus impressionnants. La vraie prouesse consiste à faire reposer la narration sur des personnages en performance capture, criants de réalisme, qui nous font oublier les effets spéciaux pour jouer avec nos émotions.

Un choix d’autant plus osé (et réussi) que la majorité des échanges entre personnages se fait sans l’usage de la parole mais uniquement par les mouvements et la mise en scène. Le film y gagne en lisibilité et en simplicité, et prend même le temps d’installer une ambiance pesante et dramatique de plus en plus rare dans une production estivale. En reprenant certains codes du western, La Planète des Singes – Suprématie surprend par son rythme et par son absence très appréciable de jugement moral.

Les choix de César ou du colonel questionnent sans cesse leur propre rôle, mais le film évite de pointer du doigt l’un ou l’autre. Du moins, il essaye, sans pouvoir cacher une empathie plus marquée pour son héros plutôt que pour son opposant.

Si Woody Harrelson livre une prestation correcte mais assez fade dans le rôle d’opposant, le vrai tour de force est signé Andy Serkis. L’acteur, qui n’a pourtant plus rien a prouver depuis qu’il incarné Gollum et Kong grâce à cette technologie, pousse encore plus loin son travail d’interprétation atypique.

Le reste du casting excelle également, avec la jeune et fascinante Amiah Miller mais également une Karin Konoval toujours aussi touchante en Maurice et l’hilarant Steve Zahn en Bad Ape, qui offre les quelques rares moments de légèreté bienvenus dans le long-métrage.

Des ficelles un peu grosses

Pendant plus de la moitié du long-métrage, le récit s’avère aussi passionnant qu’intense. Malheureusement, certains défauts apparus dans le troisième acte obscurcissent le tableau, notamment des ficelles un peu grosses visant à amener l’histoire à sa conclusion. Un passage en force d’autant plus regrettable que la principale qualité du film résidait dans son tempo assez lent et son souci du détail.

Du propre aveu de Matt Reeves, certaines scènes ont été largement coupées pour se concentrer sur le personnage de César pendant ces 2 heures 20. Un choix louable, mais qui laisse un sentiment d’accélération assez désagréable et donne lieu à un regrettable (mais ponctuel) manque de cohérence géographique. Toutefois, l’accumulation de ces défauts en fin de film font d’autant mieux prendre conscience de la qualité réelle de ce volet de conclusion.

Récit suffisamment classique pour se montrer efficace et assez symbolique pour faire réfléchir le spectateur, La Planète des Singes — Suprématie est un bon blockbuster, en phase avec l’époque, mais assez limité dans son développement.

Il offre des scènes de guerre intense et ravira les spectateurs déjà séduits par les deux précédents opus. On regretta simplement que les défauts techniques et scénaristiques du film empêchent son propos de se montrer réellement transgressif. En l’état, cela reste un très bon divertissement, probablement bien supérieur à la majeure partie des blockbusters attendus en salle cet été.

 

En bref

La Planète des Singes - Suprématie

Note indicative : 4/5

Au final, la réussite de La Planète des Singes - Suprématie tient surtout à César et à son dramatique éveil vers l’humanité qui trouve ici sa conclusion. Le film se révèle beaucoup moins intéressant dans une dernière partie qui ne sait pas vraiment comment conclure et transcender ses symboles.
Le long-métrage de Matt Reeves n'en reste pas moins l'un des meilleurs blockbusters hollywoodiens de 2017, et sans doute ce que vous verrez de mieux au cinéma cet été. On regrettera les coupes dans le récit et certains thèmes abordés mais pas vraiment approfondis, qui l’empêchent d'être réellement excellent.

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  • Andy Serkis, meilleur que jamais
  • Une liberté créative visible dans la mise en scène
  • Une jolie et cohérente conclusion à la trilogie

Bof

  • Un scénario moins profond qu'il n'y paraît
  • Des facilités un peu grossières dans la conclusion
  • Quelques problèmes de montage

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