Sony édite depuis le début de l'année une sélection de « Clean Versions » aux États-Unis. Pour quelques dollars, le blockbuster cinématographique que vous louez est débarrassé de ses vulgarités, violences et autres contenus jugés plus ou moins sensibles pour les enfants. Pour les cinéastes, c'est un grave parjure à leurs œuvres.

Sony a décidé, cette année, de compléter son offre de films par des clean versions d’un certain nombre de ses blockbusters choisis dans son catalogue, de Spider-Man à Ghostbusters. Derrière ce lexique commercial, le studio censure simplement ces titres pour élargir leur audience. En retirant de ces longs-métrages des scènes jugées violentes ou vulgaires par les critères de notation américain, Sony espère dynamiser les ventes de ses vieux films.

Altérations

Mais pour Hollywood et les cinéastes, si le studio en a légalement le droit, il s’agit tout de même d’une indécente censure pour le travail des réalisateurs, producteurs et scénaristes. La DGA, qui réunit les réalisateurs hollywoodiens, a déjà fait savoir sa sévère désapprobation de l’opération commerciale de Sony.

Pour la guilde, il s’agit d’une violation des accords entre studios et réalisateurs : « En tant que créateurs de leurs films, les réalisateurs dédient souvent des années de travail acharné pour accomplir leur vision, et ils ont légitimement un intérêt à protéger ce travail. Nous sommes donc engagés à vigoureusement combattre toute altération non autorisée de nos films  » écrit l’organisation.

Des figures d’Hollywood ont été moins diplomates pour exprimer leur mécontentement, à l’instar de Judd Apatow qui a indiqué qu’il s’agissait d’une «  connerie absolue », précisant que Sony « subirait l’enfer pour avoir niqué nos films. » Face à cette levée de boucliers, le studio a été obligé d’adresser à la DGA et aux réalisateurs un communiqué d’excuses.

Désormais, aucune Clean Version ne pourra être réalisée sans l’accord du réalisateur, selon le studio. Les mécontents sont appelés à notifier Sony de leur veto.

Mieux vaut pas de blockbuster qu’un clean blockbuster

La DGA ne s’estime pas tout à fait satisfaite de cette décision bien qu’elle souligne l’effort du studio. Les cinéastes écrivent en réponse : « La guilde a informé Sony qu’elle attend la suppression de toutes les ‘clean’ versions en circulation jusqu’à que Sony sécurise le processus d’édition des films avec chaque réalisateur concerné.  »

Plus largement, la décision de Sony, en plus d’être cynique, interroge sur la portée artistique d’une telle décision. Alors que des films comme ceux d’Apatow ou de Seth Rogen sont concernés, comment le studio peut-il parler de Clean Version sans dénaturer profondément des œuvres ?

Ajoutons que les notations (Parental Guidance de la MPAA) pour les longs-métrages sont très strictes aux États-Unis, ce qui force chaque producteur et réalisateur a faire des choix de long terme quant aux niveaux de violence et de langage investis par la création. Dans un blockbuster, lorsque l’on voit du sang ou que l’on entend une vulgarité, ce n’est manifestement pas un hasard mais un choix savamment dosé.

Quant à l’idée de regarder des films violents sans violence avec ses enfants… Elle n’a pas besoin d’être commentée tant son paradoxe est évident.

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