La Corée du Nord continue d'inquiéter la communauté internationale après le prétendu lancement réussi d'une bombe H ce dimanche 3 septembre. Comment fonctionne la bombe à hydrogène et pourquoi représente-t-elle un enjeu stratégique pour Kim Jong-un ?

Ce dimanche 3 septembre, Kim Jong-un s’est félicité de la « réussite totale » du lancement d’une bombe à hydrogène (ou bombe H) nord-coréenne, suscitant dans la foulée nombre de réactions de la part de la communauté internationale. Les États-Unis se disent notamment prêts à une « réponse militaire massive » en cas de menace sur leur territoire.

En cas de confirmation, il s’agirait d’une avancée considérable pour le régime du dictateur bien décidé à « atteindre le but final, qui est de parachever la force nucléaire de l’Etat ».

Bombe A et bombe H, de la fission à la fusion

Les différences sont en effet majeures entre la bombe atomique (A) et la bombe à hydrogène (H). La première, restée tristement célèbre avec les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki par l’armée américaine en août 1945, fonctionne grâce à une réaction de scission. Un noyau lourd — de l’Uranium ou du Plutonium — se scinde en deux noyaux plus légers, qui en brisent eux-mêmes d’autres, déclenchant ainsi une réaction en chaîne qui se solde par une explosion nucléaire.

Dans le cas de la bombe H, arme thermonucléaire, la fission ne constitue qu’une première étape initiale, qui sert à atteindre des températures suffisamment importantes pour provoquer, à l’autre étage de la bombe, la fusion du Deutérium et du Tritium — deux isotopes de l’hydrogène. C’est cette fusion qui provoque une explosion encore plus forte, uniquement réalisable grâce à l’explosion au préalable d’une bombe A intégrée qui fait officie de déclencheur.

Schéma : Chloé Batiot, Numerama

La différence de puissance entre les deux bombes est considérable. À titre de comparaison, la bombe larguée sur Hiroshima avoisinait les 15 kilotonnes d’énergie, soit une valeur bien dérisoire face à la plus puissante bombe H jamais larguée, la Tsar Bomba russe, en 1961, dont la puissance est évaluée à 57 mégatonnes.

Si elle dit vrai, la Corée du Nord deviendrait le 6e pays officiellement capable de faire exploser une bombe H, après les États-Unis, la Russie, la Chine, le Royaume-Uni et la France — qui l’ont toujours fait dans le cadre de tirs d’essai.

La Corée du Nord bluffe-t-elle ?

En janvier 2016, la Corée du Nord avait déjà revendiqué l’explosion réussie d’une bombe H. Cette affirmation n’a cependant jamais été prouvée et les experts étaient nombreux, à l’époque, à douter de la véracité d’une telle affirmation. «  Les données sismologiques suggèrent que l’explosion a été considérablement moins forte que celle qu’on attendrait d’un essai de bombe H » déclarait ainsi le spécialiste de la politique nucléaire Crispin Rovere, avant de conclure : « À première vue, il semblerait [que la Corée du Nord] ait mené un essai nucléaire réussi mais n’ont pas réussi à mener à bien la deuxième étape, celle de l’explosion d’hydrogène ».

La revendication de ce 3 septembre — qui représente le sixième essai nucléaire de la Corée du Nord — est en revanche jugée beaucoup plus crédible. Séoul estime ainsi sa puissance à 50 kilotonnes, soit une force 5 fois supérieure à celle du dernier essai nucléaire de Pyongyang, qui avait eu lieu en septembre 2016.

Si la prudence est de mise sur la véracité des revendications nord-coréennes — la puissance affichée pourrait avoir été atteinte grâce à une « simple » bombe A à fission exaltée, qui peut grimper jusqu’à une centaine de kilotonnes –, la progression du régime dans le domaine nucléaire reste indéniable. Et inquiétante, puisque Pyongyang se dit capable d’installer sa bombe H sur son nouveau missile intercontinental testé cet été.

Peu avant cet essai, le régime avait publié des photos de Kim Jong-un en train d’inspecter une prétendue bombe thermonucléaire, jugée crédible par l’expert balistique coréen Young-keun Chang, cité par Libération : «  La partie avant ressemble à une bombe atomique qui déclenche la fission nucléaire, et la partie arrière, un second étage qui génère les réactions de fusion nucléaire. »

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