Au Vénézuela, la crise politique qui oppose le pouvoir chaviste à son opposition démocratique se joue aussi sur Twitter. Même partiellement censuré par le pouvoir, le réseau social joue le rôle de chambre d'écho internationale aux affaires de Caracas. Aujourd'hui, les proches de Maduro dénoncent une censure de la part de Twitter.

C’est encore depuis Twitter que nous prenons des nouvelles de la crise vénézuélienne agitant le pays depuis plus d’un an. Après des piratages multiples des comptes de l’opposition, ce serait aujourd’hui des twittos proches du gouvernement qui se seraient fait retirer leur accès au réseau social, selon les portes-paroles du pouvoir. Nicola Maduro, président qui peine à garder sa légitimité dans le pays, a dénoncé « l’expression du fascisme » de l’entreprise américaine.

L’impasse d’une crise trop longue

Nous sommes le 1er avril 2016, lorsque les caraqueños décident, pour une durée désormais illimitée, de manifester chaque jour le mécontentement face au pouvoir chaviste. Depuis les manifestations sont rythmées par les émeutes, les cocktails molotov et les crises multiples ; l’arrière-pays, halluciné par la violence qui secoue Caracas, reste immobilisé par l’inflation et les pénuries.

Caracas, forces de l’ordre,
CC. Rodrigo Suarez

Acculé, le pouvoir chaviste ne cesse de retarder son implosion, annulant et retardant les différentes élections qui auraient dû sortir le pays de sa crise. Même le Vatican, dépêché pour sortir le pays de sa torpeur, a échoué à conduire des négociations l’été dernier.

Depuis, la situation n’a de cesse de s’envenimer pour les vénézuéliens qui, en plus de subir la déroute politique du régime chaviste, payent au prix fort la crise du pétrole qui a percuté le modèle économique du Vénézuela.

Manifestation à Caracas
CC. Andresazp

Affaibli par les crises, le pouvoir a, depuis le début de la crise, multiplié les politiques de restriction des libertés publiques, en coupant à la fois certains médias internationaux et en menant une chasse aux journalistes sur son sol. Pour certains observateurs, Twitter serait également devenu une cible de la propagande chaviste qui s’exprimerait à travers des cyber-attaques et une monopolisation du canal informatique.

Le président vénézuélien a par ailleurs concédé que « La bataille qui se joue sur les réseaux sociaux est très importante  » à la suite de la « censure  » dénoncée un peu avant.

Une censure dénoncée mais à prouver

Et en effet, pour le chef du gouvernement vénézuelien, l’entreprise américaine Twitter aurait censuré les chavistes sur son réseau. On compte parmi les comptes suspendus ce week-end par l’entreprise de Jack Dorsey la Radio Miraflores, bolivariste, qui voit son compte suspendu (https://twitter.com/mirafloresfm). Diffusant depuis le palais présidentiel, la radio aurait outrepassé les règles de Twitter, mais l’Américain ne souhaite pour le moment pas commenter l’affaire.

Nicolas Maduro, 2015
CC. Image officielle

Maduro a profité de la suspension de ce compte pour dénoncer une large censure anti-chaviste, reprenant pour l’occasion le lexique habituel de son prédécesseur : « Au Vénézuela, Twitter a désactivé aujourd’hui des milliers de comptes pour la simple raison qu’il s’agissait des chavistes !  » s’indignait-il à la télévision. Notons que ce dernier n’a pas vu son son compte suspendu.

Offrant Twitter à l’opprobre, Maduro a cherché à montrer un responsable local de Twitter à la télévision, le pointant du doigt comme l’acteur du complot anti-chaviste. Toutefois, il ne semble pas que l’entreprise américaine emploie quelqu’un sur le sol vénézuelien. Selon le palais présidentiel, 180 comptes comme celui de Miraflores auraient été suspendus. Difficile à prouver, l’accusation reste le seul fait du pouvoir : aucun média indépendant ne semble confirmer les faits.

Caracas

Pour Ernesto Villegas, ministre de l’information et de la propagande, Radio Miraflores aurait été suspendu pour avoir partagé les commentaires de Maduro à l’encontre de Mike Pence, vice-président des États-Unis. Des observateurs semblent douter de cette affirmation, le combat contre les Américains étant fréquemment mis en scène par les chavistes pour conforter leur pouvoir.

Miraflores, Palais présidentiel du Vénézuela
CC. Wikimedia

Par ailleurs, Maduro et ses proches n’appellent pas les chavistes à quitter Twitter, mais au contraire, à rédoubler d’efforts sur le réseau social pour y faire triompher la propagande pro-gouvernementale. S’enflammant depuis son palais, le président a retrouvé sa verve de campagne pour annoncer : « Ils ont tué des milliers de comptes, s’ils en éteignent encore mille, nous en ouvriront 10 000 de plus grâce aux jeunes.  » Rappelant que la guerre qui se joue sur Twitter a une influence sur la suite de la crise intérieure.

En danger et jouant la survie de son système politico-pétrolier, M. Maduro semble déterminé à remporter son dernier combat : la réécriture de la constitution qui l’installerait durablement aux commandes d’un pays qui ne maintiendrait qu’une illusion démocratique.

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