L'Union Européenne se réveille à l'approche d'une année d'élections sur le phénomène ambigu et difficilement maîtrisable de la désinformation. Angela Merkel, qui prépare sa nouvelle campagne électorale, verrait dans ce phénomène social une manipulation du Kremlin. Et compte bien lutter.

L’Allemagne cristallise aujourd’hui beaucoup les débats sur l’indépendance des démocraties occidentales. Alors que le pays se remet difficilement des attentats qui l’ont frappé, son gouvernement et ses services de renseignement ont des mots très durs à l’encontre de la désinformation et de Facebook.

Angela Merkel contre la post-truth

Angela Merkel a été l’une des premières à dénoncer le poids de Facebook et de la désinformation dans les démocraties occidentales. La chancelière allemande a en effet rapidement expliqué ses craintes sur le sujet moins d’un mois après l’élection de Donald Trump. Pour Mme Merkel, « avec l’essor de la globalisation, les débats ont lieu dans un environnement médiatique complètement nouveau. […] Aujourd’hui, nous devons apprendre à gérer les faux sites, les bots, les trolls, toutes ces choses qui se renouvellent  ».

Or, après ces déclarations, la coalition majoritaire (CDU, SPD) a déjà commencé à travailler au parlement sur un mode de sanction financière des réseaux sociaux comme Facebook qui ne seraient, pour Berlin, pas assez réactifs face à la désinformation et aux harcèlements.

Nous devons apprendre à gérer les faux sites, les bots, les trolls

Pour le gouvernement allemand, la menace de la désinformation n’est pas anodine mais rejoindrait une vaste opération russe de déstabilisation des démocraties occidentales. En France et aux États-Unis, de nombreux services de renseignements soutiennent également ce scénario. Pour les défenseurs de cette hypothèse, le Kremlin utiliserait Internet et les réseaux sociaux pour affaiblir les démocraties qui lui sont opposées, ainsi après les États-Unis, la France et l’Allemagne seraient les prochaines cibles.

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Pour étayer cette hypothèse, le Bundesamt für Verfassungsschutz (BfV), les services de renseignement fédéraux du pays ont établi un lien entre une attaque informatique à l’encontre de l’OSCE, un financement obscur de médias de désinformation et le Kremlin.

L’agence allemande a en effet confirmé que, selon elle, l’attaque informatique perpétrée contre l’Organisation pour la Sécurité et la coopération en Europe (OSCE) en décembre dernier possédait le « même mode opératoire » que l’attaque du parlement allemand en 2015, également attribuée au groupe APT28. Ce même groupe de pirates que l’on retrouve fréquemment dans le feuilleton américain du piratage du camp démocrate.

Pirates, fermiers du clic et Poutine en ligne de mire

Mais le BfV attire également l’attention du pouvoir et des citoyens allemands sur les moyens investis par les services russes dans diverses opérations, qui vont du piratage à la désinformation. Car pour les renseignements outre-Rhin, la désinformation englobe autant les problèmes créés par les bots que ceux engendrés par les bulles filtrantes mais surtout les click farms, dont on connait aujourd’hui la responsabilité dans la diffusion de la désinformation.

Ces fermes numériques, où sont exploités des employés condamnés à une pauvreté certaine en échange de clics et de faux comptes utilisés à travers le monde, auraient pesé pour diffuser largement de la désinformation. Pour Berlin, derrière les faux chiffres et les manipulations des algorithmes organisées par les médias extrémistes ou russophiles, le Kremlin a eu un vrai rôle à jouer. Ainsi, autant dans le financement des différentes formes de déstabilisations politiques, que dans l’organisation de celles-ci, le gouvernement russe et ses services de renseignement auraient une part de responsabilité que le BfV compte dénoncer.

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CC Denis Dervisevic

Depuis, alerté par ses renseignements, Berlin se montre toujours plus prudent et a même créé une agence de presse gouvernementale dédiée à la lutte contre la désinformation. Mais déjà, avant même que la campagne législative ne soit réellement lancée, l’Allemagne est la cible de véritables conspirations venant des sites extrémistes américains qui ont participé à l’élection de Donald Trump.

En effet, malgré son volontarisme, Angela Merkel a pu ressentir les premiers effets du problème politique et démocratique que pose la désinformation après que Breitbart News a choqué l’opinion en mettant en scène une fiction rocambolesque dans laquelle des musulmans, par milliers, auraient brûlé la plus vieille église d’Allemagne. Un tissu de mensonges partagé en masse outre-Rhin, où la position de Merkel sur l’immigration est toujours plus difficile à tenir face à l’insécurité ressentie par les citoyens, encore étourdis par l’attentat de Berlin.

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Contre les mensonges de Breitbart, c’est finalement la police de Dortmund, la ville où le média pensait avoir découvert des délits commis par des musulmans radicaux, qui a dû répondre et démonter pièce par pièce l’étrange histoire du média. Alors que Breitbart continue de prétendre qu’il veut installer son activité en France et en Allemagne, on finit par comprendre que l’exaspération concernant la désinformation soit à son comble au Bundestag.

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