De nouvelles règles imposées dans le cadre de l'état d'urgence déclaré en Éthiopie interdisent aux populations de publier ou même de consulter des informations sur les réseaux sociaux émanant de médias favorables à l'opposition.

Le 9 octobre dernier, les autorités éthiopiennes ont décrété l’état d’urgence pour une durée de six mois, pour tenter d’étouffer un violent mouvement de contestation qui aurait déjà fait 500 morts dans le pays. Deux grands groupes ethniques de l’Éthiopie, les Oromos et les Amharas, protestent contre les atteintes à leurs droits et libertés dont ils seraient victimes de la part du parti au pouvoir. «  Les activistes de ces deux ethnies contestent de plus en plus ouvertement ce qu’ils perçoivent comme une domination sans partage de la minorité des Tigréens, issus du nord du pays, qui occupent les postes-clés au sein du gouvernement et des forces de sécurité », résumait VOAfrique dès le mois d’août dernier.

Mais puisque les mouvements de protestation ne faiblissent pas, le gouvernement éthiopien a décidé de durcir l’état d’urgence avec une série de mesures draconiennes. «  La liste est longue. Elle inclut un couvre-feu pour les fermes, les usines, et les institutions gouvernementales, qui ont été prises pour cible ces dernières semaines. Les manifestations sont interdites dans les écoles et les universités. Les diplomates étrangers ont interdiction de sortir de la capitale Addis-Abeba au-delà d’un périmètre de 40 km. Le poste de commande instauré par l’état d’urgence impose également de sévères restrictions dans les médias », explique RFI. La station précise que «  le réseau internet mobile est coupé depuis près de trois semaines dans la majeure partie du pays y compris dans la capitale qui est pourtant le siège de l’Union africaine ».

3 à 5 ans de prison pour la consultation d’informations de l’opposition

Le magazine Quartz assure pour sa part que toute communication sur les réseaux sociaux est désormais interdite, sous peine de 3 à 5 ans de prison. Mais il semble s’appuyer sur des déclarations tronquées du ministère de la défense, qui a indiqué que «  le commandement militaire prendra des actions contre ceux qui consultent ou postent sur ces réseaux sociaux  ». En réalité, l’obligation de censure ne toucherait qu’une partie des informations, venant de médias d’opposition.

« Les mesures prises par le gouvernement rendent illégal de consulter ou de diffuser sur les réseaux sociaux les informations données par deux médias d’opposition établis aux Etats-Unis, Ethiopian Satellite Radio and Television (ESAT), et Oromo Media Network (OMN) », écrit ainsi Le Monde. Ce sont ces deux médias hors de contrôle de l’Éthiopie qui seraient interdits, et dont la simple consultation serait passible de peines d’emprisonnement, comme c’est le cas en France pour la consultation de sites djihadistes. Tout message pouvait « inciter à la violence » est également proscrit.

On ne sait pas, en revanche, comment l’Éthiopie entend faire appliquer cette mesure, qui s’impose à l’ensemble des 90 millions d’habitants.

À lire sur Numerama : Consulter des sites djihadistes doit-il être un droit  ?

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