Trois personnes soupçonnées d'avoir monté un canular de très mauvais goût sur Periscope passeront devant la justice mercredi. Leur farce avait déclenché l'intervention des secours.

Avec les réseaux sociaux, il peut être tentant d’avoir son quart d’heure de célébrité. Il faut dire que les moyens de communication modernes donnent à chacun la capacité d’être au centre de l’actualité. Pour cela, rien de plus simple : il suffit d’avoir la bonne idée au bon moment pour être au cœur du buzz. Nombreux sont ceux à chercher cette notoriété, aussi éphémère soit-elle, afin d’avoir la satisfaction d’être cité, repris et relayé, et ainsi avoir l’impression d’être remarqué.

Une farce de mauvais goût

Mais parfois, la quête de la farce qui fera parler d’elle peut avoir des conséquences très fâcheuses. C’est ce que rapporte justement Le Parisien dans son édition du 21 mars. Le journal indique en effet qu’un « canular » relayé sur Periscope, une application qui permet à chacun de retransmettre en direct ce qu’il voit à partir de son smartphone, a mal tourné. La plaisanterie, de très mauvais goût, a provoqué l’intervention des secours alors qu’il n’y avait aucune alerte.

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L’application Periscope.

Dans cette séquence était mise en scène l’exécution d’un homme accusé d’avoir commis des abus sexuels sur des mineurs. Filmé à Meaux et diffusé en direct à 3 heures du matin dans la nuit de dimanche à lundi, le clip est réaliste : la « victime » est ligotée et bâillonnée, des outils pour le torturer sont visibles et des cris sont audibles. Si les actes de torture ne sont pas montrés, la vidéo montre la personne quasiment nue, dans un coffre de voiture, avant d’être « jetée » dans un canal.

Periscope
Une image du canular.

Évidemment, une telle vidéo ne passe pas inaperçue.

Une internaute alerte le commissariat et le téléphone qui a servis à transmettre la vidéo est géolocalisé à Meaux. Très vite, les recherches s’orientent vers le canal de l’Ourcq, où de gros moyens de secours sont déployés sur place, d’autant que des vêtements sont retrouvés sur place. Des dizaines d’hommes sont mobilisés (policiers, plongeurs, pompiers) et passent les lieux au peigne fin. Un hélicoptère avec une caméra thermique et deux bateaux avec des sonars sont même déployés.

Mais du côté des enquêteurs en train d’analyser la vidéo, le pot aux roses est découvert. Ils reconnaissent non seulement l’un des protagonistes de la vidéo, qui est décrit comme quelqu’un « qui a pour habitude de jouer de mauvais tours », mais en plus un message à la fin de la vidéo annonce qu’il s’agit d’une « blague ». Du coup, l’affaire passe ensuite dans les mains de la police judiciaire, qui parvient à interpeller trois personnes, toutes âgées entre 21 et 28 ans.

Le tournant judiciaire

Aujourd’hui, l’affaire prend une tournure plus judiciaire. En effet, les trois individus seront jugés mercredi par le tribunal correctionnel de Meaux. Il est question de mobiliser l’article 227-24 du code pénal, qui prévoit jusqu’à trois ans de prison et 75 000 euros d’amende pour « fabrication et diffusion d’un message à caractère violent de nature à porter atteinte à la dignité humaine ».

À cela pourrait s’ajouter l’article 322-14.

Celui-ci expose que « le fait de communiquer ou de divulguer une fausse information faisant croire à un sinistre et de nature à provoquer l’intervention inutile des secours » est puni de deux ans de prison et de 30 000 euros d’amende. En effet, le service de secours et d’incendie de Seine-et-Marne a indiqué qu’il portera plainte. De son côté, la police, qui connaît bien le problème des canulars avec le phénomène du swatting, est aussi en train d’évaluer le coût du canular.

justice-1900

Dans ses directives pour la communauté, Periscope ne prévoit pas de cas de figure. Les règles qui pourraient éventuellement le couvrir sont celles interdisant la publication de contenu explicitement cru et l’usurpation d’identité en vue de tromper les utilisateurs. Il est également demandé de respecter les autres en ayant un comportement approprié, et de ne pas utiliser Periscope pour mener des activités illicites.

En revanche, cette affaire, qui heureusement est moins grave qu’elle en a l’air, constitue une bonne piqûre de rappel pour ceux qui pensent qu’Internet est une zone de non-droit. Si cela avait été le cas, il n’aurait pas été possible de retrouver — en tout cas aussi vite — la source du canular. En outre, le code pénal dispose des outils juridiques suffisants pour traiter ce type de situation.

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