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Piratage sur Internet : état des lieux
 


V - De vraies solutions


La problématique est complexe, et si les solutions étaient faciles à élaborer et mettre en place, cela ferait longtemps que cela aurait été fait, compte tenu des enjeux. Cependant diverses pistes sont à étudier. Bien évidemment, elles obligent les acteurs de l'industrie à se remettre en cause, à innover et rattraper leurs erreurs... tout un programme, et qui doit encore prouver son efficacité (relative ou totale). En résumé, les fournisseurs de contenu doivent entrer en compétition avec les systèmes pirates, compte tenu de l'échec de toute autre forme de lutte et des besoins des consommateurs.


1) Développer les systèmes de téléchargement payants et légaux. Comme nous l'avons vu précédemment, le plus urgent est de développer massivement les systèmes de téléchargement légaux et payants, pour la musique, mais aussi pour les films. Les prix devront être particulièrement ajustés afin de permettre une diffusion de masse et ramener dans le droit chemin un maximum de personnes qui aujourd'hui piratent musique et film. Afin d'aider ce revirement, il faut aussi que ces nouveaux systèmes sachent se montrer fonctionnellement et/ou techniquement supérieurs aux systèmes illégaux (vitesses de téléchargement supérieures par exemple, car il est très long de télécharger un film sur les systèmes P2P). Il faut donc trouver les petits plus' qui feront qu'une personne préfèrera payer (un peu) pour avoir un service de meilleure qualité que sur un système pirate. La solution des abonnements ou forfaits serait également à envisager. Autre service complémentaire à proposer : la possibilité de re-télécharger en une seule opération tout ce que l'on a déjà téléchargé (et payé), afin de reconstituer facilement et rapidement sa médiathèque en cas de perte de données ou de changement de l'ordinateur. Il est certainement possible de trouver d'autres idées de ce type, qui pourraient rendre une offre payante vraiment attractive face à l'offre gratuite des pirates.


2) Même si les consommateurs ne sont plus prêts à dépenser autant pour disposer du contenu à domicile, cela ne signifie pas qu'ils n'ont plus d'argent à dépenser pour de la musique et de la création en général. Le meilleur moyen de les inciter à dépenser cet argent, est de mieux valoriser ce que le téléchargement pirate ne permet pas : les concerts. Organiser plus de concerts, de meilleure qualité, mieux communiquer dessus, seraient des solutions à creuser. De même, il serait sûrement pertinent d'utiliser des armes marketing telles que réductions sur le prix des places de concert lorsque l'on est abonné à un service de téléchargement légal : cela inciterait les consommateurs à la fois à utiliser les systèmes de téléchargement payant et à aller dépenser encore plus d'argent dans des concerts.


3) Préserver l'industrie musicale et cinématographique est une chose indispensable, préserver l'industrie du disque en est une autre. L'utilisateur ne souffrirait pas ou peu de la disparition des CD/DVD et revendeurs associés si un autre système (Internet) les remplace. C'est une évolution naturelle : les fabricant de cassettes ont pratiquement disparu avec l'arrivée du CD et personne, sauf eux peut-être, ne s'en est plaint. Ici, le contexte est un peu différent car compte tenu de la différence énorme qui existe entre les deux systèmes', la reconversion des acteurs de l'industrie du disque sera difficile. D'un autre coté, cette différence peut être une force : même si l'essentiel du marché se transfère sur Internet, le disque (CD, DVD...) aura toujours des particularités intéressantes. D'une part, la qualité d'un DVD ou CD est meilleure que celle d'un MP3 ou DivX; l'utilisateur exigeant se tournera encore pendant longtemps vers ces supports. Mais surtout, le disque est un objet, que l'on peut être fier de posséder, auquel on peut s'attacher, ce qui est impossible avec un simple fichier informatique. C'est probablement cette spécificité, trop longtemps négligée, qui sauvera le disque : le disque se vendra moins, mais il se vendra mieux. Pour ça, il faut impérativement que les acteurs de ce marché revalorisent leur produit : travailler sur la packaging, proposer des coffrets Collector, des éditions spéciales, systématiquement inclure un livret au graphisme travaillé, avec les textes des chansons et pourquoi pas les partitions...Il faut donner envie au consommateur de posséder l'objet ; et ce n'est pas en vendant le disque dans une minable boite en plastique qui casse au premier petit choc et avec une bête feuille de papier au design bâclé, ce qui est le cas de la grande majorité des disques de nos jours, que les disques perdureront ; car dans ces conditions, il n'apportent rien de plus qu'un bête fichier.... sauf leur prix, beaucoup plus cher.


Dans le même ordre d'idées, il faut peut être revoir les modèles commerciaux. Un film est disponible illégalement sur Internet en général quelques jours après sa sortie en salles (parfois avant). Ceci n'est sûrement pas pour plaire aux professionnels du cinéma, mais cela correspond à une vraie demande du public ; et à y réfléchir, les professionnels peuvent tout à fait y trouver leur avantage. Le public désire disposer chez lui des films dès leur sortie pour deux raisons :



soit pour se faire une idée du film. Si le film est bon, cela ne fera que les inciter à aller le voir en salle, et c'est tout bénéfice pour l'industrie cinématographique. Si le film est mauvais, le consommateur n'ira pas voir en salle un film qui l'aurait déçu, il ne perd pas son argent, et nous ne plaindrons pas les professionnels dans ce cas.... ils ne peuvent s'en prendre qu'à eux même.


soit pour se remémorer un film qui lui a plu, juste après l'avoir vu en salle. En effet, il est particulièrement frustrant de devoir attendre plusieurs mois avant de pouvoir revoir le film que l'on a aimé. Dans ce cas, pourquoi ne pas vendre les DVD directement à la sortie du film. cette vente serait réservée aux spectateurs, et n'affecterait donc pas le nombre d'entrées en salles. Le spectateur, encore sous la bonne influence du film serait en bonne condition' pour acheter le DVD, d'autant plus qu'il sait qu'il ne pourra pas acheter le DVD avant plusieurs mois s'il ne l'achète pas sur le champ. Avec le DVD, il disposera d'une édition de bien meilleure qualité que ce qu'il pourrait télécharger sur Internet, et il gagnera du temps... que de bons arguments pour le décider. Et puis rien n'empêche de sortir une superbe édition Collector quelques mois plus tard, histoire de tenter une seconde vente avec ce même client.



Enfin, le gouvernement, s'il veut contribuer à la survie de cette économie, devrait aussi se décider à faire l'effort qui lui est demandé depuis si longtemps : baisser la TVA sur la musique et les films (que la diffusion se fasse par Internet ou par biens matériels) à 5,5%. (à condition bien sûr qu'elle soit répercutée intégralement sur le prix public, ndlrc)





 
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