Y' quand même quelque chose qui me choque dans tous vos propos. Vous partez plus ou moins de la logique : "les plateformes payantes ont une offre complètement inadaptée (chère, pas pratique, contraignante, de mauvaise qualité, etc.) donc je vais télécharger. Je serais peut être prêt à payer, mais si on m'offre plus que ce que je peux avoir de manière gratuite sur le peer 2 peer". Au final, une logique qui se rapproche un peu du logiciel. Par exemple : "Windows c'est nul, je vais adopter Linux qui fait mieux, et gratuitement". Seulement, pour Windows et Linux, on a deux contenus différents, qui s'appuient sur des modèles différents (l'un développé par des programmeurs payés pour ça, et l'autre de manière bénévole). Alors que pour les contenus culturels, il s'agit d'une même chose. Choisir entre le peer 2 peer ou le payant, ce n'est généralement pas choisir entre un artiste payant et un artiste gratuit (ou en licence libre), mais choisir dans la manière de se procurer un même artiste, de façon payante ou gratuite.
Alors maintenant, on demande un effort des plateformes pour nous offrir plus que ce que l'on arriverait à se procurer gratuitement, et c'est tout à fait normal, mais ça participe en même temps d'une espèce d'attitude : "allez faites un effort quoi, on est pas contre vous, simplement, essayez d'avoir l'air plus attractif". Puis on les accuse d'être la cause de nos frustrations parce qu'on aimerait tant aider les artistes avec quelques uns de nos deniers, mais pas dans la façon dont ceux-ci nous le proposent (beurk, des dvds protégés, beurk le téléchargement avec DRM).
Pourtant, est-ce qu'il a été un jour possible de payer un artiste en évitant tout ce qu'on aimerait pas voir payer. Ça serait comme d'aller voir un concert, et de demander que le prix de sa place ne revienne pas au gérant, tourneur, ou aux vigiles lourdaux de la salle, mais qu'à l'artiste, et uniquement pour la nouvelle pédale multi effet qu'il vient de s'acheter, sûrement pas dans la salade de riz au thon agrémentée de quelques chips qui lui a servi de déjeuner avant le concert. Payer pour que cela profite uniquement à l'artiste et à son travail de création est tout à fait utopiste, comme il est utopiste de demander aux plateformes de faire un effort, parce que la technologie développée par la communauté internaute (à l'instar de Linux par rapport à Windows) sera toujours capable de rivaliser avec les offres payantes, mise à part peut être sur le terrain de la production physique.
En fait, je trouve que cet argument de dire "faites un effort pour nous attirer vers le payant" est un espèce de moyen un peu facile de soulager sa bonne conscience. Au final, tout le monde rechigne à payer. Et loin de moi l'idée de blâmer cela. Pour moi, il s'agit d'un problème (si problème il y a) plus général de surdiffusion et surconsommation culturelle. La pléthore d'offres est devenue telle qu'il est devenu presque impossible de rémunérer les artistes qui la produisent, même si ce n'est pas l'envie qui nous manque. Alors chacun va trouver son moyen de gérer le dilemme. Pour certains, il s'agira d'aller au concert, car cela donnera l'impression que l'argent investi profite plus directement à l'artiste qu'avec un CD, ou encore acheter uniquement des disques indépendants pour le même présupposé, ou faire des "dons" sur les sites de musique en licence libre.
Pour moi, le fait de dire "faites un effort les offres payantes" est au même titre une façon de trouver un refuge psychologique, en se déchargeant la responsabilité ("voyez, c'est pas de ma faute"). Le fait qu'on ne soit plus prêt à payer pour autant de contenu fait qu'on attend maintenant de payer pour les gadgets qui tournent autour : une version premium, bonus, etc... Tout comme le fait de ne pas être prêt à payer pour des anti-virus en freeware nous pousse à attendre de payer pour les seuls services supplémentaires.
Il y a pourtant une contradiction majeure concernant l'artistique. D'un côté, nous espérons que notre argent lui profitera directement, et d'un autre, nous clamons être prêts à payer pour des gadgets qui seront le fruit d'opérations marketing et non pas de son travail, et qui risquent donc de lui profiter encore moins.