L'avenir de la musique réside-t-il dans l'équitable ?

Cédric L. - publié le Jeudi 08 Février 2007 à 20h58 - posté dans High-Tech

On oppose trop souvent les maisons de disques traditionnelles aux nouveaux modes de diffusion de la musique par Internet. Mais n'y a-t-il pas possibilité d'allier les forces des deux pour réaliser une musique économiquement plus rentable en restant socialement "éthique" ?

Face aux difficultés grandissantes de l'industrie musicale à écouler ses disques, certains acteurs cherchent de nouveaux modèles économiques. Des modèles qui, loin de prendre le contre-pied d'Internet, viendraient au contraire s'y greffer dans une parfaite symbiose. La question n'est même plus d'adapter au web les mécaniques des maisons de disques qui commencent à rouiller, mais bien d'inventer un système complètement neuf, inspiré du phénomène Web 2.0.

Ces nouveaux acteurs s'appellent Airtist, ou Reshape Music, des labels dits "équitables". Équitables dans la rémunération de l'artiste, prétendument supérieure à celle des labels "traditionnels". Fini la consommation de masse alimentée à grands coups d'opérations marketing, les labels de musique éthique sonnent le glas des prescripteurs culturels (médiatiques ou publicitaires) pour redonner le pouvoir aux consommateurs.

Dans un contexte où MySpace devient l'injonction artistique par excellence en matière de production musicale - tout artiste se doit d'avoir une page ! -, les labels équitables émergent un peu partout dans le monde, fondés par des personnes issues de générations ayant pu constater l'effet considérable qu'un tel réseau pouvait avoir. Il devenait alors possible pour un groupe peu connu de rivaliser d'audience avec les canons modernes promus dans les vitrines médiatiques habituelles. Pour exemple, Underoath, un groupe de christiancore qui ne vous dira peut-être pas grand chose, a réussi à cumuler trois fois plus d'écoutes sur sa page MySpace que celles de Britney Spears ou Madonna !

Si les labels équitables partagent cette conviction forte dans le potentiel du web 2.0, leur système de rémunération des artistes variera selon les choix (idéologiques ou pas). Ainsi, Reshape Music proposera à l'acheteur de fixer lui même son prix d'achat, tandis qu'Airtist le laissera déterminé par l'artiste. Ce dernier site évoque même, dans une interview accordée à Borey (voir vidéo ci-dessous), la possibilité d'offrir son catalogue en téléchargement gratuit via un financement publicitaire, un peu à l'image de SpiralFrog dont on attend la sortie officielle.



En quoi la musique équitable diffère ?

Mais comment font ces labels pour promettre un pourcentage de rémunération supérieur à celui des labels traditionnels ? Ces derniers gaspilleraient-ils leur argent de par leur structure trop lourde, ou inefficace à l'ère d'Internet ?

Avec le label équitable, une part non négligeable des coûts liés à l'aspect promotionnel est d'emblée évacuée, puisque c'est le consommateur lui même qui assure le plébiscite d'un artiste. Et même si certains exemples ont déjà pu montrer avec force le pouvoir que ce dernier pouvait avoir (et qui a notamment fait le succès de Kamini en quelques mois à peine), rien n'indique pour autant qu'un artiste supporté uniquement par la "communauté" ait plus de chances de percer qu'en sollicitant les prescripteurs habituels (presse, radio,...).

La deuxième chose est qu'une bonne partie des labels traditionnels produisent leurs artistes, c'est-à-dire qu'ils en financent l'enregistrement. Or, à l'heure actuelle, les labels équitables n'ont pas vraiment les moyens d'investir en studio pour leurs poulains, et doivent donc se contenter d'en recevoir les produits finis et auto-produits. Si ce modèle marche, c'est en partie dû au fait que le "home made" devient de plus en plus accessible avec l'essor de l'informatique grand public. Ce qu'il est possible de faire aujourd'hui aurait sûrement nécessité l'intervention d'un ingénieur du son quelques années auparavant.

Enfin, les labels traditionnels considèrent qu'une place dans les bacs de la Fnac ou de Virgin reste un élément incontournable pour la sortie d'un CD. A contrario, la musique équitable n'y accorde pas autant d'importance, se contentant de vendre la majorité de ses produits sur son site. Elle s'affranchit donc de la marge conséquente que prennent ces disquaires sur le prix d'un CD.

Musique équitable : l'avenir de la musique ?

Avec l'équitable, on demande finalement beaucoup de choses à l'artiste : s'auto-produire, assurer le contact avec son public, déterminer lui même son prix de vente... Mais est-il plus pertinent pour lui d'assumer ces tâches que de les confier à une structure dont c'est justement le métier ? Ceux qui optent pour la deuxième option continuent de choisir les labels "traditionnels" qui, à défaut de rémunérer autant, sont en revanche sensés avoir le temps et l'argent pour s'y consacrer. Ce que promet le label équitable, c'est pour l'instant surtout un travail de médiation entre l'artiste et l'internaute.

Cette dualité n'est finalement pas nouvelle. Est-il préférable que la capacité de vente soit assurée par l'artiste ou par des commerciaux ? Le fait est que les majors du disque ont tellement exacerbé ce côté du métier, qu'elles en vinrent à créer des objets marketing de masse totalement désincarnés. Le label équitable s'impose donc à juste titre comme un moyen, à l'instar de MySpace, de recréer du lien là où les choses avaient tendance à se déshumaniser.

Constitue-t-il pour autant le créneau de demain ? Dans un contexte où les productions artistiques sont de plus en plus nombreuses sans que les moyens financiers n'augmentent pour autant, on serait tenté de penser que ce modèle d'auto-gérance "accompagnée" risque en tout cas de devenir un choix de plus en plus, sinon nécessaire, au moins pertinent.
 
Publié par Cédric L., le 8 Février 2007 à 20h58
 
 
6
Commentaires à propos de «L'avenir de la musique réside-t-il dans l'équitable ?»
 
Cédric, le 01/01/1970 - 01:00
On oppose trop souvent les maisons de disques traditionnelles aux nouveaux modes de diffusion de la musique par Internet. Mais n'y a-t-il possibilité d'allier les forces des deux pour réaliser une musique économiquement plus rentable en restant socialement "éthique" ?

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Je me permets de dire que NeoMusicStore est également "équitable", même si ce n'est pas un argument marketing... puisque contrairement à toutes les plateformes qui demandent un abonnement (souvent pour juste une page sur le site du distributeur) + un palier de paiements (avec donc au final une avance conséquente - dans le montant comme dans le temps - rétrocédée à la plateforme), le paiement est directement fait à l'artiste au moment de la commande.

Ce dernier peut fixer un prix de base, qui pourra être complété par l'internaute qui achète la musique... laissant donc une grande latitude à l'artiste et à l'acheteur...

Et cela n'affranchit pas par ailleurs de la mise en place d'outil de promotion (widgets, webcast, podcast personnalisés à des influenceurs)
Je suis tout à fait d'accord avec ton analyse : les labels traditionnels (indépendants) sont nécessaire pour toutes les musiques qui ne peuvent pas être faites en home studio ou avec peu de moyens.

C'est pour ça que de mon point de vue l'avenir de la musique pour les 'petits' labels indépendants passe par :

- moins d'intermédiaires : la distribution numérique en FLAC ou en MP3 320 kbps directement sur le site du label (un peu ce que fait Thrill Jockey par exemple). Grâce à google, si on cherche un artiste, on trouve facilement le site de son label. En 2 clics on peut trouver la page d'un artiste sur le site de son label. Si ce label proposait de télécharger de ses albums, l'affaire est faite. Le label peut proposer un prix moins élevé (plus de frais pour la plateforme de distribution, pas de frais DRM) et augmenter ses ventes, ou faire plus de marge qu'avec le système actuel, au choix.

- Abonnement : mutualiser les risques avec les 'fans' de la musique du label : ceux-ci, parce qu'ils aiment la musique que produit le label, s'abonnent pour 50 € par an à ce label. En échange ils ont, par exemple un crédit de 6 album qu'ils peuvent télécharger, plus toutes les sorties d'albums téléchargeables en préécoute (dans un qualité moindre, 128 kbps par exemple, ou en streaming, c'est ouvert), des concerts privés ou des tarifs de concerts privilégiés, etc, etc... Pour encourager les abonnés fidèles, au bout d'un certain nombre d'années, l'abonné peut télécharger un certain nombre de titres du backcatalogue du label en ne payant que les droits SACEM.

Cette formule d'abonnement n'est pas destinée à tout le public: seule une minorité sera intéressée. Mais il suffit que le nombre de cette minorité de fans ou d'amateurs mordus s'abonnant soit suffisante pour que le label puisse vivre, signer de nouveaux artistes et produire de nouveaux albums et artistes.
corsario, le 01/01/1970 - 01:00
- moins d'intermédiaires : la distribution numérique en FLAC ou en MP3 320 kbps directement sur le site du label (un peu ce que fait Thrill Jockey par exemple). Grâce à google, si on cherche un artiste, on trouve facilement le site de son label. En 2 clics on peut trouver la page d'un artiste sur le site de son label. Si ce label proposait de télécharger de ses albums, l'affaire est faite. Le label peut proposer un prix moins élevé (plus de frais pour la plateforme de distribution, pas de frais DRM) et augmenter ses ventes, ou faire plus de marge qu'avec le système actuel, au choix.

C'est ce que je m'étais évertuer à mettre en place (ou du moins, convaincre de mettre en place) pour les petits labels chez qui j'ai travaillé. Le succès de MySpace c'est en parti dû à sa simplicité et se rapidité d'utilisation : en quelques clics, on peut y écouter n'importe quel artiste... Mais ce n'est pas aussi simple que ça. La plupart des labels vivotent sans avoir les moyens (ni le temps) de se payer les services d'un développeur pour mettre en place un service de téléchargement. Cela dit, c'est vrai qu'ils devraient en faire une de leur priorité. Certains labels essaient d'ailleurs de se regrouper pour pouvoir se financer une telle plateforme. C'est le cas de http://www.cd1d.com/ par exemple...

corsario, le 01/01/1970 - 01:00
- Abonnement : mutualiser les risques avec les 'fans' de la musique du label : ceux-ci, parce qu'ils aiment la musique que produit le label, s'abonnent pour 50 € par an à ce label. En échange ils ont, par exemple un crédit de 6 album qu'ils peuvent télécharger, plus toutes les sorties d'albums téléchargeables en préécoute (dans un qualité moindre, 128 kbps par exemple, ou en streaming, c'est ouvert), des concerts privés ou des tarifs de concerts privilégiés, etc, etc... Pour encourager les abonnés fidèles, au bout d'un certain nombre d'années, l'abonné peut télécharger un certain nombre de titres du backcatalogue du label en ne payant que les droits SACEM.

Cette formule d'abonnement n'est pas destinée à tout le public: seule une minorité sera intéressée. Mais il suffit que le nombre de cette minorité de fans ou d'amateurs mordus s'abonnant soit suffisante pour que le label puisse vivre, signer de nouveaux artistes et produire de nouveaux albums et artistes.

En fait, les labels qui mettent en téléchargement sur leur site sont finalement assez souvent obligés de vendre par forfait (10€ pour un stock de 10 chansons par exemple) car les frais de transaction bancaire auxquels ils sont soumis restent fixes (et donc non rentables pour un seul morceau). Le problème ne vient pas alors de proposer un forfait, mais plutôt de ne pas proposer un téléchargement unique sans forfait (mais certains y arrivent), car l'intérêt du mp3, c'est justement de pouvoir télécharger un seul morceau qui nous plaît sans avoir à payer tout l'album.
Les privilèges que tu évoques sont déjà mis en oeuvre (sur le principe mais pas forcément sur les mêmes modalités d'application), sauf qu'au lieu de payer un abonnement, on le paie en "boulot" fourni au label : les street teams qui, en échange de consacrer un petit peu de leur temps à déposer des flys, reçoivent gratuitement les dernières sorties, etc... C'est finalement assez intéressant pour ceux qui n'ont pas les moyens d'acheter les CDs car on leur offre GRATUITEMENT ces productions, en échange d'un travail publicitaire. Et il semble que les labels préfèrent avant tout l'échange de bons procédés qu'un système d'abonnement avantageux compliqué à mettre en place (autant au niveau juridique que comptable), et nécessitant forcément une certaine notoriété et un rythme de sorties qu'assez peu d'entre eux ont (soit parcequ'il sont des devantures commerciales sans réelle identité, soit parce qu'ils sont trop "petits").
L'article parle des labels équitables, mais on peut souligner également l'existence des distributeurs équitables (qui peuvent aussi bien distribuer des artistes indépendants que des labels.
L'un d'eux est Rebel Promotion, un site sur lequel n'importe quelle entité (artiste ou label) peut vendre sa musique en ligne (et aussi ses Ĺ“uvres d'art) et récolter 85% du prix de vente.
"Ceux qui optent pour la deuxième option continuent de choisir les labels "traditionnels" qui, à défaut de rémunérer autant, sont en revanche sensés avoir le temps et l'argent pour s'y consacrer."

Dans la plupart des cas il n'y a pas de choix, l'industrie ne s'intéresse pas aux "petits artistes" leu seul choix pour eux est l'autoprod, si ils réussissent a se faire connaître l'industrie s'intéressera a eux et ils auront alors le choix. pas avant.
De toutes façons ce qu'elle redistribue l'industrie c'est voisin de nul, aucun intérêt donc. Si on vends un million d'albums ça peut etre interessant d'avoir un euro par album, sinon non. C'est un système qui ne vit que de l'exploitation des artistes, les plus confidentiels sont maintenus dans l'ombre par le matraquage de l'industie et les ententes tacites entre l'industrie et les diffuseurs, c'est une question a fouiller, quel est le lien réel entre l'industrie et les programmateurs radio et télé? Par quel miracle trouvent ils tous un nouvel album,génial le même jour, le jour de sa sortie par exemple, même si ils ne comprennent pas les paroles? (La plupart des gens en france ne comprennent strictement rien des paroles des chansdons qu'on leur balance, et qu'ils vont même jusqu'a acheter...
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