Suivant des exemples américains, Mano Solo s'est séparé de sa maison de disques Warner et prépare un nouvel album. Ses producteurs deviennent les internautes, à qui il persiste néanmoins à reprocher leur gauchisme...

Après sept albums produits en usines à disques, Mano Solo a refusé de prolonger son contrat avec Warner Music. Generation-NT nous raconte comment l’artiste propose aux internautes de produire son prochain album, In The Garden, dont la sortie est prévue dans cinq mois. Moyennant un paiement de 17 euros, les internautes amateurs de l’artiste peuvent « avoir accès à l’espace privé du site qui contient deux chansons à découvrir chaque mois, des clips, l’accès aux répétitions et ‘tout ce qu’il sera possible d’imaginer’, mais ils recevront également l’album quelque temps avant sa sortie en mars 2007« , notent nos confrères. Alban Martin, dont le livre L’Age De Peer rencontre un immense succès très mérité, a évoqué longuement des exemples d’artistes américains qui, sur ce modèle, ont pu sortir des albums. En particulier Maria Shneider, qui en 2005 a remporté par la suite un Grammy Awards. Et il s’agissait pour elle à l’époque d’un album intitulé… Concert In The Garden.

Toutefois Mano Solo n’est pas sorti tout à fait indemne de son long séjour en maisons de disques. « Le peer-to-peer, c’est pas du tout une révolution culturelle mais simplement de la consommation gratos. Ces gens se prennent pour des gauchistes alors qu’en fait, c’est des libéraux. C’est une attitude libérale : je prends sans m’occuper des conséquences« , dit-il.

L’artiste s’est endetté de 130.000 euros pour réaliser son album. « Il faudra qu’il vende 30 à 40.000 disques pour rentrer dans ses frais et au moins 80.000 pour envisager de futures créations« , rapporte Generation-NT. Tous calculs faits, l’artiste ne toucherait donc que 3,25 euros par disque. Sachant que l’album sera probablement vendu à un minimum de 15 euros, Mano Solo toucherait à peine 20 % du prix de vente. Etrange pour une autoproduction via internet, où la norme est plutôt de 50 %.

Peut-être Mano Solo a-t-il compris qu’il fallait aller sur Internet et profiter des nouveaux modèles qu’il permettait, notamment pour se détacher des maisons de disques. Mais il ne semble pas avoir compris là où étaient les véritables valeurs économiques de la diffusion des œuvres sur Internet. Le P2P, s’il est libéral, est un formidable outil de promotion pour le spectacle vivant, les concerts. Beaucoup d’études, sans doute gauchistes elles aussi, ont conclu que les utilisateurs de P2P étaient ceux qui achetaient le plus de disques. Mieux, ceux qui deviennent P2Pistes achètent plus de disques qu’avant.

Combien d’internautes qui auront découvert gratuitement les albums de Mano Solo sur les réseaux P2P seront prêts ensuite à payer 17 euros pour avoir l’exclusivité sur de nombreux titres, pour bénéficier d’un accès aux répétitions et pour recevoir le disque chez eux en avant-première ? Le service offert par Mano Solo est lui aussi très libéral. Il répond aux demandes concurrentielles du marché, et c’est souhaitable. Il fallait apporter de la valeur ajoutée par rapport à la gratuité du P2P, et c’est ce qu’il a fait.

Il faudra maintenant peut-être que Mano Solo apprécie le Peer-to-Peer pour ce qu’il est : un outil de partage culturel et de promotion artistique.

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