Développé pour analyser la qualité du référencement de l'offre légale, le logiciel Linkstorm a permis à la Hadopi de publier un premier rapport sur la visibilité des services licites par rapport aux sites illégaux. Celui-ci met surtout en exergue un très mauvais positionnement de l'offre légale dans les moteurs de recherche.

Développé depuis l'an dernier et évoqué pour la première fois dans la presse en octobre, Linkstorm est un tout nouvel outil qui a pour mission d'évaluer la qualité du placement des sites labellisés sur les moteurs de recherche, tout en dégageant des pistes pour les aider à améliorer leur référencement naturel, via l'analyse des requêtes les plus populaires chez les internautes.

Un focus sur les films

Publié mercredi, le rapport (.pdf) ne balaie pas la totalité des domaines de l'offre légale. Dans cette étude, le département "recherche, étude et veille" de l'Hadopi s'est concentré sur les sites labellisés proposant "précisément" un accès à des films. Les autres univers (musique, jeux vidéo, littérature, logiciels, photographie…) ont été volontairement écartés.

"Le choix d’étudier dans un premier temps les offres de films labellisées s’appuie à  la fois sur les spécificités des usages de ces œuvres et sur les particularités de la mise en œuvre de la labellisation dans ce cas", se justifie la Haute Autorité. Malgré un champ d'analyse resserré, qui nécessitera des investigations supplémentaires, il a été constaté que "l'offre licite de films dématérialisés souffre d'un déficit de visibilité".

Les sites labellisés quasiment invisibles sur Google

C'est peu de le dire. Le rapport relève que "sur les deux moteurs considérés et sur l'ensemble des requêtes analysées en 15 semaines, les sites labellisés représentent 3 % des premières réponses". Tout le reste concerne l'offre non labellisée, catégorie fourre-tout rassemblant aussi bien les sites "apparemment illicites" que les plateformes "apparemment licites", ainsi que tous les autres espaces référencés.

Seul point de satisfaction, la Hadopi constate que deux requêtes particulières font nettement mieux que les six autres. La recherche "nom du film + streaming" permet aux sites labellisés de représenter près de 5 % des premières réponses, tandis que la demande "nom du film + télécharger" donne 9 % de sites labellisés dans les premiers résultats.

Pour d'autres requêtes, la mauvaise position des sites labellisés n'est pas vraiment surprenante. Ainsi, la combinaison "nom du film + torrent" ne retourne pratiquement aucune plateforme PUR. Idem pour les requêtes "nom du film" et "nom du film + film complet", alors que leur sens ne laisse pas présager d'un désir d'accéder à des contenus échangés illégalement.

L'enjeu du référencement

L'enjeu pour l'offre légale en général et les sites labellisés en particulier est pourtant de taille. En effet, les internautes vont rarement au-delà de la première page de résultat. Et lorsqu'ils le font, ils ne vont guère dépasser les pages 2, 3, voire 5 pour les plus téméraires. En outre, nombre d'internautes n'exploitent pas les astuces de la recherche avancée, qui permettent d'affiner grandement les résultats.

Quelles solutions pour remédier à ce défaut de visibilité ? Le rapport reste prudent dans ses recommandations. "L'analyse des résultats agrégés [permet] de faire émerger des constats pratiques qui pourraient participer au cas par cas à l'évolution de cette situation". Ainsi, le pré-positionnement, les partenariats éditoriaux et le choix des mots-clés sont les trois pistes dégagées par le rapport.

D'autres pistes, plus polémiques

Ces différentes recommandations permettent d'agir sur le référencement naturel des offres PUR et donc d'améliorer leur visibilité. Mais les efforts des webmasters et les mises à jour effectuées au niveau des algorithmes n'ont pour l'instant pas été couronnés de succès. Les sites PUR peinent à s'imposer dans les premiers résultats.

L'autre piste, plus radicale et controversée, est une intervention directe du moteur de recherche. Ici, l'étude a porté sur Google et Bing. Il faudrait alors que les deux entreprises déclassent les sites manifestement illicites ou améliorent artificiellement le référencement des sites légaux. Cela "pourrait avoir un impact réel", de l'avis de la présidente de la Commission de protection des droits.

L'offre légale ne se limite pas aux solutions labellisées

Le rapport n'est évidemment pas reluisant pour les sites PUR. Néanmoins, l'offre légale ne se limite heureusement pas à ces plateformes, bien que celles-ci représentent des acteurs de tout premier plan. D'autres sites légaux mais non labellisés existent. En additionnant les résultats, l'offre légale globale est plus riche et plus diversifiée. C'est particulièrement flagrant pour la requête "nom du film + VOD".

Ce cumul des résultats est néanmoins à la peine face à l'écrasante place prise par les sites "manifestement illicites" dans certaines recherches. Sur la requête "nom du film + streaming", ils occupent 66,26 % des premiers résultats. Ce pourcentage atteint 59,73 % pour "nom du film + télécharger",85,58 % pour "nom du film + torrent" et 45,05 % pour "nom du film + regarder".

Le détail de l'étude

Outre le fait que l'étude a concentré ses efforts sur le référencement des offres légales labellisées proposant spécifiquement des films, il faut noter que celle-ci s'est uniquement limitée à Google et Bing. Et pour cause : Google contrôle plus de 90 % de la recherche en ligne. Arrive ensuite Bing, qui s'occupe peu ou prou du reste. Les autres solutions se partagent les miettes.

Pour effectuer ce travail, Linkstorm a reproduit "le comportement d’un utilisateur lorsqu’il souhaite accéder à un film via un moteur de recherche. Sur 19 semaines d’analyse, dont 4 de test, il a permis l’analyse pour 300 films pour chacun desquels il a réalisé 8 requêtes par moteur étudié. Deux millions de résultats de recherche et 50 000 sites correspondants ont été traités par le programme".

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