Avec la première apparition de Songbird s'offre une perspective à échelle réelle des problèmes posés par les DRM propriétaires que cherchent à défendre Apple, Microsoft et l'industrie du disque.

Souvenez-vous. Il y a seulement 2 ans, le navigateur Internet Explorer de Microsoft dominait 95 % du traffic internet. Puis est venu un petit logiciel libre appelé Firefox, bâti sur les cendres de Netscape. Firefox a apporté de nombreuses innovations avec ses onglets, la prise en charge des flux RSS, une gestion efficace des favoris, et une communauté unique de développeurs d’extensions qui enrichissent quotidiennement Firefox. Deux ans plus tard le logiciel libre occupe plus de 20 % de parts de marché en Europe et a poussé Microsoft, jusque là seul roi en son royaume, à travailler durement sur le prochain Internet Explorer 7, qui lui même poussera Firefox à faire encore mieux.

Si Firefox a pu croître aussi rapidement, c’est qu’il permettait (sauf rares exceptions) de visiter exactement les mêmes sites Internet qu’en utilisant Internet Explorer. Microsoft avait bien réussi à imposer aux webmasters certaines balises HTML spécifiques non réglementées par le W3C, l’organisme de référence des développeurs, mais Firefox n’avait qu’à les prendre en compte pour faire que les sites qui utilisent ces balises soient accessibles à ses utilisateurs. Aucune barrière n’a empêché le développement de Firefox et sa percée sur le marché des navigateurs.

Aujourd’hui, dans un autre domaine sort Songbird. Développé avec le même état d’esprit que Firefox, sous licence libre et avec la présence d’extensions pour assurer son développement, Songbird veut être à iTunes ce que Firefox fut à Internet Explorer. La version 0.1 est déjà très proche du iTunes 6.0 d’Apple, et l’on imagine sans peine que son développement va être très rapide, au vu de l’enthousiasme qu’il génère déjà. Tout comme Firefox a amélioré la qualité de navigation et poussé Microsoft dans ses retranchements, Songbird devrait apporter des innovations et pousser Apple à faire toujours mieux.

Sauf que.
Apple a vendu un milliard de chansons sur sa plateforme iTunes Music Store. Un milliard ! Mais là où Firefox a bénéficié d’une pleine liberté grâce à la transparence des balises HTML, qui assure sa pleine interopérabilité avec Internet Explorer, Songbird est et restera totalement incapable de lire les fichiers vendus par Apple sur iTunes. Apple garde l’entière exclusivité sur les fichiers AAC/FairPlay qu’il vend à ses clients. Ainsi le milliard de chansons vendues sur iTunes ne pourront être lues que sur le logiciel iTunes fourni par Apple.

L’ensemble des clients d’iTunes seront confrontés à un choix.

Soit les consommateurs préféreront lire les chansons acquises sur iTunes que d’utiliser un logiciel plus performant, et ils garderont alors le logiciel d’Apple comme lecteur multimédia, mettant ainsi un frein à l’incitation d’innovation provoquée par Songbird.

Soit les consommateurs valoriseront davantage les qualités du logiciel libre Songbird et ils se trouveront alors dans l’incapacité de lire les morceaux qu’ils ont légalement acheté, et en plus contraints de pirater pour profiter de Songbird, car aucune plateforme commerciale de renom ne propose actuellement de morceaux sans système DRM propriétaire.

Puisque les DRM ne peuvent pas par nature être techniquement efficaces sous une forme libre open-source, le logiciel libre et les utilisateurs des logiciels comme Songbird sont condamnés à l’illégalité à vie.

Proscrire les DRM, c’est donc tout le contraire d’une incitation au piratage. C’est une incitation au développement serein des offres commerciales et de l’innovation.

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