Les six plus gros studios de cinéma d'Hollywood ont annoncé la création d'une joint-venture dédiée à la recherche de méthodes anti-piratage. Une entreprise probablement vaine, comme tant d'autres...

Les industries culturelles metteront visiblement encore beaucoup de temps avant de s’avouer vaincues dans la lutte contre le piratage. Plutôt que d’accepter un niveau minimum de copies et de se concentrer alors sur la qualité de leur offre payante, les studios d’Hollywood préfèrent adopter une stratégie défensive et quelque peu réactionnaire.

Les six majors hollywoodiennes (Warner Bros, Walt Disney Pictures, Paramount Pictures, Twentieth Century Fox, Sony Pictures Entertainment, et Universal Studios) se sont alliées pour créer ensemble les Motion Picture Laboratories : MovieLabs. Contrairement à ce que son nom pourrait laisser croire, l’objectif n’est pas ici de de rechercher les techniques de demain pour améliorer la réalisation ou la distribution des œuvres du septième art, mais uniquement de tout mettre en œuvre pour détecter les camescopes dans les salles de cinéma, et veiller à freiner l’expansion des matériels et logiciels qui servent à pirater. « Notre plus grande priorité est de protéger l’intégrité de ce que nous produisons« , explique ainsi Dan Glickman, le Président de l’Association Américaine du Cinéma (MPAA).

En détail, MovieLabs devra étudier :

  • Des techniques pour brouiller les enregistrements sur camescope réalisés dans les salles de cinéma, ou pour projeter des images dont le scintillement serait invisible à l’oeil nu, mais apparaîtrait sur les enregistrements
  • Les technologies réseau pour détecter et blocker le transfert illégal de fichiers sur les campus universitaires et les réseaus d’entreprises
  • Les outils d’analyse de traffic pour détecter le partage illégal de contenu sur les réseaux peer-to-peer
  • Des méthodes pour empêcher que quelqu’un puisse enregistrer le contenu des réseaux personnels numériques, sans empêcher les consommateurs d’envoyer un film à plus d’un poste de télévision sans avoir à payer à chaque fois
  • Des méthodes pour lier les émetteurs et récepteurs de films transmis par Internet à un territoire politique et géographique, pour analyser la distribution des films et pour empêcher la violation des contrats de licence.

En clair, MovieLabs prendra en charge tout ce que l’industrie cinématographie demande depuis des années à l’industrie informatique. Elle sera pourvue pour se faire d’un budget de plus de 30 millions de dollars.

Et en plus, ils ont l’air d’y croire…

« La pression va être sur les épaules de MovieLabs« , commente Edward Felten, un chercheur spécialiste des techniques anti-piratage. « Ils devront trouver de fortes technologies anti-copies, car un échec de la part de MovieLabs ne pourrait venir blâmer l’industrie technologique. Un échec montrera au contraire qu’arrêter la copie numérique est beaucoup plus difficile que ce qu’Hollywood pense. Et MovieLabs va échouer« , conclue Felten.

En 1998, 200 entreprises de l’industrie du disque et des nouvelles technologies s’étaient rassemblées autour de l’initiative SDMI. Leur but était de sécuriser les échanges de fichiers musicaux. Le 6 septembre 2000, ils invitaient le monde entier à tenter de craquer leur système de protection qui avait déjà coûté plusieurs millions de dollars à concevoir. Il n’aura pas fallu longtemps pour qu’un groupe de chercheurs dévoile toutes les failles du système et démontre comment le détourner. Parmi eux… un certain Edward Felten.

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