Streaming : l'Hadopi trahit le droit "dans le souci d'être compréhensible"
Guillaume Champeau -
publié le Vendredi 21 Janvier 2011 à 08h06 -
posté dans Société 2.0
![]() Dans son courrier envoyé aux abonnés à Internet qu'elle avertit pour la seconde fois, l'Hadopi prétend que les "comportements volontaires de consultation" d'oeuvres protégées par le droit d'auteur (donc y compris le streaming) constituent des délits de contrefaçon sanctionnés par les tribunaux. Ce qui est faux. Mais l'autorité se défend en expliquant que ses avertissements sont rédigés "dans le souci d'être compréhensible" par leurs destinataires.
Mercredi dernier, la Haute autorité pour la diffusion des oeuvres et la protection des droits sur Internet (Hadopi) publiait le modèle de recommandé qu'elle prévoit d'envoyer aux abonnés qui ont déjà reçu au préalable un premier avertissement par courriel, et dont l'adresse IP est de nouveau collectée dans les 6 mois. Nous nous étions étonnés d'y lire, d'un ton menaçant, que "nous vous rappelons que les comportements volontaires de consultation, mises à disposition ou reproduction d'oeuvres protégées par un droit d’auteur, appelés couramment «piratage», constituent des délits de contrefaçon sanctionnés par les tribunaux". Etrange formulation. En effet, le code de la propriété intellectuelle n'interdit jamais la simple "consultation" d'une oeuvre sans autorisation. Ce sont les actes de reproduction, de représentation, et de mise à disposition du public sans autorisation qui sont des délits. Pas la consultation. On peut interdire de copier un livre. Pas de le lire. Ce sont d'ailleurs ces trois délits qui sont précisément visés par l'article L336-3 du code de la propriété intellectuelle, que cite l'Hadopi dans son recommandé. La seule explication, en dehors d'une erreur ou d'un mensonge, était que la Haute Autorité estime que la consultation d'une oeuvre piratée constitue une forme de recel de contrefaçon, lorsque la personne qui regarde ou écoute une oeuvre sait qu'il s'agit d'une contrefaçon. D'où l'expression "comportements volontaires" indiquée dans la lettre. Mais il s'agit là d'une simple hypothèse, et à notre connaissance il n'existe aucune jurisprudence qui établit l'existence d'un délit de recel de contrefaçon par la simple "consultation" d'une oeuvre piratée.S'il est bien interdit de mettre en ligne un film piraté, rien ne permet d'affirmer qu'il est interdit de le regarder en streaming. Nous avions donc contacté l'Hadopi la semaine dernière pour avoir des explications. La réponse nous est parvenue jeudi soir, sous la plume de Mireille Imbert-Quaretta, la présidente de la Commission de protection des droits (CPD) de l'Hadopi. Elle vaut d'être reproduite dans son intégralité. Nous nous attendions à une longue explication juridique, teintée de jurisprudence, et voici ce que la magistrate issue du Conseil d'Etat nous a répondu :
L'Hadopi ne conteste pas qu'elle réinvente le droit en affirmant que la "consultation" des oeuvres piratées est une contrefaçon. Pire, elle l'assume sans rougir, et prétend que les administrés devraient lire les termes exacts de la loi et l'interpréter mieux qu'elle pour vérifier qu'en effet, l'Hadopi divague. Le courrier n'aurait pas été moins compréhensible s'il s'était contenté de dire que "les comportements volontaires de mises à disposition ou reproduction d'oeuvres protégées par un droit d’auteur, appelés couramment «piratage», constituent des délits de contrefaçon". Si l'Hadopi ajoute la "consultation" en sachant parfaitement que c'est une erreur juridique, c'est parce qu'elle souhaite faire peur. Elle veut dissuader les internautes de se rabattre vers les plateformes de streaming, en leur faisant croire qu'ils pourraient être encore sanctionnés, alors que ça n'est possible ni techniquement, ni juridiquement. Mais est-ce le rôle, et le droit, d'une autorité publique indépendante, de faire dire à la loi ce qu'elle ne dit pas dans l'objectif de faire peur aux citoyens auxquelles elle s'adresse ? à lire aussi
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Commentaires à propos de «Streaming : l'Hadopi trahit le droit "dans le souci d'être compréhensible"»
Répondre
vince2_
le 21/01/2011 à 08:23
La partie "sans l'autorisation des titulaires des droits prévus aux livres Ier et II lorsqu'elle est requise" est aussi passée à la trappe de la simplification.
Ce n'est pas la première fois que la HADOPI réinvente le droit. Selon elle, c'est à l'accusé de prouver son innocence.
"nous vous rappelons que les comportements volontaires de consultation[...] constituent des délits de contrefaçon sanctionnés par les tribunaux"
D'un point de vue extrême, ça nous interdit de feuilleter livre/bd/magazine dans une librairie. Et c'est gentil à eux de citer les tribunaux à qui on a recommandé d'expédier les dossiers envoyés par l'hadopi. mouai , et genre des mp3 issus d un téléchargement illégal qui tournent dans une boite de nuit et hop tout le dancefloor au niouf ??
de toute façon ,dès qu ils communiquent il se ridiculisent un peu plus à chaque fois . Sauf erreur de ma part, le fait de simplement consulter est réprimandé par la Dadvsi, non ?
Après je ne connais pas les termes employés dans les décrets en question, qui peut avoir une conséquence sur le fait que ça réprimande le streaming ou non. La FNAC et/ou Virgin, avec leurs fauteuils confortables, nous inciteraient donc à un comportement volontaire de consultation, mais que fait la Police??
Ils ont oublié de préciser sur leur lettre pourrie : Et la punition sera l'énucléation des yeux.
Au fait, il sera dorénavant interdit de regarder le paysage car cela nuit à la rétribution des photographes, interdit d'écouter le chant des oiseaux pour la rétribution des musiciens. Il est conseillé de se boucher le nez devant les roses afin de ne pas mettre en péril le revenu des parfumeurs. et pendant ce temps là, ce sont toujours les mêmes qui paye et toujours les mêmes qui téléchargent
Nous sommes le pays ayant l'arsenal juridique le plus important et complexe au monde en matière de droit d'autreus... et on nous invente encore des termes juridiques MDR A vivement le G20 sur le droit d'auteur qu'on rigole un peu ;D Comment expliquer aux autres ce qu'il faut faire quant les autres pays voient dans quel bourbier la Hadopi nous a mise... De toute façon, depuis le debut de l'exercice, Hadopi manipule les textes et la nomination d'une "juriste" a sa tête, utilisant un jargon politico-juridique, releve du terrorisme d'etat et de la manipulation, une tentative d'intox des plus fragiles, cela pour masquer l'inutilité, l'archaisme et au final, l'impuissance totale de cette loi et de cette autorité fantoche ! Tout ceci releve du "grand plan" de Sarkocescu pour asservir/museler/controler internet, on est ds une grande tentative de faire peur afin de faciliter l'implantation de mouchards chez le particulier et sur le reseau !
Les "terroristes associés" pensent pouvoir égaler Ben Ali ou la Chine ds leur oeuvre, mais malheureusement, le coté obscure ne l'emporte jamais, et La Force, les vraies forces, se trouvent du coté de la liberté ! Non seulement ce sera un echec, mais la réponse sera cinglante, voir sanglante si ils s'entetent ! Nous ne sommes pas a vendre, contrairement a nos politiques et pseudo magistrats, appelés procureur. Honte a cette Dame qui salie le droit, qui pervertie le Code Penal ! D'un autre coté, le streaming type Youtube, c'est le téléchargement d'une oeuvre sur le cache de notre navigateur et la lecture de celui ci a l'aide d'un player integré. Techniquement, c'est du téléchargement.
Ben oui monsieur le juge j'ai regardé cet épisode des Sopranos sur le Net.
Comment voulez-vous que je sache que c'est illégal ? Il était également sur Youtube. C'est illégal de regarder Youtube. Comment je peux faire la différence ? Même les politiques et les stars du cinéma en sont incapables, alors moi ... Db Db S'il est bien interdit de mettre en ligne un film piraté, rien ne permet d'affirmer qu'il est interdit de le regarder en streaming.
Ne serait-ce que parce qu'il n'y a aucun moyen de savoir si la source est légale ou pas.. il y a des offres légales financées par la pub, qui ont l'accord de tous les ayants-droits (Deezer), ou qui mélangent contenu créé par les utilisateurs, contenu posté illégalement et contenu mis en ligne par les ayants-droits (Youtube), d'autres qui sont simple hébergeurs (MegaUpload, MegaVideo..) Comment, moi internaute lambda, je peux savoir que le site qui me propose une oeuvre (en streaming ou en téléchargement, c'est strictement pareil), gratuitement, en affichant de la pub, a le droit de la diffuser? tomy13, le 21/01/2011 - 09:10 Il est conseillé de se boucher le nez devant les roses afin de ne pas mettre en péril le revenu des parfumeurs.En l'occurrence, c'est l'odeur de sapin dont il s'agit pour l'Hadopi. Et ça sent de plus en plus fort. Gourmet, le 21/01/2011 - 09:54
Ben oui monsieur le juge j'ai regardé cet épisode des Sopranos sur le Net. Comment voulez-vous que je sache que c'est illégal ? Euh... t'avais pas plutôt un autre exemple que les Sopranos ? Parce-que d'après mes souvenirs, les Sopranos ne sont pas franchement le modèle typique de la famille citoyenne, si tu vois ce que je veux dire. Jupiter13420, le 21/01/2011 - 10:10 Dire que c'est aussi ce genre de lois stupides qui vireront l'ump du gouvernement...Pas si sur, mais bon....
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