Hadopi : les autorisations de la CNIL pourraient être invalides
Guillaume Champeau -
publié le Jeudi 21 Octobre 2010 à 10h45 -
posté dans Société 2.0
![]() Les autorisations de collecte d'adresses IP délivrées par la CNIL aux ayants droit pour la mise en oeuvre de l'Hadopi sont officiellement basées sur des observations du commissaire du gouvernement... qui n'ont en fait jamais été communiquées à la CNIL. De quoi faire annuler toute riposte graduée ? Comme vous le savez sans doute si vous êtes un lecteur régulier de Numerama, tout le processus de la riposte graduée mise en oeuvre par la Commission de protection des droits de l'Hadopi repose sur un maillon faible : Trident Media Guard (TMG). Il s'agit de la société nantaise choisie par l'ensemble des organisations d'ayants droit pour collecter sur les réseaux P2P les adresses IP des abonnés à Internet suspectés de négligence caractérisée. Le jour où TMG ne peut plus travailler, l'Hadopi ne peut plus fonctionner dans son volet répressif, faute d'adresse IP à transmettre aux fournisseurs d'accès pour identification. Pour avoir le droit de collecter les adresses IP sur les réseaux P2P, TMG doit obligatoirement avoir l'autorisation de la Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés (CNIL). Ou plutôt, chaque organisation d'ayants droit doit demander à la CNIL le droit de faire appel aux services de TMG pour envoyer des adresses IP à l'Hadopi. C'est dans ce cadre que la Commission a délivré le 10 juin 2010 quatre autorisations à la SCPP, la SPPF, la SACEM, et la SDRM, toutes chargées de défendre des droits musicaux. Le 24 juin, elle a également autorisé l'Association de Lutte contre la Piraterie Audiovisuelle (ALPA) à faire procéder aux collectes d'adresses IP par TMG. Souhaitant vérifier que les autorisations s'étaient bien faites dans les règles, et avec le souci de veiller à la fiabilité des collectes d'adresses IP réalisées par le prestataire nantais, nous avons envoyé le 10 août 2010 un courrier en recommandé à la CNIL, pour lui demander copie intégrale des dossiers d'autorisation, comme nous le permet la loi. C'est finalement trois mois plus tard, alors que nous nous apprêtions à saisir la Commission d'Accès aux Documents Administratifs (CADA), que la réponse de la CNIL nous est parvenue. Avec une surprise de taille. Comme on peut le lire par exemple sur l'autorisation délivrée à la Sacem, la délibération n'est pas explicitement motivée par la CNIL. Les arguments qui justifient la délivrance du feu vert (et qui donc pourraient être contestés) ne sont pas publiés, la délibération se contentant d'affirmer que l'autorisation a été délivrée "sur le rapport de M. Emmanuel de GIVRY, commissaire et les observations de Mme Elisabeth ROLIN, commissaire du gouvernement". C'est le cas pour l'ensemble des cinq autorisations délivrées aux ayants droit. C'est pour cela que nous avions demandé communication du rapport, et des observations. Nous voulions connaître les motifs. Le rapport déjà connu du commissaire de la CNIL Emmanuel de Givry nous a bien été transmis (celui-là même qui dénonçait l'absence de contrôle des procédés de TMG), en partie occulté d'informations confidentielles. En revanche, la réponse (voir ci-dessous, .pdf) de la direction des affaires juridiques de la Commission nous apprend "qu'aucune observation de la part du commissaire du Gouvernement n'a été formulée sur ces dossiers". Aussi les observations soi-disant énoncées par Mme Elisabeth Rolin, qui ont pour partie fondé l'autorisation de la CNIL... n'existeraient pas. Cette contradiction pose à nouveau question sur le rôle de la Commission, qui a autorisé les collectes d'IP sur la base du seul rapport de M. Givry, qui dénonçait pourtant toute la dangerosité du procédé pour la présomption d'innocence. Par ailleurs, sur un plan strictement juridique, il peut peut-être s'agir là d'un motif d'annulation des délibérations de la CNIL, ce qui invaliderait toutes les procédures lancées sur la base des relevés d'adresses IP effectués jusqu'alors, et ce qui obligerait les ayants droit à demander de nouvelles autorisations. Seul un éventuel recours devant la juridiction administrative contre les délibérations de la CNIL pourrait cependant le confirmer. Il serait possible soit d'argumenter sur le vice de procédure, soit sur l'abus de pouvoir au fond. Soit les deux. Le feuilleton continue. à lire aussi
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Commentaires à propos de «Hadopi : les autorisations de la CNIL pourraient être invalides»
C'est Thierry qui va faire la gueule. Finalement ses actions à TMG pourrait ne plus valoir grand chose
Joli, si seulement toutes les lois ou décisions administratives pouvait etre controlé comme ça, ça fonctionnerais peut etre un peu mieux et il y aurait moins de passe droit.
Mais qu'ils la garde leur pseudo musique. Personne n'achète, personne ne télécharge ainsi ils ne seront pas piraté et ils garderont leurs 'oeuvres' rien que pour eux.
Vraiment des supers stars à la CNIL : déjà, pour HADOPI, ils n'avaient pas bougé le petit doigt (le président est aussi sénateur UMP ? ça aide leur indépendance ?). Niveau budget, ils n'ont plus les moyens de faire quoi que ce soit. Ils ont vaguement lancé des avertissements pour Facebook histoire de se donner une allure, mais s'ils n'arrivent même pas à autoriser en y mettant les formes des choses avec lesquelles ils sont d'accords parce qu'on le leur a demandé gentiment en haut lieu, ça devient vraiment grotesque.
A comparer avec l'équivalent suisse qui a fait invalider l'espionnage des réseaux P2P par Logistep... Inutile de s'emballer, le gouver... mafia va sortir une loi, decret, texte, ... bref, peu importe ; le processus ne s'arrêtera pas, alors "laissez tombez vous voulez bien".
Encore une preuve que les pires margoulins du pays sont ceux qui nous gouvernent actuellement...
Merci à Numerama de jouer efficacement le rôle de contre-pouvoir que les médias traditionnels peinent à tenir, soit qu'ils soient muselés car tenus par les couilles, soit qu'ils soient dans cette merveilleuse tradition française d'être coûte que coûte du coté du manche qu'on nommait collaboration il y a quelques décennies... C'est vrai que ce débat est un peu "hypocrite". -_-
"du 10 juin 209" oui oui c'est ça. SDRM: http://www.legifranc...70517&fastPos=6 SACEM: http://www.legifranc...70517&fastPos=5 SPPF: http://www.legifranc...70517&fastPos=4 SCPP: http://www.legifranc...70517&fastPos=3 ALPA (HADOPI): http://www.legifranc...75446&fastPos=6 ALPA (procureur): http://www.legifranc...75446&fastPos=7 Il faudrait quand même faire valider ce fait par un pro ou un expert avant de se réjouir. Sommes nous devant un délit de négligence caractérisée ?
@ Guillaume,
Nice job ! ... cela ne doit pas être "prendre son pied " d'envoyer des lettres A.R aux administrations Un remerciement au passage aux députés "impliqués" dans les discutions et les amendements de la loi "Hadopi". Ils ont tellement "travaillé au corps" les réglementations de cette loi que même la CNIL ne sait plus comment se justifier ! Crdlt Merci beaucoup pour cet article.
Par contre, pourriez-vous mettre un lien vers le PDF plutôt que le truc infâme qui nécessite Flash? C'est vraiment dommage, PDF est un format ouvert accessible à tous, et là il est encapsulé dans un truc fermé, nécessitant un plugin propriétaire, même pas disponible sur toutes les machines... Si vous pouviez au moins mettre le lien vers le PDF en plus, ça serait sympa. Tulipe, le 21/10/2010 - 10:59 Mais qu'ils la garde leur pseudo musique. Personne n'achète, personne ne télécharge ainsi ils ne seront pas piraté et ils garderont leurs 'oeuvres' rien que pour eux.Pour ce que ca changera... la situation sera réglée par decret ou tout autre procédé permettant de valider l'état de fait à posteriori..
rom1v, le 21/10/2010 - 11:32 Par contre, pourriez-vous mettre un lien vers le PDF plutôt que le truc infâme qui nécessite Flash?C'est déjà fait, le lien est au coeur de l'article http://www.numerama....pi-TMG-CNIL.pdf Guillaume, le 21/10/2010 - 11:44 rom1v, le 21/10/2010 - 11:32 Par contre, pourriez-vous mettre un lien vers le PDF plutôt que le truc infâme qui nécessite Flash?C'est déjà fait, le lien est au coeur de l'article http://www.numerama....pi-TMG-CNIL.pdf La question est : qui va se charger de porter l'affaire devant devant la juridiction administrative ?
Bravo à Numérama de relever toutes les imperfections de cette loi et les procédures d'application Le principe d'une annulation couvrirait-il TOUTES les données communiquées jusqu'alors c'est à dire depuis l'entrée en fonction réelle de TMG ou simplement les données acquises depuis le dépôt d'un éventuel référé ?
Si j'en juge par les différents articles, la halte au pis a quelques centaines de milliers d'IP de retard. db En droit administratif c'est rétro-actif je crois CF le cas de l'annulation de retrait de point de permis.
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Si j'en juge par les différents articles, la halte au pis a quelques centaines de milliers d'IP de retard.
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