Alors qu'elle disposait selon ses critères du contexte juridique le plus défavorable parmi les pays industrialisés, l'industrie du disque canadienne a renoué en 2004 avec les chiffres positifs. Et pourtant c'est encore et toujours le partage de fichiers qui se retrouve cloué au pilori doré.

L’industrie canadienne n’avait pas connu de hausse de ses ventes de disques depuis 1998. Et finalement après cinq années de baisse, 2004 aura remis les compteurs dans le vert : +5 %.

Rappelons que c’est pourtant bien en 2004, en mars dernier, qu’un juge canadien de la cour fédérale d’Ottawa donnait son feu vert au P2P en refusant d’exiger des FAI qu’ils livrent l’identité de 29 internautes poursuivis par la CRIA, l’association canadienne de l’industrie du disque (voir notre actualité du 1er avril 2004). Le Canada est ainsi le seul pays où l’utilisation du P2P pour télécharger et partager des chansons a été protégée par les instances judiciaires. Au Canada plus qu’ailleurs, les internautes se sentent libres d’utiliser Kazaa ou eDonkey autant qu’ils le veulent. Et ils le font ! Le récent rapport de l’OCDE montrait que les canadiens étaient la population qui augmentait le plus rapidement sur les réseaux, et qu’ils comptent aujourd’hui pour 8 % de la population globale du P2P. Le taux de pénétration d’Internet et du haut-débit au pays d’Avril Lavigne est l’un des plus importants au monde.

De plus le grand nord américain n’a pas transposé les accords OMPI qui réduisent les droits du public au profit de la DRMisation du droit d’auteur.

Si l’on suit la logique du discours de l’industrie du disque, matraqué depuis Napster, le Canada aurait donc dû connaître en 2004 une véritable catastrophe dans son industrie musicale mise au mains des pirates.

Mais non !

+5 % !

« Des gains significatifs ont été réalisés dans le nombre de DVD livrés – en hausse de 24 pour cent – et de CDs« , reconnaît la CRIA. Mais plutôt que de se réjouir de ces chiffres et de reconnaître que le Peer-to-Peer n’affecte en rien les ventes, voire les augmente, l’industrie préfère jouer la carte de la mauvaise foi. Admirez :

Il n’y a aucun doute que l’une des raisons principales [de cette hausse] est que les canadiens ont un grand sens du fair play« , assure Natalie Larivière, présidente du groupe Archambault, grand leader de la distribution musicale au Québec. « Le partage de fichiers non autorisé viole les règles de fair play. Les canadiens commencent à se rallier derrière les artistes. Ils savent que le vol est quelque chose de mal et ils retournent doucement mais sûrement vers les magasins« .

Jamais contente, la CRIA ne se satisfait pas de cette reprise des ventes et ne compte pas du tout, loin s’en faut, enterrer la hache de guerre. « Les nombres de ventes ne sont, bien sûr, pas du tout au niveau où ils étaient avant l’avènement du piratage sur Internet au Canada, et nous pouvons seulement imaginer ce que les ventes seraient si ce piratage avait été absent« , déclare le nouveau président de l’association, Graham Henderson. « Je suis aussi très optimiste sur les perspectives pour le marché en ligne en 2005, particulièrement si Ottawa respecte ses promesses en faisant entrer la législation sur le droit d’auteur dans le 21e siècle« , ajoute t-il en parlant des traités OMPI qui plongeront le pays dans un DMCA à la canadienne.

« La réforme du droit d’auteur reste vitale et au top de notre agenda« , affirme Henderson. Il faudra cependant maintenant plus que jamais trouver de solides arguments pour convaincre le public et le législateur d’un tel mensonge.

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