Sondage IFOP / SNEP sur le piratage : "les bonnes questions aux mauvaises personnes"

Julien L. - publié le Mardi 10 Août 2010 à 16h05 - posté dans Société 2.0

69 % des Français seraient prêts à arrêter le piratage dès le premier avertissement, selon un sondage paru fin juillet. Un résultat élevé justifiant la poursuite de la riposte graduée, selon les ayants droit. Toutefois, l'échantillon choisi pour répondre aux questions de l'IFOP n'est pas le plus adapté. Quel intérêt de demander à quelqu'un qui n'a pas Internet s'il pense arrêter de pirater sur BitTorrent ou Emule ?

Le 29 juillet dernier, nous nous faisions l'écho du sondage réalisé par l'IFOP pour le compte du Syndicat national de l'édition phonographique (SNEP). Mené début juillet, il a été finalement publié à la fin du mois, à l'heure où la Haute Autorité a commencé à recevoir ses premières demandes d'avertissement. L'objet du sondage était donc évident : comment les internautes français se positionnent-ils face au téléchargement illicite et comment réagissent-ils face aux sanctions déployées contre le piratage ?

Sans grande surprise, les conclusions du sondage ont offert un plébiscite involontaire au principe de la riposte graduée. Selon l'étude commandée par l'association interprofessionnelle chargée de défendre les intérêts de l'industrie du disque, près de 69 % des sondés ont indiqué qu'ils renonceraient à la pratique du téléchargement illicite s'ils se faisaient prendre par la Haute Autorité.

Mieux encore. 77 % des répondants ont même assuré qu'ils seraient prêts à fliquer l'activité Internet de leurs proches si jamais leur propre connexion était dans la balance. Des résultats qui ont évidemment ravi le SNEP mais qui ont laissé perplexe de nombreux observateurs. Au-delà de la pertinence des questions, le panel pour y répondre était-il crédible ?

Loin sans faut. Sur ReadWriteWeb, Guillaume Main s'est intéressé à l'échantillon choisi par l'IFOP pour répondre à des questions qui, malgré tout, ne concernent pas tous les Français. C'est donc 1 058 personnes d'au moins 15 ans qui ont répondu par téléphone aux questions de l'IFOP. Bien entendu, l'échantillon national représentatif sur des critères de référence a été respecté.

Or, l'utilisation d'un échantillon national représentatif sur des problématiques ne concernant qu'une minorité de Français est vraisemblablement une erreur. Internet a beau être de plus en plus présent dans le quotidien des Français, il n'en demeure pas moins qu'un certain nombre continue de vivre très bien sans. Et qui plus est, bon nombre des abonnés à Internet ne se posent même pas la question de télécharger des contenus.

C'est d'ailleurs bien tout le biais de la formulation des questions. Lorsque 69 % des Français se déclarent prêts à arrêter le téléchargement illégal, une partie d'entre eux n'a pas Internet tandis qu'une autre n'a vraisemblablement jamais téléchargé. D'ailleurs, la question est obligée de se formuler ainsi : "dans l'hypothèse où vous auriez l'habitude de télécharger illégalement, risquer la suspension de votre abonnement ou une amende de 1 500 euros vous ferait-il renoncer à cette pratique ?".

À ce compte-là, on peut émettre beaucoup d'hypothèses. Comme le souligne Guillaume Main, non sans ironie, "autant demancder à Madame Michu, sans voicture et sans percmis de conduire, ce qu'elle pense des retraits de percmis pour excès de vitesse". Le rapport au renoncement n'est donc pas le même entre un téléchargeur régulier et une personne qui n'a pas de connexion à Internet.

D'ailleurs, sur 1 058 personnes interrogées par l'IFOP, seules 10 % d'entre elles seraient véritablement concernées par les questions du sondage. Les 90 % faussent donc en partie les conclusions de l'enquête, enquête sur laquelle va évidemment s'appuyer le SNEP et la Haute Autorité pour soutenir les actions anti-piratage.

Au regard de la méthodologie du sondage, le SNEP peut effectivement applaudir. La dissuasion de la Haute Autorité est telle qu'elle empêche des internautes français n'ayant pas Internet ou ne téléchargeant jamais de pirater des contenus. Très fort.

Publié par Julien L., le 10 Août 2010 à 16h05
 
 
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Commentaires à propos de «Sondage IFOP / SNEP sur le piratage : "les bonnes questions aux mauvaises personnes"»
 

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Cet échantillon n'est peut-être pas représentatif des internautes téléchargeurs, loin s'en faut.
Par contre, ceux-ci ne sont pas les seuls électeurs. Au regard de ce critère, l'échantillon est représentatif.
Le sondage l'est-il ? C'est une autre question :D
Les sondages tournent toujours les chiffres comme ils veulent.
Comme par hasard, à chaque fois qu'un sondage est commande par X société, il la soutient bizarrement dans ses propos.
Les instituts de sondages sont aussi pourris que ceux qui les commandent! Ce n'est pas un scoop! Demandez à Jospin ce qu'il en pense...
à quand les sondages sur numérama? Je propose qu'à chaque sondage de ce style, le même soit réalisé sur numérama et fermé lorsque l'on atteint le même nombre de sondés.
Quand on connait la réalité, ces chiffres sont tellement énormes que ça en devient presque comique...
IFOP est une farce. Et puis à part conforter le SNEP et ses clients politiques dans leur démarche de répression archaïque et imbécile, il ne sert à rien. Et comme on n'imaginait pas Pascal Nègre et Eric Walter renoncer à leur cheval de bataille, ce sondage a autant d'importance qu'un pet de phoque sur la banquise.
Rappel: Les sondages sur la "journée de solidarité" l'ont prouvé: Il est juste que les salariés seuls sacrifient un jour de RTT pour les retraites. Que les professions libérales, non concernées, ou les retraités, directement bénéficiaires fassent parti du panel n'avait à l'époque choqué personne.
Vous tournez le propos complètement à l'envers : l'IFOP ne conforte pas le SNEP !!! Le SNEP a commandé une méthodologie de sondage qui l'auto-conforte dans son souhait de faire croire que les sanctions seront dissuasives...

Je vous en prie, lisez l'article sur RWW, dans son intégralité : c'est la moindre des choses pour avoir une vision d'ensemble du problème. Ou lisez le directement sur Statosphere :

http://statosphere.f...ec-sondage-ifop

Je persiste et signe : l'IFOP n'est pas le commanditaire !

Pourquoi ne devrions nous pas incriminer les acheteurs de sondage ? La neutralité du sondeur est la même que celle du publicitaire : il n'adhère pas nécessairement au message que souhaite faire passer le client. L'analogie reste la même qu'entre un éditeur et un livre : si le propos du livre est maladroit, si le livre est mauvais ou si le propos est mensonger, peut-on en tirer des conclusions sur l'idéologie de l'éditeur

Encore un exemple ! Ma femme est graphiste : elle est amenée très régulièrement à défigurer son travail à la demande du client. Le résultat final est très souvent beaucoup plus décevant que la proposition initiale. Doit-on en conclure que le graphiste n'a aucun talent ?
PS : Mon commentaire s'adressait aux autres commentateurs, et évidemment pas à l'article de Numerama qui résume assez bien le problème. ;)
'tention, à ce rythme, la banquise va totalement fondre en été aux alentours de 2020, donc les pets de phoques vont avoir de la valeur.

Tout comme ces sondages ( qui nous feront bien rire ) si on les ressortait après ce qu'ils "prévoyaient".

D'ailleurs quelques exemples d' IFOP seraient bienvenus ;)

Le Net à une mémoire.
@ Kysban

Tu as bien sûr raison, et tes exemples sont parlants, ton lien intéressant.

Tu admetras néanmoins que pour un futur client qui jette un ?il sur le travail réalisé et se fait une opinion sur pièces, c'est pas folichon pour l'artiste :/ ...

Donc cela n'empêche nullement d'affirmer qu'IFOP est partial et orienté, même si c'est sur commande.

Au contraire, cela permet aux intéressés de se renseigner sur d'autres sources et de prendre d'autres avis. Et si le bidonnage sur commande est un leitmotiv de cette agence de sondage, au moins on saura à quoi s'en tenir. ( Pour le SNEP, je crois qu'il n'y a plus de doutes ).
Un leitmotiv ? Tu crois sincèrement que la directrice du pôle Internet et Médias de l'IFOP en a quelque chose à faire de conforter le SNEP ? Elle doit gérer plusieurs dizaines d'études par mois, et pour une très grande majorité d'entre eux, les commanditaires sont peu ou pas polémiques, et les questions dépourvues du moindre parti pris...
Kysban, le 10/08/2010 - 17:01
Vous tournez le propos complètement à l'envers : l'IFOP ne conforte pas le SNEP !!! Le SNEP a commandé une méthodologie de sondage qui l'auto-conforte dans son souhait de faire croire que les sanctions seront dissuasives...

Je vous en prie, lisez l'article sur RWW, dans son intégralité : c'est la moindre des choses pour avoir une vision d'ensemble du problème. Ou lisez le directement sur Statosphere :

http://statosphere.f...

Je persiste et signe : l'IFOP n'est pas le commanditaire !

Pourquoi ne devrions nous pas incriminer les acheteurs de sondage ? La neutralité du sondeur est la même que celle du publicitaire : il n'adhère pas nécessairement au message que souhaite faire passer le client. L'analogie reste la même qu'entre un éditeur et un livre : si le propos du livre est maladroit, si le livre est mauvais ou si le propos est mensonger, peut-on en tirer des conclusions sur l'idéologie de l'éditeur

Encore un exemple ! Ma femme est graphiste : elle est amenée très régulièrement à défigurer son travail à la demande du client. Le résultat final est très souvent beaucoup plus décevant que la proposition initiale. Doit-on en conclure que le graphiste n'a aucun talent ?

Je n'ai nullement incriminé l'IFOP, je me doute que c'est le SNEP qui a designé les questions.

Le problème c'est que dans la tête du citoyen lambda, le fait de mentionner IFOP signifie encore trop facilement "sondage statistique objectif".

Alors que ces instituts de sondages sont des boîtes privées comme les autres, qu'elles produisent de la donnée dans le sens de qui la commande, et qu'on peut influer sur un sondage d'au moins deux façons : en formatant le panel d'analyse, et en orientant les questions posées.

Donc ce sondage ne signifie juste rien.

Et je maintiens qu'il n'y a pas beaucoup de respect à avoir pour des instituts de sondage qui habillent d'un semblant de neutralité des questions puissamment orientées - mais l'IFOP ne l'a-t-il pas déjà prouvé tout récemment à propos des questions "sécuritaires" ?
Kysban, le 10/08/2010 - 17:38
Un leitmotiv ? Tu crois sincèrement que la directrice du pôle Internet et Médias de l'IFOP en a quelque chose à faire de conforter le SNEP ? Elle doit gérer plusieurs dizaines d'études par mois, et pour une très grande majorité d'entre eux, les commanditaires sont peu ou pas polémiques, et les questions dépourvues du moindre parti pris...

Donc tu vois bien que l'IFOP a un rôle "respectabilisant" pour les questionnaires qu'il utilise.

On a déjà eu le cas Opinion Way, et il suffit de s'intéresser de près au panel et aux questions qui ont été utilisées par l'IFOP à propos du "sécuritarisme" de Talonnettes : http://owni.fr/2010/...ifop-a-deconne/
Pour l'IFOP, j'ai justement rédigé cet article :

http://statosphere.f...-owni-se-plante

D'ailleurs republié sur l'OWNI, hier... Il y a énormément de choses à dire sur ce sondage, mais comme d'habitude, il serait bon de nuancer un poil le propos plutôt que de jeter le bébé avec l'eau du bain.

Je suis pour la transparence. Et pour moi, le vrai combat à mener est de parvenir à forcer les commanditaires à cesser de communiquer sur des sondages bidonnés, car ce n'est pas le rôle de l'institut de sondage !

Je m'arme donc d'un maximum de patience, et tel un funambule sur son fil, j'essaye de discréditer les sondages, tout en expliquant la position des instituts. Je ne suis pas cynique (si je l'étais, je ne me donnerais pas autant de mal pour expliquer mon point de vue) et j'essaye d'écrire des articles mesuré et faisant la part des choses.

J'invite les gens qui s'intéressent à ce sujet à lire ce qui s'écrit sur les techniques de sondage et à s'affranchir des propos lobbyiste anti-institut des professeurs de science politique qui ressassent le même discours depuis les années 80â€
Sans même aller jusqu'à étudier le panel du sondage, peut-on sincèrement répondre à des questions portant sur les pratiques illégales?

Cas extrême: avez vous déjà fait du trafic de drogue? Madame Michu (que vous appréciez tellement ici que j'imagine qu'elle doit être sacrément bien foutue) qui ne trafique pas dira non, le dealer non plus.

Donc déjà, les concernés sont fortement susceptibles de mentir (vas dire que tu fais un truc illégal à un inconnu au téléphone), et vont surtout répondre ce qu'ils pensent qu'on attend d'eux (progressiste, tolérant, ouvert, protège la veuve et l'orphelin, sourire extra white).

Alors ça vaut quoi, un sondage où les concernés mentent?
Vas faire un sondage sur la possible tendance des français au sujet d'un sujet hardcore super tabou: t'auras 0% de concernés, NORMAL. Après, vas dire que le sondage reflète la réalité et prendre le résultat pour argent comptant.

Donc publier un sondage au résultat manifestement aberrant et irréaliste, et dire que c'est le reflet de la réalité, c'est tout simplement de la propagande. Et surtout prendre les gens pour des neuneus...
@Kysban: Les instituts de sondage expliquent régulièrement qu'ils ne font pas que récolter les données, ils les pondèrent, il les analysent. L'ifop, comme les autres, propose des sondages politiques sur des panels de 800 personnes et annonce que celui qui a 52% est devant celui qui a 48%. Ce n'est pas défigurer, comme ce que l'on demande parfois à ta femme qui est graphiste, c'est tromper. C'est l'institut de sondage qui est spécialiste dans son domaine, et c'est l'institut de sondage qui propose dans son éventail de solutions des outils qui sont mathématiquement aberrants.
Pour rappel, IFOP = Laurence Parisot, présidente du MEDEF, pas la peine d'nn dire plus.
@selsek : en quoi est-ce de la propagande de dire que "les résultats montrent que les dispositions de la HADOPI constituent un réel pouvoir de dissuasion sur une population peu ou pas concernée par le téléchargement illégal" ? C'est d'ailleurs probablement vrai... C'est juste que l'information n'apporte strictement rien au débat. Ce qui aurait été intéressant, c'est de connaître l'avis des internautes qui téléchargent. Mais là, je suis en train de paraphraser mon article...


@classic : il est TOUJOURS rappelé dans une analyse de sondage qu'à partir d'un certain seuil, les conclusions à en tirer doivent être prises avec des pincettes. TOUJOURS ! Qui plus est sur un sondage à 48/52 et un échantillon de 800 personnes. Quand des données sont particulièrement serrées, les sondages s'emploient à donner des tendances. C'est d'ailleurs pour cette raison que des baromètres sont créés. Par ailleurs, sauf population particulièrement rare et spécifique, je doute que de nombreuses études soient menés sur des échantillons de cette taille. D'ailleurs le principe même de l'Omnibus est théoriquement d'interroger les français sur des questions facilement tranchables. En dessous d'un certain écart entre deux résultats (1, 2, voire 3%), on considère simplement que la tendance est la même.

Si les journalistes passent outre les recommandations et les précautions d'usage, ça ne doit pas être le problème de l'institut !
Donc pour récapituler seuls 10% des 69% ont internet et sont concernés.
Ce qui fait 7% quoi qui déclarent arrêter BiTorrent et eMule pour aller sur MegaUpload.

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