VODO : "Le P2P est une solution à laquelle nous devons travailler ensemble"
Guillaume Champeau -
publié le Mardi 22 Juin 2010 à 15h16 -
posté dans Peer-to-Peer
![]() Le premier épisode de la série Pioneer One, produite pour être distribuée librement par BitTorrent, est sorti sur VODO. A cette occasion et à l'occasion d'un Festival du Film Partagé organisé à Séoul il y a deux semaines, le fondateur de VODO Jamie King répond à nos questions sur la production de films diffusés sous licences libres sur les réseaux Peer-to-Peer.
Numerama.com : Pouvez-vous nous présenter VODO, et nous dire comment le site se porte jusqu'à présent ? Jamie King (à gauche sur la photo) : VODO est une plate-forme de distribution de divertissement pour l'ère du P2P. Nous avons distribué cinq films jusqu'à présent, en utilisant un modèle de promotion par lequel nous demandons à des acteurs majeurs de la culture P2P de nous aider à promouvoir et à distribuer des films. Nous n'essayons pas d'être YouTube. En tant que réalisateurs, nous comprenons que chaque film est un travail d'amour, et nous voulons passer du temps à faire que ces films attirent l'attention et le public. Nous avons bien réussi puisqu'à ce jour, l'audience typique de nos films est de 350.000 à 450.000 spectateurs. Nous avons signé récemment des accords avec les éditeurs des logiciels uTorrent et LimeWire, deux acteurs majeurs du P2P avec des dizaines de millions d'utilisateurs chacun. Avec leur aide pour promouvoir nos films au sein de leurs clients, nous allons voir régulièrement des audiences de plus d'un million de spectateurs d'ici la fin de l'année. Par ailleurs, nous travaillons sur des accords publicitaires avec deux agences importantes qui vont nous aider à sponsoriser les sorties de VODO et à aider à les cinéastes à se faire payer. Dans le modèle actuel de VODO, les réalisateurs gardent 100 % des dons, et nous partageons les revenus publicitaires à 50-50. Pris ensemble, ces deux éléments nous font envisager un avenir brillant pour VODO, et surtout pour le film prêt-à-partager, en 2010 et au-delà. HyoJung Sun et moi avons commencé à parler de la possibilité d'un évènement autour du Film Partagé il y a environ quatre mois. Il y avait plusieurs raisons. Nous cherchions des occasions d'étendre VODO, à la fois en terme de films et d'audience en Asie, où nous savions qu'il y avait une forte culture du partage. HyoJung a un jour rencontré GongJae Choi de KODIFI (l'association coréenne des films de la diversité, ndlr) à Séoul lorsqu'elle est allée au cinéma qu'il dirige, Cinemaru. GongJae a soutenu le projet dès le départ. Il a proposé son cinéma et son soutien, et ça a vraiment donné le coup d'envoi. L'autre raison de le faire à ce moment-là, c'était la conférence de Creative Commons Asie, un rassemblement de personnes intéressées ou déjà actives autour des licences Creative Commons. CC Corée est devenu partenaire, et nous a aidé à promouvoir la conférence auprès de leurs délégués et au delà. Nous avons aussi eu la visite de Larry Lessig, le fondateur des Creative Commons ! Comment s'est passé le Festival ? Le Festival a été très bien accueilli. Pour nous le succès a reposé sur le fait de faire se rencontrer des réalisateurs du nouveau monde du film libre-à-partager, et des publics qui n'étaient pas familiers de ce nouveau mode de distribution. Tout le monde en a bénéficié : les gens sont allés voir des films libres dans leur salle de cinéma proche de chez eux, et les réalisateurs ont eu le plaisir de se connecter à la culture cinématographique d'une nouvelle ville. Des centaines de gens ont assisté aux projections et aux débats, pendant quatre ou cinq jours. Et y aura-t-il un prochain Festival, peut-être ailleurs qu'en Asie ? Nous étudions la possibilité d'apporter le festival du Film Partagé dans d'autres villes. Notre idée c'est de l'organiser en marge ou au sein d'autres festivals et conférences. Nous n'avons pas encore encore de date arrêtée, mais nous le ferons savoir dès que ça sera le cas. Tous ceux qui organisent un évènement qui a le public adéquat peut entrer en contact avec nous. Que retenez-vous des discussions qui ont eu lieu entre le public et les réalisateurs ? Qu'est-ce qui vous a le plus marqué ? Les discussions pour le moment se résument à trois domaines. Pour les cinéastes, ça s'est concentré sur la distribution (comment je fais pour sortir mes films), et les nouveaux modèles économiques (comment je fais pour faire mes films et en vivre). Le système traditionnel de distribution échoue totalement sur ces deux aspects, et ça veut dire que de plus en plus de réalisateurs se tournent vers le libre-à-partager. Nous n'avons pas encore toutes les réponses à leur apporter, et ça fait que des évènements comme le Film Partagé sont une chance importance d'en discuter et de partager des expériences. Pour les publics, la question c'est celle de l'accès. La télévision, le cinéma ne fournissent que l'accès - par nécessité - à un volume limité de culture. Ils n'ont qu'un certain volume de bande passante. Avec la distribution en réseau, les publics ont accès à un volume à une diversité de culture beaucoup plus importants, et ça doit être bien pour tout le monde. Ce sur quoi nous devons travailler, c'est à quel point et de quelle manière les publics sont prêts à soutenir ce nouveau mode de distribution, et les créateurs qui vont essayer d'en vivre et de prospérer à travers ça. Donc encore une fois, c'est important de pouvoir faire se rencontrer tous ceux qui font partie de l'équation, parce qu'ils font tous partie de l'avenir de la culture. Des réalisateurs qui ne font pas encore du Film Partagé se sont-ils joints au Festival, et si oui comment réagissent-ils à cette manière de distribuer des films ? C'était un critère impératif du festival que tous ceux dont les films y étaient montrés devaient rendre leurs oeuvres disponibles en libre-à-partager, ou soient sur le point de le faire. Ca ne convient pas à tout le monde ! Mais personne ne devrait penser que le Film Partagé c'est comme voler un goûter. C'est en fait faire de nouveaux goûters, plus savoureux, dans le monde du libre-à-partager qui peut lancer de nouvelles carrières. Je pense que les gens le comprennent maintenant, et donc les débats restent cordiaux et constructifs. Pensez-vous que partager des films librement est un modèle durable pour toute l'industrie cinématographique ? Comment pensez-vous que les producteurs de cinéma devraient financer leurs films ? La première à chose à dire ici c'est que, de manière générale, pour la plupart des créateurs, l'industrie du cinéma dans sa "vieille" forme n'est pas durable. La plupart des films, la grande majorité des films, perdent beaucoup d'argent. Le cinéma indépendant c'est un cinéma de rêves brisés, soutenu de manière instable par des gouvernements progressistes, ou financé par des hypothèques, des cartes de crédit et des prêts bancaires. L'âge d'or des Reservoir Dogs, Harvey Weinstein et Big Indie est révolu depuis longtemps. Je dis ça pour souligner le fait que le libre-à-partager, la distribution par P2P est une solution sur laquelle nous devons toujours travailler ensemble pour la faire fonctionner. Quiconque d'honnête admettra qu'il y a un problème énorme dans l'industrie. Je pense qu'il y a une responsabilité de plus en plus grande du monde du P2P, qui doit montrer le chemin, mais ça doit ça aussi être une discussion ouverte et il faut qu'il y ait plus de créativité dans la recherche de solutions qui fonctionnent. Il y a une chose qui n'aide pas, c'est de chasser les "pirates", d'essayer de rapiécer les vieux modèles économiques, dont la plupart ne fonctionneront de toute façon plus. Ceci étant dit, nous ne disons pas qu'Avatar 2 devrait être libre-à-partager. James Cameron n'a pas vraiment le type de problèmes que VODO doit résoudre. Nous existons pour aider les créateurs indépendants à atteindre un public nombreux, et nous expérimentons des modèles économiques transformatifs pour faire en sorte que leurs films soient réalisés et qu'ils rapportent un peu d'argent. Nous voyons cette économie comme un mélange de dons directs, de sponsoring, et d'investissement du public. Nous ne savons pas encore avec certitude ce qui va fonctionner, mais nous sommes décidés à le découvrir et à travailler avec quiconque aimerait atteindre des audiences de millions de personnes à travers le libre-à-partager. >> Voir et partager le premier épisode de Pioneer One à lire aussi
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Commentaires à propos de «VODO : "Le P2P est une solution à laquelle nous devons travailler ensemble"»
tcuvillier, le 22/06/2010 - 15:41 Tout le problème des super productions c'est qu'ils misent tout sur la première semaine avec des budgets "propagande" gargantuesque. Que le film soit bon ou mauvais n'est pas la question ils seront sur de sortir gagnant car il marchera quoiqu'il arrive pendant les 2/3 premières semaines. Un film ne se juge pas sur son score lors des premières semaines mais au bout d'un mois ou plus une fois que le bouche à oreille s'est mis en place. Or le P2P et la distribution sur internet en générale rend tout cela quasiment caduc, le bouche à oreille va beaucoup beaucoup plus vite, un bon film aura de la publicité gratuite et marchera, un mauvais film se fera descendre et sombrera dans l'oublie. Ce qui fait peur à l'industrie du cinéma c'est de ne plus pouvoir refourguer leur daubes si ils changent de modèle de distribution, bref ils ont peur d'avoir un système qui dès la sortie du film est plus basé sur le mérite et moins sur le budget pub. Pour revenir au sujet j'ai vu Pionner One et c'est vraiment pas mal pour du libre à partager. Si tout cela se développe c'est un très bon pas en avant pour la communauté du libre et des films indépendants. +1 Un article instructif merci. Enfin un VRAI discours de personne qui vie avec son temps. tcuvillier, le 22/06/2010 - 15:41 Tout le problème des super productions c'est qu'ils misent tout sur la première semaine avec des budgets "propagande" gargantuesque. Que le film soit bon ou mauvais n'est pas la question ils seront sur de sortir gagnant car il marchera quoiqu'il arrive pendant les 2/3 premières semaines. Un film ne se juge pas sur son score lors des premières semaines mais au bout d'un mois ou plus une fois que le bouche à oreille s'est mis en place. Or le P2P et la distribution sur internet en générale rend tout cela quasiment caduc, le bouche à oreille va beaucoup beaucoup plus vite, un bon film aura de la publicité gratuite et marchera, un mauvais film se fera descendre et sombrera dans l'oublie. Ce qui fait peur à l'industrie du cinéma c'est de ne plus pouvoir refourguer leur daubes si ils changent de modèle de distribution, bref ils ont peur d'avoir un système qui dès la sortie du film est plus basé sur le mérite et moins sur le budget pub. Pour revenir au sujet j'ai vu Pionner One et c'est vraiment pas mal pour du libre à partager. Si tout cela se développe c'est un très bon pas en avant pour la communauté du libre et des films indépendants. Je plussoie moi aussi. Pas tout a fait d'accord avec tculivier ... pour revenir sur avatar, désolé mais ce film est pour moi une daube, parce que j'accorde beaucoup d'importance au scénario. Il est fait par et pour la 3D. Ce qui veut dire que celui qui y va pour s'exploser les rétines a bien raison d'y aller; celui qui veut un film ayant un scénario aura tort. Ca n'en fait pas un mauvais film, juste un film ayant un public bien défini. On n'a pas eu besoin du p2p pour faire du bouche a oreille et savoir quel film était pourri, ou bien destiné a un public particulier avant...
bref, je ne pense pas que la distribution en P2P soit un probleme pour l'industrie d'un point de vue bouche a oreille. Au contraire; ca va tres vite, donc rien n'empeche l'industrie d'insérer tout plein de faux commentaires pour dire que c'est génial (technique employée depuis des lustres sur les réseaux P2P, c'est pas nouveau d'ailleur) La seule chose qui fait peur a l'industrie du cinéma, c'est de perdre du pouvoir. Il sera beaucoup plus difficile de négocier grassement des exclus avec telle ou telle chaine de cinémas par exemple... Enfin un discour plus en phase avec son temps. Certe ils n'ont pas encore la solution ideale mais cela prouve au moins que des gens ne pensent pas qu'au pognon, et essaye de réfléchir sur l'avenir de la culture.
Pour info il y a des autres sites de films libre que vodo : mais bon je lui souhaite un bon avenir : espérant qu'un site perce comme le fait jamendo.
http://doc.ubuntu-fr...re#cinema_libre J'ai donné 5 USD a pioneer one (trainant sur mon paypal) parce que j'etait fauché donc pouvais pas filer plus meme s'ils y meritent amha.
Ils pourraient meme add 2min de pub au debut du fichier pour se financer que j'aurais pas ralé, la qualité est quand meme la (meme si ca ressemble bcp a du xfiles un peu le premier ep, ils ont meme les sosies de mulder & scully x]) et j'attend la suite de plein pied. Ca fait plaisir de voir qu'il y a encore des realisateurs ne pensant pas qu'a flanquer leur publique en taule et qui proposent meme en libre distribution (fichier copiable a l'envie sans fuckin' drm, en bonne qualité) leur résultat. Pas tout a fait d'accord avec tculivier ... pour revenir sur avatar, désolé mais ce film est pour moi une daube, parce que j'accorde beaucoup d'importance au scénario. Il est fait par et pour la 3D.
C'est pas le meme type de publique a mon avis. Il y aura toujours un marché pour les "avatar" comme il y en aura pour les disney (oui, j'ose la comparaison x]) avec ou sans pub. Et de temps en temps un film d'action ne demandant pas trop de réflechir a la matrix peut etre fun. :-p Après ils le proposeraient genre a 5E en x264 .mkv je pense que je l'aurais p-e acheté pour l'occaz... |
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Or le P2P et la distribution sur internet en générale rend tout cela quasiment caduc, le bouche à oreille va beaucoup beaucoup plus vite, un bon film aura de la publicité gratuite et marchera, un mauvais film se fera descendre et sombrera dans l'oublie. Ce qui fait peur à l'industrie du cinéma c'est de ne plus pouvoir refourguer leur daubes si ils changent de modèle de distribution, bref ils ont peur d'avoir un système qui dès la sortie du film est plus basé sur le mérite et moins sur le budget pub.
Pour revenir au sujet j'ai vu Pionner One et c'est vraiment pas mal pour du libre à partager. Si tout cela se développe c'est un très bon pas en avant pour la communauté du libre et des films indépendants.