Disons-le tout de suite, l’accusation nous paraît être très exagérée, mais elle vaut d’être rapportée pour rappeler quelques principes essentiels du droit d’auteur. L’ancien secrétaire d’Etat aux sports Bernard Laporte, l’ancien fooballeur professionnel Basile Boli, et l’ancien international de rugby Denis Charvet ont inauguré mardi un nouveau site internet dédié aux communautés sportives, Fan2Sport. Réalisé avec un budget d’un million d’euros, le site est aujourd’hui accusé de plagier le concept d’un autre site internet, Sportganizer, que Bernard Laporte lui-même avait accepté de patronner lors de son lancement en 2008.

Parmi les promesses de Fan2Sport, c’est celle-ci qui provoque la colère de Romain Parent, le créateur de Sportganizer : « Gérez gratuitement vos effectifs, vos joueurs, vos équipes, votre club… Créez et gérez vos feuilles de matchs, les compositions d’équipes en fonction des statistiques personnelles de vos joueursÉchangez avec vos supporters…« .

Le jeune entrepreneur avait créé son site alors qu’il était encore étudiant à l’IAE de Grenoble. Il s’est associé à un ami, et a monté Sportganizer avec un budget de 10.000 euros, avec l’ambition de proposer un service destiné aux organisations sportives. Le site doit leur permette « d’organiser, de façon rapide et efficace, des événements sportifs grâce aux différents outils de communication que nous mettons à disposition de nos inscrits« .

Pour le lancement, il avait sollicité le parrainage de Bernard Laporte, alors qu’il était encore secrétaire d’Etat. Ce fut réussi. « Compte tenu de l’intérêt de cette initiative, dont le but est de rendre la communication au sein des établissements sportifs plus efficace, c’est avec plaisir que M. le sécrétaire d’Etat accorde son patronage à votre projet qui connaître, il en est persuadé, un réel succès« , lui répondait le chef du cabinet Antoine Audi dans une lettre du 15 septembre 2009.

Pour Romain Parent, il est clair que Bernard Laporte a usé de sa connaissance de Sportganizer pour lancer deux ans plus tard son projet. « Si se faire plagier par un petit concurrent à la sueur de son front n’est déjà guère réjouissant, voir des personnes ayant un tel réseau dans le domaine du sport et des moyens financiers importants (un millions d’euros ont été investis dans fan2sport) adopter pareilles méthodes me parait totalement écoeurant !« , écrit-il.

Mais l’accusation de plagiat s’arrête-là. En matière de droit d’auteur, s’inspirer n’est pas copier. Les idées appartiennent à tout le monde, et seule la manière de les mettre en forme est susceptible de bénéficier d’une protection. Et c’est tant mieux pour l’innovation. Sinon, c’est interdire à de meilleurs services d’exister, sous prétexte qu’ils s’inspirent de l’idée d’un moins bon service. C’est décourager la concurrence.

L’accusation est d’autant plus fragile dans le cas de Sportganizer que Fan2sports semble avoir une portée beaucoup plus large que la seule gestion des évènements sportifs et de l’organisation des clubs de sport, qui n’est qu’un des services proposés par le site de Bernard Laporte. Dès lors, difficile même d’envisager même une action en concurrence déloyale. Si le secrétaire d’Etat n’avait pas accordé son patronage, Sportganizer serait tout de même sorti.

Au mieux, l’accusation soulève un problème éthique. Un ancien ministre ou secrétaire d’Etat peut-il créer une entreprise dans un domaine qui était récemment sous sa compétence au gouvernement ? Mais la question est d’autant plus plus complexe pour Bernard Laporte qu’il évoluait depuis longtemps dans le milieu sportif avant de devenir secrétaire d’Etat, et qu’il n’a fait qu’y revenir.

Il ne faut pas s’écoeurer de la concurrence de Fan2Sport, mais au contraire s’en glorifier et s’en servir comme argumentaire de vente. C’est la preuve que ce type de service a un intérêt, ou en tout cas la promesse que ce type de service va être popularisé. Sportganizer, spécialisé dans son domaine, sera sans doute toujours meilleur dans son domaine qu’un site qui tente de toucher à tout en n’étant bon dans rien.

Pour un entrepreneur, crier au plagiat ou s’attaquer au piratage, c’est dépenser son énergie pour rien. Mieux vaut la dépenser à renforcer la qualité de son offre.

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