Président de la Société des Auteurs et des Compositeurs Dramatiques (SACD), l’incontournable Pascal Rogard était à son tour interrogé par l’Arcep en prévision du colloque du 14 avril prochain sur la neutralité du net. L’occasion pour lui de démontrer encore cet art du dialogue qu’il maîtrise comme personne et qui lui permet de se faire passer en toutes circonstances pour un faux naïf placé forcément au dessus de la mêlée, puisqu’il assure n’avoir qu’un regard détaché sur les combats de rue auxquels il refuse de se joindre. Alors qu’en réalité, Pascal Rogard est bien le plus dur à cuire et le plus efficace des lobbyistes dans l’industrie culturelle en France.

M. Rogard commence ainsi par prétendre que la SACD ne s’est intéressée à la question de la neutralité du net qu’à l’occasion du colloque, en découvrant les positions de certains acteurs qui refuseraient toute protecton de la propriété intellectuelle sur Internet. Et c’est ce qui l’aurait poussé à s’y intéresser, pour défendre le fait que « la net neutralité ne peut pas être la net impunité« . Cependant, « moi j’ai pas de définitiion de la neutralité du net, et c’est peut-être ce qui fait ma force, mais j’ai l’impression que c’est une auberge espagnole« , dit Pascal Rogard. « Chacun y met ce qu’il veut en fonction de ses intérêts« . En cela, il n’a pas tort.

Il se rallie en fait à la position de l’ensemble des groupes d’intérêts qui, dans les pas de l’administration Obama, veulent limiter la neutralité du net à l’internet légal, ce qui est pourtant antinomique. Traiter différemment les communications en fonction de la légalité de ce qu’elles contiennent, de leur source ou de leur destination, c’est justement porter atteinte à la neutralité du transporteur. Pour Pascal Rogard, qui lâche quand même sa définition, la neutralité du net c’est donc « un principe de transparence, un principe de non discrimination, mais dans le respect des lois de la République, et en ce qui me concerne dans le respect des lois de propriété intellectuelle« .

« On ne peut pas, au nom d’un concept qui reste encore extrêmement vague, continuer de légitimer le pillage de la propriété littéraire et artistique« , dit-il. En cela, et en insistant sur le fait que la neutralité du net serait synonyme de « zone de non droit », Pascal Rogard feint d’ignorer que ça n’est pas les transporteurs qui doivent subir les éventuelles foudres de la justice, mais bien les expéditeurs des données illégales ou ceux qui les reçoivent en toute connaissance de cause. C’est bien par exemple le rôle de l’Hadopi, qui s’attaque au piratage en s’attachant à ceux qui uploadent des œuvres, pas aux FAI qui les transportent. Tous les jours, des tribunaux condamnent ceux qui ont des activités illicites en se servant d’Internet.

Lorsqu’il évoque enfin le problème des violations de la vie privée qui se multiplient sur Internet, Pascal Rogard ne peut s’empêcher de revenir immédiatement sur le terrain des droits d’auteur. Et le visage, jusque là souriant, se tend. Le regard se durcit. « Ceux qui piratent sur Internet c’est quand même une énorme lâcheté… (ils sont) très très lâches, parce que ce sont des gens qui sont planqués, qui sont masqués, qui ne seraient même pas capables d’aller voler quelque chose dans un magasin« , dit-il. « Mais ils utilisent des outils technologiques et se cachent souvent sous des faux noms, des pseudos. Je trouve que ce qui caractérise la piraterie c’est la lâcheté« .

Mais c’est bien justement parce que le fait de voler dans un magasin et de dupliquer un fichier en le téléchargeant ne sont pas du tout des actes de même nature qu’il n’y a pas de lâcheté, comme le prétend Pascal Rogard. Il y a lâcheté quand il y a un sentiment de honte, et la volonté de dissimuler l’acte honteux. On ne vole pas dans un magasin, non pas seulement par peur du gendarme, mais aussi voire surtout par peur du regard désapprobateur de la société, et de ses proches. Le vol est socialement inacceptable, et inaccepté. L’intervention du gendarme est donc vu comme quelque chose de salutaire. En revanche, le téléchargement, lui, est un acte socialement accepté que seuls les ayants droit voient d’un regard désapprobateur. Rares sont ceux qui ont honte de télécharger un film, ou un album de musique. Seule la peur du gendarme incite les internautes à se « planquer ». Et l’intervention du gendarme n’est, là, pas vue comme quelque chose de salutaire par la société, mais comme quelque chose d’oppressant. Pascal Rogard peut le regretter, mais il n’y changera rien.

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