Le piratage affecte-t-il les dons pour Haiti ? C'est la question que se pose publiquement la RIAA, en reprochant aux internautes de pirater l'album caritatif "Hope for Haiti Now". Selon l'association de défense de l'industrie du disque américaine, les pirates révèlent une facette bien sombre, en se montrant sans coeur. Mais est-ce vraiment le cas ?

Le 12 janvier dernier, Haïti était secoué par un puissant tremblement de terre, d’une magnitude estimée à 7,3 sur l’échelle de Richter. Devant l’ampleur des dégâts, une vaste aide internationale s’est alors mise en marche pour venir en aide aux sinistrés (plus de 230 000 morts et des centaines de milliers de sans-abris, sans compter les innombrables blessés). Si l’essentiel de cette solidarité internationale s’est traduit par des dons d’argent ou de nourriture, le soutien aux Haïtiens s’est fait également à travers quelques initiatives musicales et artistiques.

La plus remarquée fut sans aucun doute la reprise de We Are The WorldÉcrite en 1985 par Michael Jackson et Lionel Richie, cette chanson caritative avait pour objectif de collecter des fonds pour venir en aide à l’Ethiopie, alors en proie à une grave famine. Gros succès commercial, la chanson avait été une bonne occasion de réunir de nombreux artistes de l’époque – et qui avaient cédé leurs droits – pour défendre une cause humanitaire.

Vingt-cinq ans après, l’opération a donc été réitérée pour Haïti, en conviant cette fois des artistes plus contemporains. Parmi ces derniers, nous retrouvons Lionel Richie, Wyclef Jean, Carlos Santana, Jason Mraz, The Jonas Brothers, Pink, Céline Dion, Will.I.Am, Kanye West, Snoop Dogg, Barbra Streisand, Enrique Iglesias, Fergie ou encore Mary J. Blige. Bien que les dons directs aux organisations non-gouvernementales (Croix-Rouge, Médecins sans frontières…) sont sans doute plus efficaces qu’une chanson caritative, ce type d’initiative a au moins le mérite d’amener des individus à contribuer de façon indirecte à l’effort international.

Mais pour la RIAA, tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes. Dans un billet de blog publié le 2 mars dernier, la Recording Industry Association of America regrette que l’album se soit retrouvé sur les réseaux P2P. Selon l’association de défense des intérêts de l’industrie du disque américaine, « l’album est désormais largement disponible sur des sites illicites comme The Pirate Bay, Torrentz et beaucoup d’autres. Cela met en lumière un côté vraiment immonde du piratage par P2P – saper les efforts humanitaires de collecte de fonds à travers le vol en ligne de la compilation « Hope for Haiti Now« .

Est-ce pour autant le cas ? Torrentfreak, en s’appuyant sur une étude de Music Ally, a constaté que l’album n’a pas été autant piraté que cela, du moins si on compare le nombre de téléchargements de l’album par rapport aux musiques les plus populaires du moment. Par ailleurs, les internautes qui ont téléchargé illégalement cet album auraient-ils payé quoi que ce soit si la compilation n’avait pas été présente sur les réseaux BitTorrent ? Ce n’est pas sûr du tout.

De plus, il est également tout à fait envisageable que certains pirates aient déjà donné de l’argent par un autre moyen que l’achat de l’album. En donnant à la Croix-Rouge ou à Médecins Sans Frontières par exemple. Même si on peut regretter l’absence de dons supplémentaires à travers l’acquisition de cette compilation caritative, la RIAA a manifestement classé un peu trop vite les pirates de l’album comme des monstres sans coeur.

Et puis comme le rappelle Torrentfreak, les grands gagnants dans ces affaires de chansons caritatives sont bien souvent les maisons de disques elles-mêmes. Si les premiers mois, les ayants droit accepteront de partager une partie des gains avec les Haïtiens, dès que la fièvre médiatique sera retombée, le transfert de l’argent finira par s’arrêter. Et les profits commenceront à croitre.

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