Le SNEP cherche t-il à perdre ses procès ?
Guillaume Champeau -
publié le Vendredi 02 Juillet 2004 à 22h46 -
posté dans High-Tech
Confirmant de nombreux doutes sur la question, le secrétaire général aux affaires juridiques à la CNIL vient d'avertir que la Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés se penche sur la question de la légalité des procédures engagées par la SCPP. Mais cette erreur juridique de la SCPP, si elle était avérée, n'est-elle pas tout simplement volontaire ?
La SCPP expliquait récemment que pour pouvoir cibler les 20 internautes contre qui elle portait plainte pour violation de droits d'auteur, elle avait regardé le contenu de dossiers partagés sur les réseaux P2P, et relevé les adresses IP de certains de ces utilisateurs avant de les livrer à la police.
Or la CNIL a depuis longtemps affirmé que les adresses IP constituaient des données personnelles nominatives dont la collecte devait être autorisée par les personnes visées. Pour Christophe Pallez, secrétaire général de la Commission, il n'y a donc que deux scénarios possibles. Soit la SCPP a fait appel à un officier public (un huissier) pour relever des adresses IP qui apparaitraient directement à l'écran, auquel cas se posera des problèmes d'acceptation de la preuve devant un juge. Soit la SCPP a collecté ces adresses par un procédé technique quelconque, auquel cas elles devront être refusées par le juge puisque collectées illégalement."La Cnil continue de s'interroger sur les conditions dans lesquelles ces opérations ont été menées, et sur leur légalité même. Nous sommes pour le moins circonspects. Quoi qu'il en soit, un juge pénal qui serait saisi d'une preuve constituée de manière illicite pourrait très bien rejeter cette action", confiait ainsi C.Pallez à 01Net. Une faute volontaire de la part de la SCPP ? Dans un article que nous rédigions pour notre partenaire anglophone P2Pnet.net, nous nous interrogions mercredi sur le véritable sens de cette affaire. Le parallèle avec ce qui s'est passé au Canada ne nous semble en effet pas étranger. Souvenons nous que la CRIA (la RIAA canadienne) avait elle même déposé 29 plaintes contre des internautes du pays. Certains juristes qui avaient construit la défense au sein de la faculté de Droit d'Ottawa nous avaient alors fait part de leurs doutes. Le dossier monté par la CRIA était tellement vérolé d'erreurs grossières qu'il ne pouvait selon eux s'agir que d'erreurs volontairement apportées pour perdre l'affaire. Et l'affaire fut perdue. Quel rapport nous direz-vous ? Il est simple. L'intérêt pour la CRIA de perdre ce dossier était de mettre en avant l'absence en droit canadien d'interdiction de mettre les oeuvres à disposition du public (c'est-à-dire, en langage P2P, de les mettre en partage). Et le juge ne s'est d'ailleurs pas gêné de le rappeler haut et fort, avant de rejeter les plaintes contre X lancées par l'association canadienne. De cette manière, l'industrie pouvait rapidement aller pleurer dans les bras du gouvernement et demander une réaction urgente : l'adoption des accords OMPI de 1996 qui, entre autres, ajouteraient la mise à disposition des oeuvres à la longue liste des actes de contrefaçon. L'intérêt pour la SCPP de perdre cette affaire est tout aussi franc. Un projet de révision de la loi informatique et libertés est actuellement sur les tablettes du Parlement et prévoit que les ayants droit pourront collecter les adresses IP en vue de déposer des plaintes contre les utilisateurs pirates, et même établir une liste noire en cas de récidive. Si la SCPP perd ces procès parce que le juge refuse de recevoir l'adresse IP comme élément permettant d'identifier l'internaute, elle pourra elle même faire pression beaucoup plus facilement pour que le parlement adopte ces dispositions liberticides et dangereuses pour la sécurité de l'internaute (puisque rappelons qu'une seule adresse IP peut être utilisée par des centaines d'internautes connectés en réseau, ou très facilement "volée" dans le cas notamment de réseaux sans fil). Théorie du complot, peut-être, mais convenons que la faute (s'il est est) est grossière de la part d'une industrie dont les avocats connaissent mieux que quiconque la loi... 26
Commentaires à propos de «Le SNEP cherche t-il à perdre ses procès ?»
Pieno : quelque soit la date de révision de la LIL, la loi n'est jamais rétroactive (sauf à de très très très rares exceptions près comme ça a été le cas pour les crimes contre l'humanité)
Kad : Certes, mais si la décision de non recevabilité devait tomber avant la révision de la LIL, cela permettrait, comme tu le dis avec brio dans ton article, aux majors de pousser un peu plus cette nouvelle atteintes aux libertés.
Donc faut spreader au plus la news, afin que les P2Pistes ne se réjouissent pas trop tot...
Si l'internet est bien génial sur un point, c'est que les idées y circulent vite, vite, vite... Des "grossières" erreurs (qui sont en fait des manoeuvres)de ce genre révèlent, s'il le faut encore, le caractère ouvertement "affairiste" de ces gens.cependant, comme en ce moment, chez nous en France, nous sommes en plein marasme juridique, concernant cette technologie, qu'est l'internet, Dieu sait où vont mener toutes ces manoeuvres, car n'oublions pas, les politiques ne comprennent rien à internet ou aux ordis, et ne fonctionnent que par les mots électorat ou représentativité, donc poids politique. Comme dit, la perversité de cette affaire pourrait, à force de faire du bruit, se retourner contre eux, car les internautes sont aussi des citoyens...et finalement aussi contre les dites majors... rêvons un peu, mais pas trop...
@Soleil Levant, @autres :
OOps, je retire ce que j'ai dit, les IPs sont apparrament bien assimilées comme nominatives... Mais ca me pose donc problèmes pour mes stats ! Tous les serveurs web sont déclarés a la CNIL s'ils utilisent des stats avec les IPs (ne serait que pour ne pas compter 2 fois la même IP dans la journée...) ? Et puis, dans ce cas, tout est nominatif... Tu te constitues un annuaire, allez, disons de 150 numéros de téléphones dans ton mobile, tu fais une bdd qui devrait en tout lieu etre déclaré à la CNIL non ? Enfin, là, je suis perdu... ;-) Il y a quand même un truc auquel ils n'ont pas pensé. Ils vont perdre un procès tentant de comdamner des internautes, du coup le "grand public" qui ne suit pas ce genre d'affaire de près va se dire "OK c'est bon on risque rien", et la peur du gendarme sera plus trop efficace...
bon, c'est vra qu'attaquer 20 internautes au niveau national, je sentais plus la pub de "la peur du gendarme" avant l'été mais de grosses sanctions à partir de la rentrée avec un "on vous avait prévenu en juin qu'on irait jusqu'au bout".
maintenant que la machination semble découverte : "la demande n'est pas recevable, donc les politiciens bougez-vous pour nous aider à sauvegarder l'industrie du disque" tout n'est pas joué. Les politiciens seront pris entre les majors et les electeurs (et même leurs enfants....) Devedjian avait l'air mitigé et un peu du côté des internautes, donc le débat va être difficile pour trouver un compromis qui arrange tout le monde. Le risque est que la décision n'est pas évidente mais l apression sera très forte pour qu'elle soit rapide. D'ici à ce que les majors aient l'autorisation de collecter les adresses IP pour attaquer..Par contre bonjour aux politiciens qui approuveraient cette décision! A suivre! Et puis n'oublions pas que si le p2p venait à agoniser, les abonnements s'en ressentiraient, et donc les FAI auraient une perte nette en chiffre d'affaire certaine.
Il y a donc fort à parier que ce sont eux (et croyez moi ils se montreront beaucoup plus efficaces que nous) qui seront les principaux avocats du "non à la divulgation d'IP". Du moins tant que la vente de mp3 et films en ligne ne sera pas plus développée. Je pense que faire directement pression sur les FAI, avec des promesses de résiliation, serait la chose la plus efficace pour tous les p2pistes. Ciao Nouvelles d'allemagne : T-Online annonce a ses clients qu'il se reserve le droit de communiquer les adresses IP a la justice......merci vive la liberte Freiheit für alle
Ahhhh
@DoubleJ Je ne suis pas sûr, mais il me semble que la collecte d'adresses ip est considéré comme nominative (et donc illégale sans le consentement de l'intéressé) que si elle est rataché au nom de l'intéressé ou à une autre donnée personnelle de ce dernier. @frank.mail Tu sais les FAI n'ont pas le poids de certaine majors, tu peux leur mettre la pression que tu veux, ça ne leur donnera pas plus de moyen :/ toutou > bein dire tel ip telle heure tel jour avait tel fichier, je crois qu'on peut dire que ce sont des informations attachées a l adresse non ?
qui plus est si c'est tel et tel fichier ce sont desinfos personnel ? enfin si chez toi tu regardes les tortues ninja c'est une info personnel non
Sans parler de rattachement à un fichier, l'adresse IP est rattachée à un utilisateur auprès du fournisseur d'accès, et elle devient donc nominative (c'est d'ailleurs la première étape de ces plaintes contre X que d'obtenir l'identité des internautes poursuivis).
méfiance par rapport à nos politiciens. Ils vont avoir du temps sans elections pour faire des choses que les Français auront oublié dans 5 ans. Et au nom l'Europe...si l'Allemagne commence à le faire.....Pour garder le moral, il faut juste se dire que si un parti propose quelque chose qui ne plait pas, l'opposition récupère l'affaire pour faire trainer les choses, mais pour quelle issue ? De plus les FAI feront faillite car le nom de du FAI qui aura trahi son client fera vite le tour, alors entre les exclus et les mécontents...donc il y a de l'espoir pour faire bouger les choses!
@Kad Redal :
Ok pour le FAI car ils ont les correspondances mais pour les autres ? En collectant des IPs, ce n'est pas nominatif... Je ne comprends pas pourquoi la CNIL a déclaré qu'une IP est nominative... elle peut le devenir, au même titre qu'un numéro d'immatriculation de voiture mais que par certaines mains... J'ai vraiment un gros doute la dessus (toujours par rapport à mes statistiques web, n'importe quel serveur apache collecte dans ses logs les ips des utilisateurs allant sur ses pages, accès, refus, tentatives, heure, jour, temps, ...). @baignol : Oui, j'ai pensé aussi à cela... On prouve qu'on ne peut rien faire pour pouvoir demander une révision de la Loi... On prouve que si ca ne marche pas pour de simple musiques, cela pourrait ne pas marcher aussi pour d'autres choses plus graves. On prend le problème à l'envers pour servir ses propres intêrets. De plus, faire cela pendant les mois de juillet/aout est très significatif. Toutes les plus grosses sal*peries politiques ont été faites pendant ces conges (taxes, augmentations du prix de l'essence, et toutes les autres lois de taxation ou de retrait d'avantages fiscaux pour les petits et l'augmentation de ces memes avantages pour les gros industriels...). Peut-être que par cet echec, ils veulent inciter les politiques à agir le plus rapidement possible, et justement pendant ces vacances... en profitant en passant de la baisse d'activité annuelle sur Internet pour cause de vacances en essayant de dire que ca baisse à cause de ce coup de pub, de cette "peur du gendarme" alors qu'il n'en est rien. Ils essayent donc peut etre de faire changer les lois a leur avantage en faisant croire que si un simple coup de peur marchait, le fait de changer les lois marcherait mieux... Peut-être que tout est calculé finalement. Justement soleil levant, je disais par là que la snep est dans l'illégalité vu qu'elle fait collecte d'adresses ip avec informations nominatives...
Par contre pour les logs apache ou de n'importe quel autre serveur (voire même un simple script php qui recueillerai les ip des visiteurs) ça ne peut pas être considéré comme information nominative, c'est vrai que ça suit les moindres passages d'un visiteur, mais bon au final on sait juste que 179.82.49.XXX a visité telle page à telle heure, c'est pas comme si on savait que Mr Untel avait téléchargé ci et ça... En fait ce que la CNIL protège surtout c'est l'anonymat de l'internaute, c'est à dire que sur internet il doit toujours resté 179.82.49.XXX à part quand il choisit d'être Mr Untel (lors d'un achat en ligne par exemple...) jevoudraisdire: T-Online (rappellons au passage que Club-internet, c'est T-online France) ne fait que t'informer des pratiques que tout fournisseur d'accès serait tenu à avoir si un juge venait lui réclamer ton IP. Il ne s'agit la que de transparence.
Cela ne veut en rien dire que des sociétés privés sont en droit de lui demander ton IP (enfin pas avant la nouvelle LIL en France...qu'il faut combattre par tous les moyens).
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Reste à savoir si l'avis de la CNIL sera rendu AVANT ou APRES la révision de la LIL.
En même temps, quand on voit à quel point les majors sont arc-boutés sur une position de non dialogue, on se dit qu'elles pourraient avoir été assez c*nnes pour faire ce genre d'erreurs.