Même si la loi DADVSI a mis du plomb dans l’aile des développeurs de logiciels de P2P en France, à travers l’amendement Vivendi, il reste quelques courageux éditeurs qui osent affronter toute la propagande anti-P2P livrée par l’industrie du disque et du cinéma. C’est le cas de la société ZSlide, qui travaille depuis plusieurs années à légitimer le Peer-to-Peer en tant que technologie, et qui annonce aujourd’hui le lancement aux Etats-Unis de Podmailing, son service d’envoi de gros fichiers par e-mail… et par P2P.

Le principe de Podmailing est simple. Plutôt que d’attacher au courrier un fichier de plusieurs centaines de mégaoctets, l’utilisateur attache l’équivalent d’un simple fichier .torrent de quelques octets, et le client Podmailing se charge ensuite de distribuer le reste du fichier à la personne qui reçoit le mail. C’est un serveur de la société, situé entre l’expéditeur et le destinataire, qui fait tampon et qui fait office de tracker BitTorrent (ce qui assure l’envoi du fichier même lorsque l’expéditeur est déconnecté). Il est ainsi possible d’envoyer le même fichier à plusieurs destinataires sans encombrer les serveurs mails, et en facilitant la distribution entre chaque utilisateur.

Mais bien qu’Internet soit par nature et par définition international, le déploiement du service de l’autre côté de l’Atlantique n’a pas été de tout repos pour l’équipe de développeurs français. La faute à la violation désormais coutumière de la neutralité du réseau par les opérateurs, qui ont une fâcheuse tendance à brider BitTorrent, le protocole P2P utilisé par Podmailing.

Pour assurer son déploiement et sa capacité à s’adapter au plus vite à la demande, ZSlide s’appuie en effet sur les services d’hébergement virtuel Amazon EC2 (Elastic Compute Cloud) et Amazon S3 (Simple Storage Service), qui prennent en charge la diffusion de fichiers .torrent. Mais la société a découvert lors de ses expérimentations que la transmission de torrents avec des serveurs américains depuis l’Europe était bridée dans les deux sens. Il a donc fallu écrire tout un protocole hybride pour permettre l’envoi et la réception des fichiers s’appuyant à la fois sur les protocoles BitTorrent et HTTP.

Avec ce service, Podmailing entre en concurrence frontale avec l’américain Pando, qui compte Intel parmi ses investisseurs. Mais il se lance dans la bataille avec une série d’arguments qui pourraient faire mouche. Il est 100 % compatible avec BitTorrent, ce qui n’oblige pas le destinataire à télécharger le client Podmailing. Grâce aux serveurs virtuels Amazon, son infrastructure est dimensionnée en quasi temps réel pour s’adapter à la demande. Et surtout, argument de poids pour s’imposer auprès des communautés d’amateurs et de développeurs, Podmailing mise sur une technologie ouverte pour rendre son réseau accessible à d’autres clients et serveurs compatibles. Là où Pando veut imposer une technologie propriétaire, ZSlide joue l’ouverture et la concurrence. Selon nos informations, le logiciel Podmailing devrait même devenir entièrement open source dans les prochaines semaines.

Enfin, dernière différence notable, Pando limite l’envoi à 1 Go par fichier ou dossier, alors que Podmailing n’impose aucune limite de poids au fichier envoyé. Si la moyenne des fichiers expédiés est d’environ 200 Mo, la barre du giga-octets est régulièrement franchie, avec un record à 13 Go pour un seul fichier.

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