Le Maextro V800 est un immense monospace électrique qui doit incarner la vitrine ultra-luxueuse et technologique de l’alliance entre le géant Huawei et le constructeur JAC. Il est vendu entre 100 000 et 140 000 euros (jusqu’à 1 million de yuans) en Chine, ce qui le positionne localement dans le créneau du luxe. L’engin ambitionnait de rivaliser avec des limousines allemandes et japonaises. Mais une affaire particulièrement embarrassante vient d’entacher brutalement la réputation de la jeune marque.
Révélée par la très respectée plateforme de tests indépendants chinoise Dongchedi, et relayée par plusieurs médias spécialisés dont CarNewsChina, la vidéo de leur dernier essai sur piste fermée fait froid dans le dos. Soumis à un exercice classique de freinage d’urgence à 100 km/h, trois exemplaires neufs du V800 ont vu le bras de leur pédale de frein céder physiquement sous la pression du pied du pilote. Un fiasco mécanique aux conséquences immédiates.
Un défaut de conception impardonnable
Le protocole de Dongchedi est sans doute l’un des plus stricts de l’industrie des tests indépendants. Alors que le V800 passait la batterie de tests habituels, la pédale de frein du premier véhicule a cédé au troisième freinage appuyé. Un défaut de conception, cela peut arriver à tous les constructeurs, quelle que soit leur origine. Mais l’affaire prend une tournure inédite et inquiétante : deux autres Maextro V800 neufs ont subi le même test, avec le même résultat.
La pédale de frein du deuxième modèle a lâché au quatrième essai. Face à ces casses à répétition, les testeurs ont acheté un troisième V800 flambant neuf. Là encore, le support de la pédale s’est brisé, dès la deuxième tentative.
Les données télémétriques enfoncent le clou : l’une des pédales a rompu net sous une pression de seulement 1 612 N. Ce chiffre est dangereusement inférieur à la norme nationale chinoise, qui exige une résistance mécanique de 2 000 N pendant au moins 5 secondes. Les conséquences sur la sécurité sont effrayantes : une fois la pédale cassée, l’activation du seul frein de secours électronique (en maintenant le bouton « Park ») rallonge la distance d’arrêt de 38 mètres à environ 140 mètres.
L’expertise des pièces brisées a révélé un cocktail industriel désastreux : des points de soudure mal placés sur des zones de haute tension, un métal trop fin et un manque cruel de nervures de renfort. Bref, une conception structurelle apparemment bâclée.

Le spectre de la qualité chinoise
Face au tollé, la réaction de Maextro n’a pas tardé. La marque a annoncé en urgence vouloir améliorer la conception de la pièce incriminée et a promis un rappel pour une mise à jour matérielle gratuite destinée à tous les propriétaires de V800. Cependant, la communication de crise s’est avérée plutôt maladroite : la marque a tenu à préciser que les livraisons se poursuivaient normalement et qu’aucun client ne s’était encore plaint d’une rupture en conditions réelles. Un argument difficile à avaler : le freinage d’urgence absolu étant par nature une manœuvre d’évitement exceptionnelle que l’on n’expérimente heureusement pas tous les jours.
Cet incident jette un froid sur l’industrie automobile chinoise. Si même un véhicule du segment luxe se retrouve confronté à un tel défaut, il reste légitime de s’interroger sur le reste des constructeurs à plus bas coût. En Chine, les délais de conception réduits sont notamment mis en cause, davantage que la qualité de fabrication.

Des rumeurs autour de Maserati qui tombent mal
L’affaire tombe d’autant plus mal que des rumeurs persistantes lient actuellement JAC à… Maserati. Le constructeur chinois JAC serait pressenti pour participer à la fabrication de deux futurs véhicules électriques de la marque italienne, codéveloppés avec Huawei.
JAC a confirmé avoir discuté avec Huawei et Stellantis d’une coopération potentielle autour de Maserati, mais aucun accord contraignant n’a été signé à ce stade. Le groupe Stellantis, de son côté, indique seulement qu’il échange régulièrement avec différents acteurs industriels dans le cadre de sa stratégie (une réponse déjà formulée peu avant l’alliance avec Leapmotor). Mais plusieurs zones d’ombre entourent cette rumeur, notamment parce qu’un tel accord ne permettrait probablement plus à Maserati de vendre ces véhicules aux États-Unis (où toutes les technologies Huawei sont bannies), alors qu’il s’agit du plus gros marché de la marque. Une affaire à suivre.
Il n’en reste pas moins qu’une pédale de frein qui casse lors d’un freinage d’urgence à 100 km/h, sur un véhicule approchant les trois tonnes, constitue une aberration. La réactivité de Maextro pour redessiner la pièce est à saluer, mais le mal est fait : la confiance est le seul composant automobile qu’on ne peut pas réparer avec un simple rappel usine. L’action de JAC Motors a chuté de 10 % à la Bourse de Shanghai dès le lendemain.
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