La Chine a-t-elle vraiment une arme laser qui fait entrer « Star Wars dans la réalité » ? Pas si vite.

C’était un lundi matin comme tant d’autres. Mais ce lundi 2 juillet, au détour d’une revue de presse estivale somme toute morose, une actualité publiée le week-end précédent sortait du lot : « La Chine fait arriver Star Wars dans la vraie vie avec un AK-47 laser qui peut brûler des cibles à 1 km  », titrait le South China Morning Post, dans sa rubrique défense. Des lasers et Star Wars, il n’en fallait pas plus pour attirer notre attention.

Mais de quoi parle-t-on ? D’une nouvelle arme « non létale » présentée par la défense chinoise comme la première véritable arme laser portable, nommée ZKZM-500. Les spécifications sont chiches, mais on parle d’une arme de « calibre de 15 mm », ayant une portée de 800 mètres et ne pesant que 3 kg, grosso-modo le poids du célèbre AK-47, ce qui lui a donné son surnom dans la presse. L’article estime que cette prouesse a été rendue possible par un investissement massif de la Chine dans la recherche autour du laser pour la défense — on parle de deux milliards de dollars.

Modélisation de l’arme laser chinoise

Côté application, cette arme non létale aurait la capacité de percer des vêtements et de brûler la peau jusqu’à une douleur « insoutenable ». Elle pourrait faire « prendre feu » à des matières inflammables, le tout de manière invisible puisque le laser utilisé ne se voit pas. Les scientifiques qui ont témoigné et qui souhaitent rester anonymes imaginent sans aucune pression l’utilisation de l’arme pour contrôler des manifestations, en faisant par exemple « brûler des pancartes à distance » ou les «  cheveux des leaders afin qu’ils soient effrayés et perdent le fil de leurs discours ». Même si le laboratoire reconnaît que cela pourrait «  laisser des cicatrices permanentes et horribles qui effraieraient les populations et pourraient transformer les manifestations en émeutes ». Soit.

Un laser peut brûler, mais…

Pour autant, l’article du South China Morning Post, à la gloire de l’investissement macabre du pays, a été repris avec des pincettes tout autour du globe : les prouesses de l’AK-47 laser sont devenues des prétentions. Et en effet, sans avoir vu l’arme en démonstration — elle entrera en production d’ici peu –, il est difficile de donner un crédit immédiat aux déclarations des scientifiques.

Nos confrères de TechCrunch résument bien les différents problèmes qui semblent échapper à la physique : l’arme est légère, alimentée par une batterie « similaire à celle des smartphones » et un rayon laser dans l’atmosphère perd rapidement de sa puissance — « Il est impossible que l’arme décrite produise autant de chaleur à bout portant… alors ne parlons même pas à 800 mètres  ». Quand on voit la taille de l’arme anti-drone de Boeing, ces interrogations sont légitimes.

Pour simplifier les données du problème et enlever toute image de science-fiction de l’esprit, un laser a besoin de puissance pour chauffer de petites zones. Plus la zone est grande, plus la puissance nécessaire est élevée. Et plus la cible est lointaine, plus le rayon diverge et la surface touchée grossit — une expérience que vous pouvez faire chez vous avec n’importe quel laser à pile vendu dans le commerce. Cela signifie qu’à longue distance, un laser touchera une zone plus large beaucoup plus difficile à brûler.

Contacté par Numerama, un scientifique français travaillant sur ces sujets pour la Défense et qui nous a demandé de rester anonyme, affirme qu’il est difficile de s’avancer sans plus de précision : « On ne connaît pas la puissance du laser, mais tout ce qu’ils disent dans leur article, c’est que le laser peut brûler la peau et c’est sans doute vrai […]. Je ne sais pas à quel degré, mais cela peut être très douloureux et au-delà du supportable… cela dissuade. Par contre, ce n’est pas un rayon de la mort qui va vous vaporiser, c’est physiquement impossible en termes de puissance laser vu le volume et poids de l’engin. »

On aurait donc une possibilité de faire mal avec un tel laser, sans qu’il soit pour autant une arme aussi impressionnante que celle des Star Wars. Le spécialiste de la défense nous confirme par ailleurs son inutilité sur un champ de bataille, dans la mesure où les soldats bien équipés et protégés ne courent pas un énorme risque en comparaison du risque de blessure par balle. L’application civile détaillée par le quotidien chinois reste donc privilégiée.

L’arme légendaire de l’Empire, génératrice de fantasmes

Pour autant, notre source reste sceptique sur la disponibilité imminente d’une telle arme dans la version présentée à la presse et privilégierait la piste de la communication. « Cette arme me rappelle les propos des Russes sur leur arme laser embarquée sur avion et pouvant « tirer sur les satellites ». C’est la réalité, leur arme laser embarquée sur avion existe bien, et elle peut effectivement envoyer son faisceau laser vers un satellite… quant à savoir quels dommages elle fera sur le satellite, c’est une autre histoire. Cependant, leurs propos sont véridiques : ils ont une arme laser puissante embarquée sur avion et capable de tirer sur les satellites ».

Ce besoin de médiatisation s’inscrit dans une course à celui qui aura « la plus grosse arme laser », dans laquelle Américains et Russes s’affrontent depuis quelques années. La Chine pourrait utiliser son nouveau fusil, qui en pratique et sorti d’usine pourrait n’être qu’un fusil aveuglant, pour montrer qu’elle existe dans ce combat. Aucun doute, d’ailleurs, sur les sommes investies par le pays qui semblent crédibles : «  Ces technologies coûtent cher et il reste encore beaucoup de chemin à accomplir avant de disposer d’une arme réellement opérationnelle dans les forces armées, et ce même aux USA qui ont pourtant beaucoup d’avance sur la question. »

«  Il est illusoire d’espérer parvenir à « découper » des cibles à distance à travers l’atmosphère »

Et le scientifique de conclure sur la réalité de nos équipements laser actuels : « On utilise les lasers dans l’industrie automobile pour découper et souder les métaux et même dans ce contexte très maitrisé, où on peut aider l’effet « brûlant » du laser par un flux d’oxygène additionnel, on ne parvient pas à découper au delà du centimètre d’épaisseur. Pour des matériaux plus épais, il faut d’autres techniques comme la torche plasma. Il est donc illusoire d’espérer parvenir à « découper » des cibles à distance à travers l’atmosphère et les fortes perturbations et atténuations qu’elle entraîne sur un faisceau laser, de surcroît sur une cible non coopérative. »

Bref, l’Étoile de la Mort, américaine, russe ou chinoise, peut encore attendre.

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