Interrogé par le Financial Times sur la promesse de Marine Le Pen de couper l’aide financière française à Kiev, Volodymyr Zelensky a défendu ce que l’Ukraine pourrait apporter en retour, notamment sur le plan technologique.

La réponse n’aura pas tardé.

Le 14 octobre 2026, dans un entretien au Financial Times, Marine Le Pen a annoncé qu’elle mettrait fin à l’aide financière française à l’Ukraine dans les six mois suivant son éventuelle élection. La cheffe de file du RN, qui fait la course en tête dans les sondages pour la présidentielle de 2027, expliquait que le plus honnête serait, selon elle, de prévenir Zelensky qu’« on ne peut pas faire plus », tout en conservant certaines formes de soutien militaire.

Message reçu le lendemain par le dirigeant ukrainien, qui était à son tour interrogé par le quotidien britannique. « Je ne voterai pas pour elle, parce que je suis Ukrainien », a-t-il d’abord plaisanté, avant de répondre sur le fond.

Pressé de dire comment il la convaincrait du contraire, Volodymyr Zelensky a expliqué qu’il ne s’agissait pas de « payer l’Ukraine », mais de l’aider à rester forte, en échange de quoi Kiev rendrait « de la sécurité et de l’expérience ». Selon lui, Marine Le Pen « ne maîtrise pas vraiment certains détails » du dossier.

Le savoir-faire ukrainien en guise de retour sur investissement

Le cœur de l’argument tient dans « l’expérience technologique » de l’armée ukrainienne, que Zelensky juge précieuse pour des partenaires comme le Royaume-Uni, les États-Unis et la France. Si le dirigeant n’est pas entré dans le détail, on comprend aisément à quoi il fait allusion.

Après plus de quatre ans de guerre, l’Ukraine est devenue le laboratoire mondial d’une nouvelle façon de faire la guerre, où le brouillage, la guerre électronique et les drones bon marché pèsent autant sur le front que l’artillerie. Le pays est également devenu la référence mondiale des drones intercepteurs, conçus pour abattre les Shahed iraniens utilisés par la Russie sans gaspiller des missiles extrêmement coûteux.

Un savoir-faire déjà sollicité par Washington en mars dernier, lorsque les États-Unis, engagés aux côtés d’Israël dans une guerre contre l’Iran, ont dû faire face aux Shahed tirés par Téhéran. Zelensky assurait alors avoir reçu des demandes d’expertise en tactiques anti-drones de plusieurs pays du Golfe, dont les Émirats arabes unis et le Qatar, mais aussi d’Europe et des États-Unis. Il soulignait qu’abattre des centaines, voire des milliers de drones avec des missiles Patriot est « trop coûteux », un Shahed ne valant que quelques dizaines de milliers de dollars face à des intercepteurs facturés plusieurs millions. Le président ukrainien proposait déjà déjà un échange, son expertise et ses drones intercepteurs contre les missiles PAC-2 et PAC-3 dont son armée manque.

C’est cette même logique de donnant-donnant que Zelensky oppose aujourd’hui à Marine Le Pen. L’aide française ne serait pas un chèque à fonds perdus, mais un investissement dont la défense tricolore pourrait tirer profit.

Starlink bridé, la fragilité des alliés

Pour Kiev, la présidentielle française est évidemment un rendez-vous crucial, et Volodymyr Zelensky sait qu’il a besoin d’alliés dont le soutien ne varie pas au gré des changements politiques.

Cette semaine encore, l’Ukraine a mesuré le prix des revirements politiques. Dans la nuit du 13 au 14 octobre, SpaceX a limité à 160 km/h les terminaux Starlink utilisés par l’armée ukrainienne, sans prévenir Kiev. Une restriction qui épargne la plupart des véhicules au sol, mais pénalise directement les drones à longue portée, et qui a fait échouer plusieurs missions selon un conseiller de Zelensky.

Une décision survenue quelques jours après que Musk, proche de Donald Trump, a jugé que Zelensky était « allé trop loin », sur fond de tensions entre Washington et Kiev autour des frappes ukrainiennes contre le pétrole russe.

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