La société Earendil a publié le 1er octobre la première version stable de Pi, un agent d’IA open source qui a fait sensation sur Hacker News. Derrière ce lancement se joue une bataille moins visible que celle des modèles, mais tout aussi stratégique, celle de la couche logicielle qui les fait travailler.

« J’ai détesté tous les agents de codage, alors j’ai créé le mien », voici comment Mario Zechner introduisait Pi en mars dernier, lors d’une conférence à Londres.

Vétéran du développement de jeux vidéo, créateur de libGDX et contributeur open source depuis 17 ans, le développeur autrichien y racontait comment il avait été conquis par Claude Code, avant de s’en lasser, la faute selon lui à un surplus de fonctionnalités parasites.

Si son nom ne vous dit rien, son travail est pourtant au cœur d’OpenClaw, l’assistant personnel d’IA de Peter Steinberger devenu viral fin 2025, qui permet de piloter une IA depuis ses messageries habituelles comme WhatsApp, Telegram ou Slack.

Les deux développeurs autrichiens ont travaillé ensemble dès 2025, et OpenClaw s’est construit sur Pi, qui fait réellement travailler le modèle pendant qu’OpenClaw gère les conversations et l’interface. Sur la page officielle du projet, OpenClaw remercie d’ailleurs explicitement Zechner « pour son soutien et pour Pi ».

Le 1er octobre 2026, Pi est officiellement passé en version 1.0 et l’enthousiasme est au rendez-vous sur Hacker News.

Un outil qui refuse de suivre toutes les modes

Pi est ce que le secteur appelle un « agent harness ».

Tandis qu’un modèle de langage, livré à lui-même, se contente de produire du texte, le harness représente la couche qui l’entoure pour lui permettre de passer à l’action, en gérant la conversation, en lui donnant accès à des outils ou en lançant des commandes sur l’ordinateur.

Pi s’utilise surtout dans le terminal pour programmer, mais on peut aussi le modifier et l’intégrer à ses propres applications.

Là où, selon lui, les assistants concurrents empilent les fonctions, Zechner a fait le choix inverse. Dans sa version d’origine, Pi ne donnait au modèle que quatre outils, lire un fichier, en écrire un, le modifier et exécuter une commande, à charge pour l’utilisateur d’ajouter le reste. L’équipe explique d’ailleurs attendre qu’une nouveauté ait fait ses preuves avant de l’intégrer, et reconnaît avoir écarté bien plus d’idées qu’elle n’en a retenu.

La version 1.0 ajoute notamment la prise en charge de MCP, le protocole devenu standard pour brancher des outils externes sur une IA.

Le reste tient à son ouverture. Pi fonctionne avec les modèles de tous les grands fournisseurs, d’Anthropic à OpenAI, et sa licence MIT permet à n’importe qui de le reprendre et de le modifier, y compris pour un usage commercial.

Un nouvel acteur face aux géants

Pi arrive sur un terrain où les géants de l’IA se livrent déjà une concurrence féroce. Les grands laboratoires proposent leurs propres harness, comme Claude Code chez Anthropic ou Codex chez OpenAI, pensés avant tout pour leurs modèles maison. Or celui qui contrôle cette couche décide des outils auxquels l’IA a accès, de sa manière de travailler et, au bout du compte, du fournisseur vers lequel se tournent les utilisateurs.

Pi défend au contraire une couche ouverte, compatible avec tous les fournisseurs de modèles. Un choix qui tranche avec celui de Peter Steinberger, l’ancien compère de Zechner sur OpenClaw, parti en février 2026 rejoindre OpenAI aux États-Unis.

Zechner, lui, est resté en Autriche et a confié Pi à Earendil, une petite structure qui fait de l’indépendance face aux géants son principal argument.

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