Jusqu’ici, la recette était simple pour les personnes qui voulaient un smartphone sécurisé : acheter un Google Pixel, puis y installer GrapheneOS, la version durcie d’Android sans Google.
Le 29 août 2026, le projet open source a publié un long message sur X pour annoncer qu’il abandonne, au moins provisoirement, le portage de son système vers les Pixel 11, commercialisés depuis le 20 août. « Nous avons un portage partiel de GrapheneOS vers la gamme Pixel 11 après une semaine de travail. Nous sommes incapables de terminer ce portage à cause de l’absence de support du marquage mémoire matériel ARM dans le logiciel, le firmware et très probablement le matériel », écrivent les développeurs. Leur conclusion est plus brutale encore : « Il semble que Google ait coupé une fonction de sécurité importante pour économiser de l’argent. »
Google n’a pas confirmé publiquement le retrait de cette fonction, mais tout suggère que l’entreprise a mis fin à certaines mesures de sécurité qui rendaient possible l’exécution de GrapheneOS sur ses smartphones.
C’est quoi le MTE, la sécurité qui manquerait au Pixel 11 ?
Le MTE (Memory Tagging Extension) est une fonction de sécurité intégrée aux processeurs ARM récents. L’idée est que le processeur attribue une étiquette à chaque programme qui s’attribue une zone de mémoire afin de limiter les excès. Si les étiquettes ne correspondent plus : le processeur s’en aperçoit immédiatement et coupe le programme avant qu’un attaquant puisse exploiter la faille.
Ce mécanisme s’attaque à la plus grosse famille de vulnérabilités du logiciel moderne : les bugs de sécurité mémoire. Google indiquait en 2022 que ces bugs représentaient plus de 60 % des failles classées « haute sévérité » sur Android. Le MTE rend rend beaucoup plus difficiles les attaques… mais n’est pas activé par défaut. L’option est réservée aux développeurs ou activée pour quelques processus quand on enclenche le mode de protection avancée d’Android 16. GrapheneOS, lui, en a fait un de ses piliers : le MTE est actif sur tout le système de base, noyau compris, et sur une bonne partie des applications installées par l’utilisateur.
Et c’est pour cette raison que GrapheneOS ne recommande pas le Pixel 11 : sans MTE disponible dans le système, le projet estime que le niveau de sécurité qu’il promet à ses utilisateurs n’est plus atteignable. C’est pour cette raison que le portage bloque, alors que le travail était déjà bien avancé.
Comment expliquer ce retrait ? En comparaison, Apple a déployé sa propre implémentation du marquage mémoire, appelée Memory Integrity Enforcement, sur les iPhone 17 et sur les Mac équipés de la puce M5. Contrairement à Google, la marque l’active en permanence, dans le noyau et dans une large partie du système. Il est ainsi surprenant de voir Google abandonner la technologie après avoir tant vanté ses efforts contre les piratages. GrapheneOS salue d’ailleurs la « très bonne intégration » d’Apple en opposition au travail de Google.
« Nous déconseillons fortement d’acheter un Pixel 11 »
Sans MTE, les développeurs de GrapheneOS recommandent explicitement de se rabattre sur un Pixel 8, un Pixel 9 ou un Pixel 10, qui offrent selon eux une bien meilleure sécurité globale une fois GrapheneOS installé. Le Pixel 10 est présenté comme le meilleur choix du moment : il faut dire que le Pixel 11 n’a que très peu de nouveautés.
Le projet reconnaît malgré tout des progrès sur le Pixel 11 : un démarrage vérifié résistant aux futurs ordinateurs quantiques (ML-DSA), le remplacement de la pile IMS de Samsung par celle d’AOSP et le nouveau coprocesseur Titan M3, qui devrait mieux protéger les données quand le téléphone n’a pas encore été déverrouillé après un redémarrage. « Dommage qu’ils aient tout gâché en supprimant le MTE », tranchent-ils.
La critique déborde ensuite largement en dehors du terrain de la sécurité. GrapheneOS juge la gamme trop chère pour une amélioration marginale du processeur, avec le même GPU sous-dimensionné et moins de RAM sur les Pro d’entrée de gamme, qui passent effectivement de 16 à 12 Go sur la version 256 Go… Mais c’est une autre histoire.

Depuis plusieurs mois, la relation entre Google et le projet open source se dégrade. Le tournant date d’Android 16 : Google a retiré le support des Pixel de l’Android Open Source Project. Une décision qui a compliqué le travail des développeurs de GrapheneOS, qui ont pourtant largement favorisé les smartphones de la marque. En parallèle, GrapheneOS a signé des partenariats avec de nouveaux acteurs comme Motorola, pour ne plus dépendre des Google Pixel.
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