En Corée du Sud, des sites permettent de simuler une commande de nourriture en ligne ou une pause cigarette virtuelle avec des inconnus, rapportait le Korea Times fin mai 2026. Populaires chez une partie de la Gen Z, ces « sites à dopamine » promettent un petit shoot de satisfaction, sans avoir à dépenser le moindre won.

Cela vous est peut-être déjà arrivé : une fringale en pleine soirée, un panier Uber Eats ou Deliveroo soigneusement rempli… avant de finalement vous raviser. Le phénomène est tout aussi courant sur les sites de commerce en ligne : on choisit, on ajoute au panier, puis on ferme l’onglet.

En Corée du Sud, cette pratique bien répandue a été poussée à son paroxysme. Des plateformes en ligne permettent désormais de simuler l’achat de malbouffe ou de fumer virtuellement avec des inconnus, rapportait le Korea Times à la fin mai 2026. Et chez une partie de la Gen Z sud-coréenne, le concept rencontre un franc succès.

On peut choisir ses menus, faire semblant de payer et même suivre la livraison, mais la nourriture n'arrive jamais. // Source : @malheeelife sur X
On peut choisir ses menus, faire semblant de payer et même suivre la livraison, mais la nourriture n’arrive jamais. // Source : @malheeelife sur X

En quoi consistent ces nouveaux « sites à dopamine » en Corée du Sud ?

Face à l’inflation galopante et à l’anxiété d’une société ultra-compétitive, de plus en plus de jeunes se réfugient sur ce que l’on appelle désormais des « sites à dopamine ». Le principe ? Des simulateurs web qui n’ont qu’un seul but : offrir le frisson du plaisir coupable, mais sans la facture ni les calories.

L’un des sites les plus emblématiques de cette nouvelle tendance est une application qui reproduit fidèlement l’interface d’un service de livraison de repas. Les utilisateurs peuvent y faire défiler des menus appétissants — pizzas, burgers, tteokbokki –, configurer leur commande dans les moindres détails, puis appuyer sur le bouton « Ajouter au panier ».

Au moment de passer à la caisse, une simple animation valide la commande. L’écran s’anime, le cerveau reçoit sa petite dose de satisfaction, mais aucun livreur ne prend la route et aucune carte bancaire n’est débitée. « J’ai l’impression d’avoir vraiment commandé quelque chose », a déclaré Kim, un employé de bureau de 25 ans, au Korea Times.

Aucun livreur ne prend la route et aucune carte bancaire n’est débitée // Source : @malheeelife sur X
Aucun livreur ne prend la route et aucune carte bancaire n’est débitée // Source : @malheeelife sur X

L’autre facette de cette tendance est peut-être encore plus étonnante (ou dystopique, selon le point de vue). Sur des pages web souvent plongées dans des tons sombres, des dizaines d’insomniaques anonymes se retrouvent au milieu de la nuit pour une « pause clope » virtuelle.

Selon le quotidien sud-coréen, qui a pu accéder à l’application, des utilisateurs anonymes y laissent des messages comme « Je tiens le coup » ou « J’ai envie de rentrer chez moi », transformant le site en une sorte de salle de pause virtuelle. À l’instar des faux sites de livraison de repas, il simule un rituel familier sans avoir à réellement le réaliser.

Ces usages répondent à la fatigue, au stress et à la solitude ressentis par certains jeunes adultes. La pratique est d’ailleurs comparée par un enseignant sud-coréen au visionnage de « mukbang », ces vidéos en ligne où l’on regarde des individus manger de grandes quantités de nourriture — de quoi satisfaire l’appétit des spectateurs sans qu’ils aient à réellement manger.

Comme avec le doomscrolling, il y a là une forme de consommation numérique répétitive qui joue sur la dopamine : on cherche un petit shoot de réconfort, de distraction ou de stimulation, sur fond d’anxiété, de stress ou d’ennui.

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