Depuis le printemps 2026, les climatologues ont les yeux rivés sur le Pacifique tropical, où El Niño, la phase chaude d’un va-et-vient naturel entre l’océan et l’atmosphère, monte en puissance plus vite que prévu. En octobre, les satellites de la Nasa y relevaient déjà les signes d’un épisode « potentiellement historique ». Ce mardi 3 novembre, le site britannique Carbon Brief a chiffré ce que cet épisode risque de coûter à la planète : 2027 finirait autour de +1,74 °C au-dessus de la moyenne 1850-1900, qui sert de référence préindustrielle. Ce qui signifie que l’année qui arrive dépasserait de plus de 0,2 °C le record actuel, détenu par 2024.
Carbon Brief est un média spécialisé dans la science et les politiques climatiques, et l’analyse est signée Zeke Hausfather, climatologue chez Berkeley Earth, l’un des groupes qui calculent la température mondiale. Sa méthode fait la moyenne de six grandes séries de températures (Nasa, NOAA, Met Office britannique, Berkeley Earth, Copernicus et l’agence météo japonaise), puis applique un modèle statistique qui relie la force d’El Niño à la température des mois suivants.
Or l’épisode actuel est hors norme. En septembre, la température de surface dans la zone Niño3.4 du Pacifique, l’indicateur de référence, a battu le record de novembre 2015. En moyenne, 656 prévisions issues de 14 modèles le voient culminer vers +4 °C en décembre, plus d’un degré au-dessus de l’ancien record. De son côté, l’OMM estime qu’El Niño devrait se maintenir jusqu’en février 2027.

Pourquoi +1,74 °C est un chiffre important
Mais pourquoi parler de 2027 alors qu’El Niño culmine fin 2026 ? Parce que la température mondiale réagit avec environ trois mois de retard sur le Pacifique tropical : la chaleur libérée par l’océan cet hiver pèsera sur l’atmosphère l’an prochain, comme 2016 avait hérité de l’épisode de 2015. Le chiffre de +1,74 °C est une médiane, c’est-à-dire la valeur centrale d’une fourchette qui va de +1,54 °C à +1,95 °C dans 90 % des cas. Même le bas de cette fourchette dépasserait les +1,52 °C de 2024.
Carbon Brief prévoit un bond d’environ 0,2 °C entre 2026 et 2027, plus fort qu’après n’importe quel El Niño passé. Ce bond reste une projection fragile, et Zeke Hausfather le reconnaît lui-même. Son modèle a été entraîné sur des épisodes moins violents, et rien ne garantit que la relation observée jusqu’ici tienne pour un El Niño de cette taille.
El Niño, un accélérateur posé sur un climat déjà chaud
Serge Zaka, docteur en agrométéorologie, alerte sur ce scénario depuis des mois. Dès avril, il décrivait sur X El Niño comme « un accélérateur ponctuel de chaleur à l’échelle mondiale », qui ajoute « une couche de chaleur exceptionnelle sur un climat déjà fortement réchauffé ». Ce vendredi 6 novembre, il a été plus direct : « Ce qui se profile pour 2027 est… bah on est dans la merde quoi, je vais faire simple ». Il relevait au passage que la planète venait d’enregistrer ses deux plus fortes anomalies thermiques, dans l’atmosphère comme à la surface des océans.
El Niño est-il lui-même dopé par le changement climatique ? Rien ne permet de l’affirmer à ce stade. Dans son dernier rapport, publié en 2021, le GIEC constate que les épisodes sont plus amples depuis 1950 qu’avant l’ère industrielle, mais n’accorde qu’un faible degré de confiance à l’idée que les activités humaines en soient la cause, car les modèles produisent ces variations sans aucune émission.
Par contre, les émissions humaines expliquent la quasi-totalité du réchauffement de long terme, et les concentrations de gaz à effet de serre ont atteint des niveaux record en 2025, selon l’OMM. El Niño s’ajoute à ce socle pendant un an ou deux, puis s’efface sans faire redescendre la tendance de fond.
+ rapide, + pratique, + exclusif
Zéro publicité, fonctions avancées de lecture, articles résumés par l'I.A, contenus exclusifs et plus encore.
Découvrez les nombreux avantages de Numerama+.
Vous avez lu 0 articles sur Numerama ce mois-ci
Tout le monde n'a pas les moyens de payer pour l'information.
C'est pourquoi nous maintenons notre journalisme ouvert à tous.
Mais si vous le pouvez,
voici trois bonnes raisons de soutenir notre travail :
- 1 Numerama+ contribue à offrir une expérience gratuite à tous les lecteurs de Numerama.
- 2 Vous profiterez d'une lecture sans publicité, de nombreuses fonctions avancées de lecture et des contenus exclusifs.
- 3 Aider Numerama dans sa mission : comprendre le présent pour anticiper l'avenir.
Si vous croyez en un web gratuit et à une information de qualité accessible au plus grand nombre, rejoignez Numerama+.
Toute l'actu tech en un clin d'œil
Ajoutez Numerama à votre écran d'accueil et restez connectés au futur !
Un édito exclusif, un guide, une reco de lecture et l’agenda de la rédaction : c’est ce que vous trouverez tous les jeudis dans ToujoursPlus, la newsletter tech écrite par Julien Cadot. Inscrivez-vous gratuitement ici !

