Quoi de neuf dans le Copyright Madness ? Paul McCartney qui lance l'assaut contre Sony pour pouvoir chanter ses chansons sans payer, une association de patrimoine qui doit payer 4000 € pour deux photos liées à une exposition sur Doisneau et Hasbro qui invente un DRM sur ses pistolets Nerf.

Cette semaine, le Copyright Madness revient sur Paul McCartney qui attaque Sony pour pouvoir chanter ses chansons sans payer, une association de patrimoine qui doit payer 4000 € pour deux photos de Doisneau et Hasbro qui invente un DRM sur les jouets. Bonne lecture et à la semaine prochaine !

Copyright Madness

Let it be. Ce n’est pas la première fois qu’on en parle dans les colonnes du Copyright Madness, mais cette fois Paul McCartney en a gros sur la patate ! Le chanteur des Beatles qui a coécrit un paquet de titres avec John Lennon a décidé d’attaquer et de porter plainte contre Sony. Le label détient en effet les droits sur des chansons écrites qu’il a écrites. À chaque fois qu’il fait un concert, il doit payer des droits pour pouvoir chanter ses propres chansons. Cette situation est totalement ubuesque et montre que le mythe de la propriété intellectuelle supposée défendre les intérêts des créateurs est à géométrie variable. D’ailleurs, il n’est pas la seule victime de ce racket car Sony possède également les droits sur les chansons de Michael Jackson ou du groupe Duran Duran.

Beatles
Les Beatles. // Source : Sarah Elizabeth C

Patrimoine. L’association En Envor, l’histoire contemporaine en Bretagne, était une association chargée de promouvoir et transmettre le patrimoine contemporain. À l’occasion d’une exposition organisée au Musée des Beaux-Arts de Quimper ayant pour thème les oeuvres photographiques de Robert Doisneau, les membres de l’association avaient rédigé un article sur leur site web pour faire la promotion de cette exposition. Afin de contextualiser leur propos, ils avaient accompagné leur récit de deux photographies prises lors de la visite de l’exposition. Cela a été la publication de trop. L’agence de photographie Gamma Rapho a considéré que cette publication en ligne constituait une violation de droit d’auteur. Elle a réclamé 4 000 € à l’association pour cette reproduction sans son consentement. Pour marquer le coup, l’association a annoncé sa dissolution le weekend des journées européennes du patrimoine. Une bien belle façon de rappeler que le patrimoine appartient surtout aux titulaires de droits…

photo photos photographie robert doisneau
Une exposition sur Doisneau. // Source : Guillaume Baviere

K.O. La récente réforme de la directive européenne sur le droit d’auteur est à peine en train d’être transposée dans les États membres de l’Union européenne qu’une des revendications majeures des éditeurs de presse est en train de voler en éclats. Ces derniers ont mené un travail de lobbying assez fort pour faire payer les sites qui agrègent des fils d’actualité selon le principe d’un Google News. Avec l’instauration d’un droit voisin sur les contenus de presse indexés par Google News et consorts, les éditeurs de presse se frottaient déjà les mains en imaginant les retombées financières que cela allait générer. C’était sans compter la roublardise ou l’intelligence (c’est selon le camp où on se situe) de Google qui a trouvé une brèche dans l’article 15 de la directive. Le moteur de recherche a décidé de ne pas faire figurer dans ses résultats de recherche des contenus enrichis provenant des articles de presse. Ainsi, en affichant seulement  le lien et le titre, Google n’a pas à payer. L’entreprise pousse le cynisme un peu plus loin en disant aux éditeurs de presse : « On peut afficher vos contenus enrichis à condition que vous nous y autorisez ». Le monde de la presse est en PLS et ce ne sont pas les cris d’orfraie des valets politiques qui vont faire changer d’avis Google. L’entreprise s’est offert un beau cadeau d’anniversaire pour ses 21 ans.

À lire sur Numerama : Droit d’auteur  : le gouvernement s’emporte contre Google qui ne veut pas payer la presse pour des liens

Trademark Madness

Mauvais payeur. Le secteur des entreprises technologiques est un terreau propice aux dérives de la propriété intellectuelle. Cette fois-ci, ce sont deux sociétés indiennes qui s’affrontent autour de leur marque respective. PhonePe et BharatPe sont deux entreprises spécialisées dans le paiement en ligne. Évidemment, le point de tension entre les deux s’articule autour du suffixe Pe (qui se prononce « Pay »). Le choix de ce suffixe est relativement pertinent pour des applications qui servent à payer des produits ou des services. Mais comme cela arrive bien souvent, les deux protagonistes se battent pour la propriété d’une syllabe qui ne présente aucun caractère distinctif ni original. Une fois de plus, le droit des marques est instrumentalisé pour tenter d’écarter la concurrence. Mais ce n’est pas certain que cette stratégie paie…

carte bancaire paiement
Une carte bancaire utilisée pour un paiement en ligne. // Source : Julia Berezovska

Patent Madness

Touché-coulé. Les DRM gangrènent de plus en plus la société. Des capsules de café aux livres numériques, en passant par les batteries de voiture, on retrouve ces menottes numériques dans tous les secteurs, y compris dans les jouets. En effet, le fabricant de jouets Hasbro commercialise le Nerf, un pistolet lanceur de fléchettes en mousse. Si ce jouet s’adresse aux enfants, il est aussi apprécié des adultes qui s’en servent pour faire du paintball ou de l’airsoft plus doux. Les organisateurs de « Nerf Wars » utilisent souvent des munitions officieuses pour leurs événements, car elles coûtent moins cher que les fléchettes vendues par Hasbro. Face à ce manque à gagner, l’entreprise a eu la merveilleuse idée d’implémenter un DRM pour que l’appareil ne puisse fonctionner qu’avec les siennes. Si jamais l’utilisateur charge son arme avec des fléchettes contrefaites, le pistolet bloquera l’envoi et passera à la munition suivante. Bravo à Hasbro qui réussit le combo de rendre la guerre fun et de faire la guerre à la contrefaçon…

Un modèle Overwatch d’un pistolet Nerf. // Source : Blizzard/Hasbro

Le Copyright Madness vous est offert par :

Lionel Maurel

Thomas Fourmeux

Merci à celles et ceux qui nous aident à réaliser cette chronique, publiée sous licence Creative Commons Zéro, notamment en nous signalant des cas de dérives sur Twitter avec le hashtag #CopyrightMadness !

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