Impossible de ne pas évoquer l’œuvre de Yû Kamiya dans ce dossier, tant elle fait figure d’ovni et de référence dans le genre Isekai. Depuis le mois d’août, No Game No Life est disponible sur Netflix. Cette œuvre excentrique et multiréférentielle est cependant parasitée par un humour graveleux et un fan service racoleur…

Définir No Game No Life n’est pas chose aisée. Nous retrouvons bien les ingrédients du genre avec des NEET propulsés dans un monde fantastique peuplé d’elfes et de nains. Pourtant l’animé sort des sentiers battus. En effet, les conflits à Disboard ne se règlent pas par l’épée ou la magie, mais par le jeu. Cela tombe bien, Sora et sa jeune sœur Shiro sont des maîtres dans le domaine. Ils n’ont d’ailleurs jamais perdu une partie. Leur but : conquérir ce nouveau monde pour aller défier son dieu. Que le jeu commence !

Nos deux héros vont vite gravir les échelons et devenir les dirigeants d’Imanity. Toutefois, les humains sont considérés comme les individus les plus faibles du monde de Disboard. Avant de pouvoir défier le dieu Teto, Sora et Shiro vont devoir rallier à leur cause les quinze autres races existantes. No Game No Life peut se définir alors comme un jeu de stratégie à grande échelle. Pour y arriver, ils vont devoir miser gros à chaque fois dans des affrontements contre des adversaires rompus à l’exercice du jeu.

©Yuu Kamiya, PUBLISHED BY KADOKAWA CORPORATION MEDIAFACTORY/NO GAME NO LIFE PARTNERS

Mind Game

La grande force de la série est sans conteste les différents duels psychologiques et la diversité des jeux auxquels participent nos héros : poker, shifumi, échecs grandeur nature ou bien une battle royale dans un univers virtuel. Le point d’orgue étant ce shiritori aux proportions apocalyptiques durant lequel les adversaires matérialisent ou dématérialisent les mots qu’ils prononcent. Le suspense fonctionne à chaque fois, même si nous savons pertinemment que « Blanc » (nom de l’équipe formée par Sora et Shiro) va l’emporter au final.

Nous devons la série à Atsuko Ishizuka (A Place Further Than the Universe), une des réalisatrices phare du studio Madhouse. À l’instar de Ryôsuke Nakamura (Grimgar), elle fait partie de cette nouvelle génération dorée, formée par Masayuki Kojima (elle a notamment travaillé sur Monster a ses débuts). No Game No Life bénéfice d’un style graphique unique avec des couleurs saturées à l’extrême et d’une mise en scène spectaculaire. Cette dernière est souvent renforcée par le jeu habité de Yoshitsugu Matsuoka (Kirito dans SOA et Bell dans Danmachi) dans le rôle de Sora. De ses propres dires, ainsi que de ceux de ses collègues, il terminait les séances d’enregistrement littéralement épuisé par les longues tirades de son personnage.

©Yuu Kamiya, PUBLISHED BY KADOKAWA CORPORATION MEDIAFACTORY/NO GAME NO LIFE PARTNERS

Oui mais…

Entre deux parties de réflexion, No Game No Life détend les neurones sur le ton de la comédie. Malheureusement, l’humour est loin de faire mouche à chaque fois. Au lieu de focaliser les gags sur les désirs sexuels d’un jeune adulte frustré ou sur les humiliations répétées d’un personnage au motif qu’elle est un peu naïve, l’auteur aurait mieux fait de jouer sur des ressorts comiques plus subtils. Notamment sur la confrontation entre deux univers (monde réel triste/royaume coloré de Disboard) ou dans le décalage entre les protagonistes (Sora et Stéphanie, justement). No Game No Life est heureusement beaucoup plus à l’aise avec la parodie. Yû Kamiya semble avoir une réelle affection pour Jojo’s Bizarre Adventure, qui est régulièrement cité.

L’animé couvre les trois premiers tomes du light novel de Yû Kamiya (sur dix). Bien que la série de romans ne soit pas disponible en France, vous pourrez toutefois vous tourner vers le manga, paru chez Ototo (un seul volume pour le moment). Évoquons aussi le long-métrage inédit No Game No Life Zero, sorti l’an passé au Japon et adaptant le sixième tome du light novel. Il s’agit d’une préquelle se déroulant 6 000 ans plus tôt lorsque le monde de Disboard était dans une guerre totale. Avec son atmosphère mélancolique et un ton plus grave, le film dénote avec la série originale. Un complément idéal permettant de découvrir comment les dix lois du dieu Teto ont été instaurées.

©Yuu Kamiya, PUBLISHED BY KADOKAWA CORPORATION MEDIAFACTORY/NO GAME NO LIFE PARTNERS

Si la suite des aventures de Sora et Shirô commence à se faire attendre, il est impossible que Madhouse n’adapte pas la suite. Les ventes de DVD/Blu-ray ont été bonnes et No Game No Life garde une popularité indéniable. Sachant que le planning du studio n’est pas encore établi pour 2019 et que la réalisatrice Atsuko Ishizuka sera l’invitée spéciale de la Crunchyroll Expo qui se tient ce week-end à San José, il est fort probable qu’une annonce soit faite prochainement.

Les 12 épisodes sont disponibles sur ADN et Netflix, ainsi qu’en coffret DVD/Blu-ray sur Anime-Store. Kana nous offre pour l’occasion un superbe coffret combo regroupant la série complète et six courts OAV sur deux DVD et deux Blu-ray (il existe aussi un coffret simple uniquement en DVD). Pour accompagner le tout, vous trouverez un livret de 58 pages regroupant des fiches de personnages, des galeries et des entretiens avec l’équipe technique. Il est d’ailleurs assez surprenant de voir que Stéphanie Dora est citée à l’unanimité comme personnage préféré de la série. Étant donné ce qu’elle subit tout au long de la série, les japonais ont des goûts pour le moins étranges…

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