Grosse tendance du moment, les animés Isekai sortent à la pelle chaque année. Dans ce dossier en plusieurs parties, nous irons explorer les meilleurs représentants du genre. Mais d’abord, quid de « Isekai » ?

Le terme « Isekai » se traduit par « monde alternatif ».  Il s’agit d’une histoire où une personne ordinaire se retrouve transportée et surtout bloquée dans un univers parallèle complètement différent à celui qu’il connaît. Le concept ne date pas d’hier puisqu’un certain Lewis Carroll en 1895 avait envoyé Alice aux pays des merveilles… Mais à force de voir des romans, mangas, jeux vidéo et animés usant des mêmes schémas narratifs, c’est devenu un genre à part entière au Japon. Entre le récit d’aventures immersif et le fantasme geek, je vous propose un voyage vers ces mondes dangereux et fascinants.

Bien qu’existant déjà depuis longtemps dans l’animation japonais (Vision d’Escaflowne étant l’un des plus célèbres titres), le genre a explosé en 2012 avec Sword Art Online. Depuis, les séries animées ne cessent de débarquer sur les écrans. Le plus souvent, il s’agit d’adaptations de light novels. Et si la plupart se déroulent dans un monde de fantasy, les auteurs arrivent à proposer des histoires et des cadres différents : l’univers virtuel de SAO, la boucle temporelle de Re:Zero – Starting Life in Another World, le restaurant de Isekai Shokudô…  C’est aussi le cas de Grimgar, série produite par A-1 Pictures en 2016 (même studio que SAO) et sortie récemment en DVD/blu-ray chez @Anime.

Survival Fantasy

Haruhito se réveille dans une pièce en compagnie d’autres personnes. Il ne se rappelle de rien, ni d’où il vient, ni pourquoi il est désormais dans le monde de Grimgar. Il décide de faire équipe avec d’autres pour former un groupe. Ensemble, ils vont devoir coopérer pour survivre dans ce milieu hostile… Un pitch somme toute classique mais dès les premiers épisodes, Grimgar, le monde des cendres et de fantaisie surprend par ses partis-pris audacieux. On les doit à son réalisateur-scénariste, Ryôsuke Nakamura. Formé à l’école Madhouse (Masayuki Kojima fut son mentor), il est devenu réalisateur d’animés alors qu’il ne savait, à la base, pas dessiner.

Sa rencontre avec la chara designer et directrice de l’animation Mieko Hosoi fut décisive. Le début d’une aventure auquel le célèbre directeur artistique Hidetochi Kaneko (Lodoss, Totoro, Trigun…) pris aussi part sur Môryô no Hako en 2008. Le trio s’est ensuite retrouvé sur le segment Cours, Melos ! de l’anthologie Youth Litterature, le long-métrage Psychic School Wars (que l’on compara à du Makoto Shinkai) et une nouvelle série, Aiura. Voir Nakamura et son équipe s’atteler à un animé Isekai assez banal sur le papier n’était pas forcément très engageant au premier abord. Toutefois le réalisateur décida de s’approprier le tout pour en faire une œuvre à part.

Dans les Isekai, il existe deux types de héros : celui qui débute l’aventure avec un immense pouvoir (Kirito de SAO par exemple) et celui qui n’en a aucun. Les personnages de Grimgar appartiennent à la deuxième catégorie. Ces « noob » vont alors devoir choisir une classe (guerrier, voleur, mage…) et acquérir des compétences comme dans tout RPG. Mais cela ne suffira pas pour se lancer à l’assaut de donjons. Il leur faudra d’abord gagner de l’argent pour s’acheter de la nourriture et un toit. Le travail en équipe n’est pas chose aisée non plus, surtout quand chacun a son propre caractère. Cette approche réaliste, voir naturaliste marque tout l’intérêt de Grimgar.

En effet, tuer des gobelins n’est pas aussi simple que dans un jeu vidéo. Les morts ne disparaissent pas par magie. Ces créatures veulent autant vivre que nos héros. Lorsqu’un gobelin tombe au combat, c’est dans une mare de sang et des cris d’agonie. Ce n’est pas un acte héroïque, mais bel et bien un meurtre. On s’aperçoit rapidement que le thème principal de l’animé est le deuil et la reconstruction après un drame. L’humour n’a pas sa place dans Grimgar et c’est tant mieux car les rares tentatives se soldent généralement par un échec. Les superbes décors sous forme d’aquarelles renforcent l’ambiance éthérée et le climat doux-amer. Le monde de Grimgar est à la fois un paradis, et un enfer.

La série n’a malheureusement pas le budget de SAO et cela se ressent dans la deuxième moitié. L’animation devient figée et la pauvreté des scènes d’action confirme que Nakamura et son équipe ont bien fait de limiter les affrontements. Grimgar, le monde des cendres et de fantaisie s’inscrit clairement dans une mouvance d’histoires de tranches de vie. De l’heroic fantasy intimiste délaissant complètement des enjeux habituels du genre, pour mieux nous immerger au sein d’un groupe d’aventuriers.

Les 12 épisodes sont disponibles en SVoD sur Wakanim et Netflix, ainsi qu’en DVD/blu-ray chez @Anime. Une fois encore, le coffret de l’éditeur est superbe. Les illustrations reflètent bien l’univers et la beauté visuelle de la série. Un regret toutefois sur le livret qui ne contient qu’une galerie de personnages et de décors. On aurait bien apprécié des interviews de l’équipe, notamment Ryôsuke Nakamura qui est quelqu’un de passionnant à écouter.

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