Le studio polonais CD Projekt, à qui l'on doit la plateforme GOG.com et la série de jeux The Witcher, lance une campagne anti-DRM.

C’est la spécialité de Good Old Games (GOG.com) : vendre des jeux vidéo sans aucun verrou numérique (DRM, pour Digital Rights Management en anglais, soit en français Mesures Techniques de Protection). Cela fait maintenant dix ans que la plateforme se pose en rivale de Steam, avec pour principal argument l’absence de contraintes ou restrictions sur la façon de profiter de ses achats dématérialisés.

Une proposition qui fait mouche chez nombre de joueurs, car ces outils de régulation n’ont pas bonne presse : au nom de la lutte contre le piratage, l’industrie vidéoludique s’est lancée dans la conception de moyens techniques pour contrôler l’usage de ses titres. Or, cela n’est pas sans conséquence pour l’expérience de jeu : performances moindres, obligation d’activation, risque de piratage, connexion indispensable

Menottes
Un DRM. Allégorie. CC Paul Conneally

Les professionnels du jeu vidéo ne sont d’ailleurs pas tous d’accord sur l’intérêt des DRM : on a vu des studios se lancer dans cette direction avant de faire marche arrière, parfois sous la pression de leurs clients et de la presse spécialisée. Des personnalités reconnues comme Gabe Newell ont ainsi pris la parole contre ces menottes et des alternatives anti-DRM ont fini par voir le jour.

Comme GOG.com.

Justement, une autre campagne contre ces dispositifs est en train d’émerger. Pilotée par la plateforme concurrente de Valve, qui est éditée par le studio polonais CD Projekt, à l’origine de l’excellente adaptation vidéoludique de la franchise The Witcher et du prometteur jeu Cyberpunk 2077, elle est intitulée « FCK DRM », un nom bien senti qui n’a ni besoin de traduction ni d’explication.

Le site, qui s’ouvre avec quelques déclarations passées contre les DRM, prononcées par des membres de l’industrie vidéoludique, revient naturellement sur ce qu’est un DRM. Mais surtout, il propose de tenir une liste de services fournissant des contenus culturels (de la musique, du jeu vidéo, de la littérature, des séries et des films) qui ne sont pas entravés par la moindre mesure technique de protection.

L’approche se veut résolument globale et pas centrée sur le jeu vidéo — même si la critique sur le site s’appuie fortement sur le cas de figure du jeu vidéo.

« Les jeux avec DRM incluent une couche de logiciel ou de code en plus de ce qui est nécessaire pour jouer au jeu. De nos jours, le DRM enverra vos informations à un serveur en ligne, et il pourrait effectuer des vérifications pour voir si vous avez touché des fichiers, ou refuser carrément l’accès à moins que vous ne soyez connecté quelque part », rappelle ainsi la campagne de sensibilisation.

Pourquoi il faut en finir avec les DRM, selon FCK DRM.

« Bien sûr, le DRM peut ne pas vous affecter pour l’instant, mais ce sont les entreprises qui détiennent la clé et elles ne vous laisseront accéder [à votre bien] que si vous pouvez prouver à plusieurs reprises que vous en êtes propriétaire. Tant que vous êtes connecté à Internet. Tant que leur DRM fonctionne sans faute. Et tant qu’ils sont encore là », prévient FCK DRM.

Aux arguments du site pourrait être ajouté celui de l’efficacité : créés pour empêcher le piratage des jeux vidéo, les DRM semblent en réalité ne pas y parvenir. En 2014, le studio Ubisoft reconnaissait que ces outils n’étaient pas du tout la panacée. Les verrous finissent tôt ou tard par sauter, parfois en une journée, parfois au terme d’un long effort de hackers très doués.

À l’heure actuelle, FCK DRM liste huit services proposant des œuvres sans DRM. Mais les responsables de la campagne invitent toutes les plateformes suivant la même philosophie à se manifester pour figurer dans le tableau. Il est à noter que la Hadopi propose aussi un service de référencement de plateformes légales dont certaines proposent aussi des contenus sans DRM.

Partager sur les réseaux sociaux