L'autopromotion sociale à l'ère des réseaux, un phénomène bien étrange. Dans notre Bullshit Thérapie hebdomadaire, Vinvin s'interroge sur les arcanes de cette pratique presque universelle.

J’ai du mal avec ce vocabulaire d’autopromotion autosatisfaite que l’on s’impose sur les réseaux sociaux et qui frise à la caresse intime exposée au plus grand nombre. J’ai d’autant plus de mal que j’y ai succombé moi aussi, en quatorze ans de réseaux et de blogging. Je parle de ces statuts où l’on s’autocongratule d’un truc super qui nous arrive et qu’on le partage avec le monde pour que cela se sache, pour que chaque follower comprenne à quel point votre vie est fantastique et parce qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même.

Très heureux d’avoir été interviewé par M6

Pour que cela fasse moins prétentieux, on supprime le « Je suis » en début de phrase et chacun s’exprime alors par adjectifs de congratulation personnelle : heureux, fier, content, honoré, reconnaissant et j’en passe… « Très heureux d’avoir été interviewé par M6 sur la transformation digitale » et d’ajouter un remerciement à la journaliste qu’on a préalablement suivie sur Linkedin pour l’occasion. « Merci Nathalie pour ce reportage à la fois passionnant et bien documenté… ».

La journaliste viendra liker votre statut et chacun se dira que vous connaissez du beau monde.

Le retweet de la discorde

J’ai surtout du mal avec les retweets des tweets qui disent du bien de vous.

Ces tweets où quelqu’un dit du bien de votre travail-expertise-vidéo-livre-conférence-film-etc ?, et que vous retweetez immédiatement sans plus de commentaire… Comme si vous disiez : «  Regardez on parle de moi on m’aime et je dois vous le signaler sinon vous risqueriez de passer à côté de cette information majeure ».

Comme si dans un café bondé soudain vous montiez sur une chaise pour hurler « Le type avec qui je parle et que je ne connais pas vient de dire qu’il avait adoré mon livre !  ». Ensuite vous redescendez et vous recommencez vingt minutes plus tard, « La dame ici présente vient d’affirmer que c’était l’ouvrage le plus intéressant qu’elle ait lu ces six derniers mois !  », et vous redescendez jusqu’à la prochaine fois. Sachant que dans ce même café, d’autres personnes font la même chose à intervalles réguliers ou en même temps ; cela donne une atmosphère un peu flippante. Je grossis le trait, mais je l’ai fait, et pas qu’une fois.

Il faut admettre que ces comportements sont souvent plus visibles et fréquents chez les célébrités, entraînées à faire savoir à leurs groupies que d’autres groupies sont sur l’action et que si vous voulez vous aussi être retweeté par votre idole, il vous suffit de dire un truc gentil, même si vous n’avez que douze followers dont votre mère et vos onze bots russes. «  J’ai trop adoré ton concert t’étais au top. Merci d’être là pour nous Trevor !  ». Prévenu par un hashtag de dopamine égocentrique, l’artiste Trevor va retweeter le message ; et le groupie de retweeter le retweet pour hurler au monde que son idole l’a retweeté. Amusé, Trevor retweete le retweet du groupie qui s’évanouit alors, se cogne sur la table basse et va poster son selfie depuis l’hôpital sur Instagram.

Du coup Trevor retweete l’Instagram du groupie et le publie sur son fil Facebook et ensuite ça se déchaîne : la maison de disques suggère que le groupie soit invité en backstage au prochain concert de Trevor qui retweete le tweet de la maison de disque, relayé par les fans de Trevor qui en font la une de leur page officielle. Le Groupie retweete les fans qui retweetent Trevor relayant la maison de disques qui retweetait le groupie en train de s’instagramer après s’être évanouie à cause du retweet de son retweet de Trevor faisant suite à son Tweet d’origine. Et chacun d’être très heureux d’être trop fier de partager ce bonheur d’être en train de se manipuler à distance, entre caresses d’ego, de bons sentiments et de business à peine déguisé.

C’est quand même super étrange comme chorégraphie

Collusions surnaturelles, tout le monde le fait, vous le faites, je le fais, ce n’est pas bien méchant et ça ne menace pas l’intégrité du monde. Mais c’est quand même super étrange comme chorégraphie.

Vinvin sera sur scène en mai au Sentier des Halles

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