C’est le coup de la décennie dans l’industrie du divertissement. Au terme de douze mois d’un bras de fer impitoyable qui aura vu la diplomatie américaine, l’administration Trump, la justice fédérale et une armée de stars s’écharper, l’empire Skydance a scellé l’absorption de Warner Bros. Discovery pour 81 milliards de dollars en fonds propres (environ 72 milliards d’euros ; 111 milliards de dollars au total avec la dette).
Dès mardi, l’action historique de Warner a disparu des écrans du Nasdaq pour céder sa place à un symbole unique à la Bourse de New York : SKYD (Skydance).
Le nouvel ensemble pèse près de 70 milliards de dollars de chiffre d’affaires annuel, aligne plus de 200 millions d’abonnés en streaming et annonce déjà la fusion prochaine de HBO Max et Paramount+ dans une plateforme unique.


Le hold-up de David Ellison contre Netflix
Pour mesurer l’ampleur du coup, il faut se souvenir qu’au début de l’année 2026, Warner Bros. était à deux doigts de céder ses studios et son activité de streaming à Netflix. C’était sans compter sur David Ellison, le patron de Skydance. Après avoir racheté Paramount l’an passé pour 8 milliards de dollars, le fils du fondateur d’Oracle a rejeté le compromis, lançant une OPA hostile pour rafler la totalité du groupe Warner, y compris son réseau de chaînes d’information comme CNN.
Rachetant les actions Warner à 31 dollars l’unité, Ellison a fini par essouffler la concurrence et forcer Netflix à jeter l’éponge fin février.

La fronde d’Hollywood et les chèques du Golfe
L’opération a pourtant failli capoter sous le poids des polémiques. En avril, une pétition réunissant des milliers de figures de l’industrie, de Denis Villeneuve à Jane Fonda en passant par Mark Ruffalo, dénonçait un projet destructeur d’emplois et toxique pour la diversité culturelle. L’actrice Sally Field avait même profité de la tribune des Emmy Awards pour tancer cette concentration de pouvoir. À l’opposé, des piliers comme Tom Cruise et James Cameron ont publiquement salué la promesse d’Ellison de garantir au moins 30 sorties de films en salles par an avec une fenêtre exclusive de 45 jours.
Le montage financier a encore davantage fait grincer des dents à Washington. Pour boucler l’accord, Skydance a levé 47 milliards de dollars en fonds propres, épaulée par les fonds souverains d’Arabie saoudite, du Qatar et des Émirats arabes unis. Malgré les alertes sur les risques d’ingérence étrangère, dénoncés par l’opposition démocrate, la FCC (le régulateur américain de l’audiovisuel et des télécoms) a tamponné le dossier, estimant que ces capitaux servaient « l’intérêt public ».
CNN sous contrôle et compromis judiciaire
Le volet politique n’était pas moins explosif. Régulièrement ciblée par Donald Trump, la chaîne d’information CNN passe désormais sous la coupe d’une famille notoirement proche de l’exécutif américain. Pour éteindre les poursuites intentées par 12 procureurs généraux d’États démocrates, Skydance a dû accepter la création d’un comité de journalistes censé garantir l’indépendance éditoriale de CNN et CBS News.
Le groupe s’est aussi engagé à injecter 300 millions de dollars (environ 268 millions d’euros) supplémentaires par an dans la production américaine. Un juge fédéral a validé cet accord le 30 septembre. Le groupe a également versé plus de 23 millions de dollars à la Writers Guild of America pour solder leur litige.
À la tête du nouvel empire, David Ellison reste président du conseil d’administration et CEO. Il partage désormais la direction avec l’ancien patron de Mattel, Ynon Kreiz, nommé co-CEO pour piloter les opérations au quotidien et l’intégration des deux groupes.
L’objectif affiché est d’extirper au moins 6 milliards de dollars (environ 5,4 milliards d’euros) de « synergies » d’ici trois ans, un terme pudique pour des réductions de coûts qui laissent présager des suppressions de postes.
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