On l’espérait et on croisait les doigts très fort pour que Fire Emblem: Fortune’s Weave soit un très grand cru dans la saga. Pour marquer son arrivée sur Switch 2, la licence s’offre un épisode luxueux, plein à craquer, et à la hauteur de l’aura de la saga.

Je le disais déjà dans ma preview publiée en août 2026, mais Fire Emblem: Fortune’s Weave a tout compris à ce que l’on attend d’un jeu de la licence. Prévu pour le 17 septembre 2026, en exclusivité sur Switch 2, le 18e épisode de la série principale, qui succède à Fire Emblem Engage, est un grand jeu à la fois épique, chaleureux et dense. Oui, tout ça en même temps. Et ça fonctionne du tonnerre.

Pour l’arrivée de la saga sur Switch 2, Nintendo n’a pas lésiné sur les moyens. Plus vaste, plus généreux, mais aussi mieux écrit, Fortune’s Weave est un jeu choral avec un nombre impressionnant de personnages importants, d’intrigues et de sous-intrigues riches et complexes, et de grands moments de jeu.

Mais, en faisant de ce nouvel épisode une nouvelle ère pour la licence Fire Emblem, Nintendo n’a-t-il pas créé un monstre tentaculaire ? Avec des récits qui s’entrecroisent les uns dans les autres, plusieurs parcours scénaristiques, de nombreux embranchements et des personnages et lieux à ne plus savoir quoi en faire, la formule Fire Emblem n’a jamais paru si dense. Après un peu plus de 50 heures de jeu, mon test n’a pas forcément la réponse à cette question, mais je sais au moins une chose : Fortune’s Weave est un épisode qui ne fait rien à moitié.

L’un des plus beaux jeux de la Switch 2

En attendant le remake de Zelda: Ocarina of Time, qui devrait montrer de quoi est réellement capable la Switch 2, Fire Emblem: Fortune’s Weave en met déjà plein les yeux. La direction artistique est particulièrement soignée et adopte une esthétique à la fois colorée, élégante et généreuse dans ses animations, qui donne à chaque personnage et à chaque lieu une véritable identité.

Les personnages sont conçus avec un soin tout particulier et, en dehors de quelques chara designs douteux, l’ensemble du casting, des personnages principaux aux PNJ, transpire l’élégance. Les méchants ont vraiment de bonnes têtes de méchants, tandis que les héros et héroïnes sont charismatiques. Le casting vocal, aussi bien en version japonaise qu’en version anglaise, fait un excellent travail pour donner vie à tout ce beau monde, des plus antipathiques aux meilleurs d’entre eux.

Pour mettre en scène les protagonistes dans cette immense pièce de théâtre, le studio japonais Intelligent Systems a tout donné niveau mise en scène. Fortune’s Weave est un jeu très bien écrit et réalisé, que ce soit dans les petites interactions entre les différents personnages ou dans les scènes cinématiques, qui ont bénéficié d’un soin tout particulier. C’est toujours un régal d’être spectateur du jeu, le temps d’une conversation aussi banale soit-elle, tant tout est écrit et réalisé avec soin. Et heureusement d’ailleurs, car ça parle beaucoup dans Fortune’s Weave.

Des petits moments comme celui là, il y en a plein. // Source : Capture Switch 2
Des petits moments comme celui là, il y en a plein. // Source : Capture Switch 2

Pourtant, jamais l’ennui ne pointe le bout de son épée dans cette histoire d’épopée à travers le temps, de vengeance et de rédemption, à l’ambiance unique et au savant mélange de genres. Fortune’s Weave nous emmène dans l’Empire de Dagda, sur le continent du même nom, séparé de Fódlan par la mer. L’aventure se déroule à deux époques différentes. En 1449, quatre héros prennent part aux « Jeux Héroïques », un immense tournoi organisé dans la capitale Dagsion, dont le vainqueur se voit accorder un vœu par le Souverain Divin. Chacun y poursuit un objectif bien précis : libérer son père, trouver un adversaire à sa mesure, accomplir les rêves de son royaume ou assouvir une vengeance.

Cinq ans plus tard, Dagsion n’est plus que l’ombre d’elle-même après la résurrection du dieu démon Balor. Eshmel, le protagoniste que l’on incarne, reçoit alors pour mission de sauver Dagda. Pour y parvenir, la déesse Fortuna lui permet de remonter le temps et de modifier le destin des quatre héros. L’objectif : faire en sorte qu’ils puissent, à leur tour, se dresser contre Balor et empêcher la catastrophe.

La mise en scène est aussi très efficace pendant les batailles. // Source : Capture Switch 2
La mise en scène est aussi très efficace pendant les batailles. // Source : Capture Switch 2

Mais c’est super compliqué, Fire Emblem

Dès le début du jeu, vous aurez la possibilité de choisir entre quatre protagonistes différents : Cai, un jeune garçon qui souhaite sortir son père de prison, Leda, une jeune femme qui veut venger son peuple, Dietrich, un puissant épéiste qui cherche à devenir le plus fort, et Theodora, une reine qui veut simplement protéger son royaume. Autant de personnages que de voix à suivre, d’intrigues à détricoter et de personnages à rencontrer.

Une fois le tutoriel passé, qui explique les bases du jeu, vous pourrez choisir votre protagoniste, qui vous accompagnera sur la grande majorité de l’histoire – vous croiserez tout de même les autres. Mais, n’espérez pas foncer tête baissée dans l’aventure, je vous vois venir. Vous passerez ensuite par un second tuto, plus long et plus dense, qui ferait même passer les menus d’Elden Ring pour quelque chose de limpide en comparaison.

Un petit aperçu de la carte, qui s'étale bien plus au fur et à mesure de la progression. // Source : Capture Switch 2
Un tout petit aperçu de la carte, qui s’étale bien plus au fur et à mesure de la progression. // Source : Capture Switch 2

Fortune’s Weave ne se contente pas de reprendre les bases de Fire Emblem : le jeu empile les systèmes, les mécaniques de progression, la gestion du temps, le recrutement, l’équipement et les possibilités offertes entre deux batailles. Les premières heures prennent donc le temps de vous expliquer tous les rouages du jeu, quitte à donner parfois l’impression de crouler sous les informations. Une complexité qui peut sembler intimidante au départ, mais qui devient progressivement l’une des grandes forces du jeu. Car Fortune’s Weave n’est pas qu’un jeu tactique, c’est aussi un jeu de l’attente : celle entre deux batailles.

Fortune’s Weave n’est pas qu’un jeu tactique, c’est aussi un jeu de l’attente : celle entre deux batailles

Pour combler le temps entre deux affrontements dans le Colisée, vous devrez en effet vaquer à vos occupations en guerroyant pour le plaisir de guerroyer, en parcourant la carte, en faisant du shopping, en rencontrant des gens à recruter, en mangeant, en faisant des petits boulots ou en vous entraînant. Si les affrontements sont le cœur du jeu, la composante « temps libre » en est les poumons. C’est pourquoi il est important de bien surveiller votre calendrier, de connaître la ville de Dagsion comme votre poche et de gérer votre temps de la meilleure façon qui soit.

Une fois les bases (plus ou moins) maîtrisées, et le deuil de la composante romance fait – eh oui, pas de personnages à draguer dans cet épisode – vous pourrez vous jeter dans les affres du combat. Mais, attendez, un petit tutoriel sur les combats s’impose. Car avant de vous laisser partir à l’assaut, Fortune’s Weave va, une fois de plus, prendre le temps de vous apprendre les subtilités de son système de combat, et il y a de quoi faire.

Voir vos personnages préférés devenir de plus en plus forts : un petit plaisir grisant. // Source : Capture Switch 2
Voir vos personnages préférés devenir de plus en plus forts : un petit plaisir grisant. // Source : Capture Switch 2

Les affrontements reprennent évidemment les grands principes de la série. Vous dirigez votre armée sur une carte quadrillée, déplacez vos unités une par une et devez réfléchir à chaque mouvement avant de passer à l’action. Chaque personnage possède sa propre classe, ses armes, ses statistiques et ses aptitudes, et il faut constamment composer avec les forces et les faiblesses de chacun. Épées, lances, haches, arcs et autres armes disposent de leurs propres caractéristiques, tandis que le placement devient rapidement essentiel : attirer un ennemi dans une position avantageuse, protéger une unité fragile, encercler un adversaire ou exploiter les capacités d’un personnage peut complètement changer l’issue d’un affrontement.

Et c’est justement là que toute la partie « temps libre » prend son importance. Entre deux affrontements, il ne s’agit pas simplement de tuer le temps : vous allez devoir préparer votre équipe pour les batailles à venir. Il est possible de faire évoluer vos unités, de modifier leur classe, d’améliorer leurs compétences, mais aussi de développer leurs liens et leur niveau de soutien avec les autres personnages. Le choix des recrues est également loin d’être anodin : qui intégrer à votre équipe, quelles unités faire progresser et surtout quelles associations privilégier sont autant de décisions qui peuvent avoir leur importance une fois les pieds posés sur le champ de bataille.

L’art de la guerre

Même si vous avez constitué une équipe de choc, une fois sur le terrain, ça ne rigole plus. Si Fortune’s Weave est finalement assez simple lorsque l’on a compris les règles, il suffit d’un tour pour que tout bascule. Perdre son mage peut changer le cours de l’affrontement, mal placer son archer peut faire perdre de précieux tours, et foncer tête baissée avec une unité peut faire prendre des risques considérables pour toute la troupe.

Il faut en permanence réfléchir au placement, mais aussi à la complémentarité de vos unités et à la manière dont elles peuvent fonctionner ensemble sur le champ de bataille. La préparation compte donc presque autant que le combat lui-même. Avant de lancer une bataille, il faut choisir ses unités, réfléchir à leur équipement, améliorer leurs classes et prendre en compte les ennemis que l’on s’apprête à affronter.

Une fois l'art du placement des unités assimilé, le jeu n'est pas vraiment difficile. // Source : Capture Switch 2
Une fois l’art du placement des unités assimilé, le jeu n’est pas vraiment difficile. // Source : Capture Switch 2

Une fois sur le terrain, il faut ensuite savoir quand avancer, quand attendre, quelles unités exposer et lesquelles conserver en retrait. Les objectifs ne se résument d’ailleurs pas toujours à simplement éliminer le chef adverse : il faudra parfois fuir, et parfois survivre, tout simplement. La plupart des attaques puissantes font également perdre de précieux points de vie, et vous devrez calculer avec soin si foncer dans le tas, à ce moment précis de la bataille, est plus malin que de protéger ses arrières.

Les joueuses et joueurs les plus aguerris peuvent également se rassurer : oui, Fortune’s Weave conserve évidemment la fameuse permadeath. Problème : dans cet épisode, la mort permanente perd un peu de son sens puisque les personnages principaux tombés au champ d’honneur seront toujours présents dans le récit et pendant le temps libre, entre chaque bataille, ce qui tend à minimiser leur départ. Un personnage tombé est ainsi privé de participer aux combats pour le reste de l’aventure, mais viendra toujours taper le bout de gras avec vous.

Une équipe équilibré et un bon placement sur la carte, c'est l'assurance de librérer le plein potentiel des personnages. // Source : Capture Switch 2
Une équipe équilibrée et un bon placement sur la carte, c’est l’assurance de libérer le plein potentiel des personnages. // Source : Capture Switch 2

Certes, le côté stratégique gagne en profondeur avec la permadeath activée, mais chaque bataille peut prendre un temps infini si, comme moi, vous souhaitez garder toutes vos unités en vie — ou si, comme moi, vous êtes nul et qu’il ne vous reste que deux personnages à la moitié de l’aventure. Vous pourrez toutefois compter sur la Bénédiction de Fortuna pour remonter le temps indéfiniment durant une bataille. D’autres Bénédictions viendront s’ajouter au jeu – attaque augmentée, défense augmentée, etc. – si toutefois vous allez suffisamment bosser au temple. Les joies du temps libre, on vous dit.

Un dernier point sur les batailles, qui se déroulent désormais de deux manières : les combats stratégiques classiques avec placement des unités, et les affrontements au tour par tour dans les donjons. Les seconds sont malheureusement plus anecdotiques et, heureusement, peu présents, et se déroulent au tour par tour, façon RPG classique.

Enfin, il est utile de préciser que tout le jeu peut s’automatiser pendant les combats. Et quand je dis tout, c’est tout. Si vous avez pris soin de vos personnages et avez réussi à constituer une fine équipe, il vous suffira de passer en mode automatique et vous pourrez, selon le type de combat que vous voulez mener — prudent, agressif, équilibré — laisser faire le jeu. Pour les besoins de ce test, j’ai automatisé de nombreux combats et, même si mes personnages faisaient n’importe quoi par moments, le jeu s’en sortait très bien dans la plupart des batailles.

Certains terrains et ennemis vous demanderont de jouer différemment. // Source : Capture Switch 2
Certains terrains et ennemis vous demanderont de jouer différemment. // Source : Capture Switch 2

J’en oublie certainement, car Fire Emblem: Fortune’s Weave est un jeu énorme, et chaque joueuse et joueur en fera une découverte différente en fonction de ses choix, de ses envies et de sa manière de jouer. Intelligent Systems n’a pas fait les choses à moitié avec ce nouvel opus, quitte à perdre beaucoup de monde en chemin. Avec quatre personnages principaux, trois actes par personnage, tous constitués de nombreux chapitres, et plusieurs épilogues presque aussi denses que chaque acte, il y a de quoi tenir 150 heures de jeu très facilement. Il faut avoir du temps et aimer les JRPG tactiques et bavards pour se plonger dans le titre de Nintendo. Si vous avez tout ça en vous, vous êtes partis pour vivre l’une des meilleures aventures éditées par Nintendo depuis très longtemps.

Le verdict

Qu’il est immense, ce nouvel épisode de Fire Emblem. Fortune’s Weave est un opus très ambitieux, qui pousse la formule de la saga comme jamais auparavant. Avec sa direction artistique soignée, son histoire généreuse, ses personnages attachants et son contenu colossal, Intelligent Systems signe une aventure tactique aussi riche que chronophage. C’est d’ailleurs là son seul défaut — qui n’en est pas un, finalement : avec son avalanche de systèmes à assimiler et plus d’une centaine d’heures pour en voir le bout, Fortune’s Weave demande un véritable investissement et ne peut pas vraiment se jouer en dilettante. Il n’est bien sûr pas nécessaire de faire l’histoire avec les quatre personnages principaux, mais le jeu vous encourage à le faire à de multiples reprises. Mais si vous avez le temps et l’envie de vous plonger dans un JRPG tactique optimisé de partout et aussi généreux, difficile de ne pas voir en Fortune’s Weave l’un des grands crus de la saga, et tout simplement l’un des meilleurs jeux de la Switch 2.
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