Cette année, le cinéma d’horreur a brillé grâce à deux films : Backrooms et Obsession. Ces deux longs métrages horrifiques ont su attirer les foules dans les salles obscures et rapporter un joli paquet d’argent à leurs producteurs, au point de devenir deux des plus grands succès de l’année 2026.
Que ce soit l’œuvre de Kane Parsons ou le film de Curry Barker, aucun des deux ne m’a particulièrement fait ressentir de peur ou de stress. J’ai aimé leur proposition et leur exécution, mais les frissons de l’angoisse n’ont, pour ma part, jamais vraiment répondu présent. Alors, quand un réalisateur canadien, Ian Tuason, promet de faire peur uniquement avec des sons, cela attise forcément ma curiosité. J’ai toujours été fasciné par le sound design dans les films d’horreur et par sa capacité à faire naître l’inquiétude sans forcément montrer quoi que ce soit.
Undertone est toutefois plus complexe que cela, et une grande partie du film passe malgré tout par l’image — ou plutôt par l’absence d’éléments dans l’image, mais nous y reviendrons. Le film reste néanmoins une véritable réussite sur le plan de l’épouvante, et, malgré des défauts très visibles, il parvient avec brio à faire peur, une qualité qui devient de plus en plus rare dans le cinéma d’horreur. Notre critique sans spoiler de la nouvelle perle distribuée par A24 qui sort ce 12 août 2026 en France.
Points forts
- Un sound design redoutablement efficace
- Une mise en scène qui sait jouer avec le hors-champ
- De vrais moments de terreur
Points faibles
- Une fin beaucoup trop expédiée
- Un film qui veut trop jouer au malin sur son dernier tier
- Un huis clos qui peut être ennuyeux
Un huis clos étouffant
Dans Undertone, Evy (Nina Kiri) anime avec son ami Justin (Adam DiMarco) un podcast consacré aux phénomènes paranormaux, alors qu’elle est plutôt sceptique face aux histoires de fantômes et aux manifestations surnaturelles. Un jour, les deux amis reçoivent anonymement plusieurs enregistrements audio particulièrement inquiétants. On y entend un couple, Jessa (Keana Lyn Bastidas) et Mike (Jeff Yung), confronté à d’étranges phénomènes dans sa maison. Au départ, ces fichiers semblent simplement constituer une nouvelle histoire paranormale à analyser pour leur podcast. Mais à mesure qu’ils les écoutent, les enregistrements prennent une dimension de plus en plus personnelle et terrifiante.
Comme si cela ne suffisait pas, la vie personnelle d’Evy est bouleversée lorsqu’elle doit retourner vivre auprès de sa mère mourante, dont elle devient la principale aidante. Une situation qui permet à Undertone de transformer progressivement son intrigue en véritable huis clos, entièrement confiné à la maison familiale. Le film se déroule essentiellement dans deux pièces, que le réalisateur filme sous tous les angles, des plinthes au plafond.

L’idée du podcast et du huis clos ne sert donc pas uniquement à masquer les limites d’un budget de seulement 500 000 dollars. Elle permet surtout d’instaurer une sensation d’étouffement permanente. On se retrouve rapidement à l’étroit, pris au piège entre quatre murs, et les zones d’ombre et les angles morts deviennent alors beaucoup plus inquiétants qu’ils ne devraient l’être. La caméra a beau nous montrer la maison sous toutes ses coutures, elle ne nous permet jamais de savoir ce qui pourrait se trouver juste en dehors de notre champ de vision.
L’idée de faire de la maison le théâtre exclusif des pires horreurs n’est évidemment pas nouvelle, et d’autres films se sont engagés dans cette voie avec plus ou moins de succès, l’un des derniers en date étant Presence de Steven Soderbergh. Pourtant, Undertone applique ici ce principe avec une telle rigueur que la frustration de ne jamais pouvoir sortir de cet endroit, où la maladie est omniprésente, finit par revêtir une dimension presque mystique. Une sensation qui rappelle l’excellent court métrage Heck, qui donnera plus tard naissance à Skinamarink, avec la même impression d’être prisonnier d’un espace familier devenu hostile.
L’oreille absolue pour faire peur
Undertone est également un film de petit malin qui sait parfaitement que notre regard finira inévitablement par se balader dans le second plan, vers cet escalier plongé dans la pénombre ou ce couloir flou qui disparaît derrière un angle droit. Ian Tuason prend un malin plaisir à jouer avec notre peur ancestrale de ce qui pourrait se cacher dans l’obscurité, et réveille une angoisse très enfantine, de celle qui nous poussait autrefois à vérifier sous notre lit avant de dormir. Il n’y a pourtant bien souvent rien à l’image, à part Evy et son casque vissé sur la tête. Et pourtant, l’ambiance est pesante. Le fait qu’elle ait constamment le dos tourné vers le couloir n’arrange évidemment rien à l’anxiété que provoque chaque plan. C’est facile, c’est vrai, mais ça fonctionne.
Ian Tuason prend un malin plaisir à jouer avec notre peur ancestrale de ce qui pourrait se cacher dans l’obscurité, et réveille une angoisse très enfantine, de celle qui nous poussait autrefois à vérifier sous notre lit avant de dormir
Si sa manière de filmer la maison fait penser à l’excellent film coréen Sleep, sa gestion des sons diégétiques — ceux que les personnages entendent autant que nous — fait irrémédiablement penser à Pontypool, autre grand film d’horreur canadien qui se passait exclusivement dans un studio de radio pendant une mystérieuse menace. Le scénario d’Undertone est solide, et le voir — l’entendre — se déployer à mesure que les protagonistes avancent dans les fichiers audio est fascinant. On pourrait frôler l’ennui dans la plupart des scènes, et nul doute que le film endormira certainement pas mal de monde, mais le traitement de l’audio est tellement bien exécuté qu’il apporte une nouvelle dimension à la manière de raconter l’horreur.
On connaît le fameux principe du « show, don’t tell », cher aux scénaristes : montrer plutôt que raconter. Undertone en prend presque le contrepied avec un « tell, don’t show » particulièrement efficace. Ici, le film préfère nous faire entendre ce qui se passe plutôt que de nous le montrer, laissant notre imagination fabriquer elle-même les images les plus terrifiantes.

À deux doigts d’être parfait
Entre ces scènes de pure dialogue, captivantes et vraiment, vraiment stressantes, le réalisateur distille quelques moments de pur cinéma d’horreur, dont certains comptent parmi les meilleurs que l’on ait pu voir dans le genre depuis très longtemps. Mention spéciale à une apparition particulièrement originale, qui mérite sans doute de figurer parmi les plus belles du genre.
Pour le reste, l’origine et la signification de ces mystérieux fichiers audio se dévoilent lentement mais sûrement, et se révèlent absolument fascinantes. Malheureusement, le réalisateur ne peut s’empêcher de raccrocher les wagons avec certains éléments qui auraient pourtant gagné à rester mystérieux. C’est là qu’Undertone tombe au champ d’honneur : son dernier quart d’heure, beaucoup trop explicatif, ne fait pas honneur à la retenue générale du film et se retrouve ponctué de quelques poncifs difficilement excusables.
Undertone est phénoménal dans son approche de la mise en scène sonore. C’est simple, mais ça fonctionne, du moins chez moi. Même si j’imagine sans mal le film gagner à être regardé chez soi, un casque sur les oreilles, l’expérience en salle fut une véritable réussite. Entre les passages où Evy se contente d’écouter, durant lesquels le film repose entièrement sur le son, et les scènes plus classiques, mais tout aussi réussies, où la maison devient le théâtre de quelques bons moments de flippe, le film trouve un équilibre étonnamment juste. Mais, comme beaucoup avant lui, le long métrage se casse plus ou moins la figure dans ses dernières minutes, en voulant faire entrer au chausse-pied des explications hasardeuses, des traumatismes d’enfance et quelques figures mystiques. Tout ce que le film avait savamment laissé dans le flou se retrouve alors beaucoup trop explicité, au risque de briser une partie de la magie qu’il avait patiemment construite.
Le verdict

Undertone
Voir la ficheOn a aimé
- Un sound design redoutablement efficace
- Une mise en scène qui sait jouer avec le hors-champ
- De vrais moments de terreur
On a moins aimé
- Une fin beaucoup trop expédiée
- Un film qui veut trop jouer au malin sur son dernier tier
- Un huis clos qui peut être ennuyeux
Les abonnés Numerama+ offrent les ressources nécessaires à la production d’une information de qualité et permettent à Numerama de rester gratuit.
Zéro publicité, fonctions avancées de lecture, articles résumés par l’I.A, contenus exclusifs et plus encore. Découvrez les nombreux avantages de Numerama+.
Vous avez lu 0 articles sur Numerama ce mois-ci
Tout le monde n'a pas les moyens de payer pour l'information.
C'est pourquoi nous maintenons notre journalisme ouvert à tous.
Mais si vous le pouvez,
voici trois bonnes raisons de soutenir notre travail :
- 1 Numerama+ contribue à offrir une expérience gratuite à tous les lecteurs de Numerama.
- 2 Vous profiterez d'une lecture sans publicité, de nombreuses fonctions avancées de lecture et des contenus exclusifs.
- 3 Aider Numerama dans sa mission : comprendre le présent pour anticiper l'avenir.
Si vous croyez en un web gratuit et à une information de qualité accessible au plus grand nombre, rejoignez Numerama+.
Toute l'actu tech en un clin d'œil
Ajoutez Numerama à votre écran d'accueil et restez connectés au futur !
Tous nos articles sont aussi sur notre profil Google : suivez-nous pour ne rien manquer !


