Screamer, c’est la combinaison d’un jeu de course typé arcade, d’un jeu de castagne au volant, et d’un visual novel façon Fast and Furious en mode soap-opéra. C’est surtout un titre qui assume pleinement son aspect arcade, offrant un véritable shoot d’adrénaline à 100 à l’heure… au risque de laisser sur le côté une partie des joueuses et des joueurs moins téméraires. Notre test.

Visiblement, je suis nul aux jeux de course. Il est vrai que je n’ai jamais brillé au volant, ni dans la vraie vie, ni sur Gran Turismo, ni même sur Mario Kart. Pendant que mes amis enchaînaient les drifts sur le parking du Carrefour de mon adolescence, je les regardais, mi-fasciné, mi-ennuyé. Même armé d’une manette, confortablement installé dans mon canapé, un volant virtuel ne me procure jamais les mêmes sensations que de diriger un petit plombier moustachu.

Et pourtant, je joue régulièrement à des jeux de course, allez savoir pourquoi. Et dans mon top des meilleurs jeux de course de tous les temps figure Wipeout. Pas le plus simple à prendre en main, je le concède, mais probablement le plus grisant. Et s’il y a bien quelque chose que des centaines d’heures de Wipeout m’ont appris, c’est que oui, vraiment, je suis nul aux jeux de course.

Aussi, quand j’ai vu passer les premières vidéos de Screamer, j’ai été emporté dans un tourbillon de choc post-traumatique et de nostalgie. Screamer, c’est Wipeout… avec des roues. C’est l’alliance parfaite du drift et de la vitesse. La garantie de passer la moitié du jeu à percuter des barrières de sécurité à 180 km/h, à râler contre les courbes piégeuses et une IA trop agressive. Screamer, c’est tout ça… avec une histoire digne d’un drama japonais.

Screamer de honte

« Rien ne pourra nous arrêter, on est venus là pour briller. », dit la chanson. Sauf que dans Screamer, tout peut m’arrêter, à commencer par mes capacités en pilotage. Soyons clairs, le jeu du studio italien Milestone n’est pas simple, et il faut un certain temps d’adaptation avant de vraiment briller sur la piste.

La conduite des véhicules se fait avec la gâchette droite pour accélérer, et les deux sticks analogiques : le gauche pour des virages en douceur, le droit pour drifter comme un fou du volant. L’idée est d’obtenir une précision accrue dans les virages afin de ne jamais perdre de vitesse, grâce à la magie du dérapage contrôlé. La comparaison avec Wipeout prend alors tout son sens… mais avec le contact de l’asphalte en plus. Sur le papier, la promesse est belle : offrir des sensations de vitesse constantes.

La comparaison avec Wipeout prend alors tout son sens… mais avec le contact de l’asphalte en plus.

Malheureusement, il faut un certain temps avant de maîtriser le pilotage et d’atteindre enfin une conduite fluide et réactive, la faute à une liaison cerveau-doigts peu réactive en ce qui me concerne, mais aussi à une prise en main des véhicules délicate et qui a le culot de changer selon le personnage sélectionné.

Les drifts, une bonne dose de stress quand c'est la cohue dans le virage.. // Source : Milestone
Les drifts, une bonne dose de stress quand c’est la cohue dans le virage. // Source : Capture PS5

Cette mécanique de drifts s’accompagne également d’un système de vitesses à passer manuellement via la gâchette gauche. Lorsque vous entendez le prut-prut du moteur — désolé pour l’absence de dénomination technique — ou que vous repérez du coin de l’œil la jauge de vitesse qui change de couleur, il faut monter un rapport. Chaque vitesse passée vous fait gagner de la Sync, des points d’action utiles pour alimenter l’Echo. L’Echo permet de déclencher un boost, un peu à la manière du système de nitro dans Need for Speed.

Le Akira Slide dans Screamer, forcément. // Source : Capture PS5
Le Akira Slide dans Screamer, forcément. // Source : Capture PS5

L’Echo permet également d’activer un bouclier et peut se convertir en Entropie pour attaquer ses adversaires. Car Screamer n’est pas seulement un jeu de course, c’est aussi un jeu de combat. En plus de vous concentrer sur la route, vous devrez rester vigilant face aux attaques de vos adversaires, signalées par une indication à l’écran, et enclencher votre bouclier au bon moment, si toutefois vous en avez un en réserve. Une attaque, ou simplement le stress généré par une attaque, peut facilement vous faire foncer dans le décor et vous faire perdre quelques précieuses places au classement.

Le mode Overdrive peut vite se retourner contre vous // Source : Capture PS5
Le mode Overdrive peut vite se retourner contre vous // Source : Capture PS5

Heureusement, vous pouvez aussi passer vos nerfs sur une ou un autre pilote en activant votre Echo pour devenir momentanément un véritable missile, capable d’exploser les voitures sur son passage. C’est grisant, mais son utilisation peut tout autant vous envoyer vous manger une glissière de sécurité. Il est important de noter que chaque pilote possède des capacités différentes, tant en termes de pilotage que dans les attaques. Plus que dans n’importe quel autre jeu de course, il est essentiel de trouver rapidement son ou ses personnages préférés, un peu à la manière d’un jeu de combat.

Soap-opera et huile de moteur

Il y a 15 personnages jouables dans Screamer, et autant de véhicules. Notez bien que je dis « personnages » jouables et non « pilotes » ou « voitures ». Le jeu du studio Milestone est aussi, surtout dans son mode histoire, un véritable visual novel choral avec des personnages au caractère bien trempé. La fluidité et le naturel avec lesquels le jeu mélange d’ailleurs les genres sont remarquables, proposant à la fois un jeu de course futuriste typé arcade des années 90, une BO ambiance techno drum & bass époque PS1, et un récit mature aux allures d’anime moderne.

Entre chaque courses, des petites scènes font progresser l'histoire. // Source : Capture PS5
Entre chaque course, des petites scènes font progresser l’histoire. // Source : Capture PS5

Son scénario vous met dans la peau d’une équipe de Screamers — des coureurs automobiles aguerris — qui participent à une course illégale créée par un personnage énigmatique, masqué et très riche, sorti tout droit d’un roman de New Romance pour les plus de 18 ans. Entre chaque course, vous aurez droit à des phases narratives présentant les principales motivations des personnages, leurs liens entre eux, et leur histoire d’amour, de haine et de franche camaraderie qui les anime.

Étonnamment, le récit s’éloigne complètement des pistes de course et ressemble davantage à un manga de science-fiction, qui pose ses enjeux loin de la route, afin de distiller une grosse dose de drama entre chaque circuit. Le studio japonais Polygon Pictures se charge de l’animation de nombreuses scènes cinématiques magnifiques, qui donnent de la substance aux personnages et à l’histoire. Même si le récit n’évite pas les écueils du genre et souffre de quelques défauts ennuyeux à mesure que l’histoire avance — les personnages sont finalement peu attachants — voir une histoire aussi poussée dans un simple jeu de course fait vraiment plaisir.

Les cut-scène sont signées Polygon Pictures. // Source : Capture PS5
Les cut-scenes sont signées Polygon Pictures. // Source : Capture PS5

Autre point fort : les personnages de Screamer sont doublés dans plusieurs langues, dans un casting de grande qualité. Grâce à leur traducteur universel intégré dans l’oreille, les Screamers peuvent en effet communiquer dans leur langue respective et se comprendre. Il en résulte des scènes où italien, japonais et français se confondent pour le plus grand plaisir des polyglottes. Mention spéciale à Gregory Lerigab, doubleur français de Frédéric, qui donne tout, absolument tout, dans une performance mémorable.

Un moteur qui tourne rond

Visuellement, Screamer est un pur régal pour les yeux. Certes, il faut aimer le style animé, qui s’exprime autant dans les phases narratives que dans les moments de course sur les circuits. Un style néanmoins très soigné et abouti, qui permet à chaque personnage d’avoir un design unique, et aux voitures d’avoir la classe. Une fois sur les circuits, les effets de lumière sur l’asphalte sont superbes, et même quand ça va vite — et ça va vite tout le temps — les décors et les effets météo titilleront votre rétine à de nombreuses reprises.

L'unreal Engine fait un joli travail // Source : Capture PS5
L’Unreal Engine fait encore une fois un excellent travail. // Source : Capture PS5

La variété des circuits est d’ailleurs au rendez-vous, avec des villes futuristes aux néons tape-à-l’œil, des circuits plus industriels au milieu des chantiers, ou encore des forêts loin de l’urbanisme. Côté performances, le jeu est très stable et, heureusement, sans aucun ralentissement.

Concernant la partie arcade de Screamer, vous aurez le choix entre de nombreux modes de jeu : de la course en solo à celle en équipe, en passant par le contre-la-montre ou le checkpoint. Le mode multijoueur est tout aussi stable et, sans égaler le fun d’un Mario Kart World, promet quelques parties endiablées à coups de pare-chocs et de noms d’oiseaux. Vous pourrez également personnaliser certaines courses dans les moindres détails, pour une expérience aux petits oignons.

La vue cockpit n'est pas la plus évidente pour négocier les virages. // Source : Capture PS5
La vue cockpit n’est pas la plus évidente pour négocier les virages. // Source : Capture PS5

Sans révolutionner le genre, Screamer propose une nouvelle façon d’aborder les jeux de course qui est fort plaisante. Le titre du studio Milestone possède plus de qualités que de défauts, mais, étrangement, ne va jamais au-delà du simple divertissement. Un divertissement de qualité, certes, mais qui ne devrait pas vous tenir occupé plus d’un mois. En attendant le prochain Forza Horizon et entre deux parties de Mario Kart, Screamer est un chouette bonbon sucré… mais attention à ne pas vous faire mal aux dents en en mangeant trop.

Le verdict

Screamer a tout du jeu que l’on lance quand il est déjà trop tard pour se plonger dans une longue aventure, mais qu’on a quand même envie de jouer. Avec ses bonnes sensations de vitesse, ses bolides qui tiennent bien la route et son histoire joliment mise en scène, le jeu de Milestone se montre propre et soigné. Pour autant, sa difficulté et son manque de contenu pourraient ne pas donner envie d’y revenir, surtout pour celles et ceux qui chercheraient un Mario Kart version plus piquante, mais pas trop. Toujours est-il qu’avec son mode histoire et la personnalisation poussée de son mode Arcade, Screamer pourrait se faire une petite place dans les jeux de courses automobiles un peu niches, pour une poignée de joueuses et de joueurs en manque de titre du genre. Difficile cependant de justifier un prix de 69 € pour un jeu qui a tout d’un excellent titre à 30 €.
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