L'évasion de Rédoine Faïd semble avoir joué le rôle de déclencheur : face à la mauvaise humeur de la ministre de la justice, qui regrette que des prisons françaises soient visibles dans Maps, Google s'est engagé à les flouter d'ici la fin de l'année.

Il a fallu que Nicole Belloubet hausse le ton et médiatise son contentieux avec Google pour que les lignes se mettent à bouger sur le floutage des prisons françaises dans Maps. En effet, le lendemain de l’intervention de la ministre de la justice sur RTL, la firme de Mountain View a fait savoir que des dispositions seront prises d’ici la fin de l’année pour flouter les centres pénitentiaires.

Selon les informations de BFM TV, le géant du web s’est engagé par courrier auprès de la Chancellerie à masquer tous les établissements d’ici le mois de décembre 2018. Plus précisément, il s’agit en fait de cacher ceux qui ne le sont pas déjà : certains lieux de détention sont d’ores et déjà modifiés sur Maps, le service de cartographie de Google, de façon à ne pas avoir une vision claire des installations.

Nicole Belloubet
Nicole Belloubet. // Source : Guillaume Paumier

Visibilité de la prison de Rédoine Faïd

D’après un décompte réalisé par L’Express, il y avait au 23 septembre 49 prisons qui ne bénéficiaient pas d’une protection particulière sur la plateforme de visualisation (il y a 186 établissements pénitentiaires en France, selon l’association Observatoire international des prisons). Parmi elles figure la prison de Réau, ou centre pénitentiaire du sud-francilien, qui a fait l’actualité cet été.

C’est de cet établissement que Rédoine Faïd s’est fait la malle, avec l’aide extérieure de deux hommes armés et très bien préparés : ils se sont posés dans une cour de la prison avec un hélicoptère et ont franchi diverses portes avec une disqueuse. Or, il n’est pas improbable de penser que cette opération a pu être montée en s’appuyant sur les photographies aériennes de la prison.

Les complices de Rédoine Faïd ont-ils profité de Maps ?

Pour sa part, Google a cherché à atténuer sa responsabilité en faisant remarquer que son outil (ainsi que Google Earth, aussi concerné par le floutage) est avant tout alimenté par les prises de vue aériennes fournies par Airbus, DigitalGlobe et IGN et que c’est en principe à ces fournisseurs de transmettre des clichés respectueux de la loi, c’est-à-dire déjà floutés lorsqu’il s’agit de zones sensibles.

Le problème de la visibilité des prisons dans Maps (et dans n’importe quel autre service cartographique) n’est qu’une facette d’un problème plus vaste. En France, plusieurs sites sont considérés comme sensibles (c’est le cas des bases militaires ou des centrales nucléaires) et des règles spécifiques s’appliquent : outre l’imagerie aérienne, il y a le survol des drones ou les photographies prises depuis le sol.

À lire sur Numerama : La Belgique va poursuivre Google Maps en justice pour l’obliger à flouter des sites sensibles

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