S’exprimant en tant que directrice exécutive chez Orange, Christine Albanel a estimé dimanche que les régulateurs en charge de lutter contre les abus de position dominante privilégiaient trop les consommateurs par rapport au développement des grands groupes.

A l’occasion de son passage dans l’émission Soft Power sur France Culture, où elle a pu détailler la création d’un « droit de lecture » qui nous donne encore des frissons, Christine Albanel a été interrogée sur le respect de la neutralité du net par Orange. La directrice de la stratégie des contenus du groupe France Télécom Orange a savamment contourné les questions et les relances sur le sujet, répondant toujours à côté sur le risque que fait peser l’acquisition des Deezer ou autres Dailymotion sur la neutralité des réseaux (voir notre article « Orange et Dailymotion : la mort assurée de la neutralité du net« ).

L’ancienne ministre de la Culture a simplement botté en touche en rappelant le rôle des régulateurs comme l’Autorité de régulation des télécoms (Arcep) ou l’Autorité de la Concurrence, au sujet de la politique d’acquisition du groupe. « Il est possible en effet que Dailymotion devienne demain un atout dans l’offre d’Orange pour la vidéo« , mais « je n’ai pas l’impression qu’il y ait un filet qui se jetterait sur des pans entiers, qui seraient après complètement captés », a-t-elle nuancé.

« Je rappelle qu’il y a des régulateurs – et dieu sait qu’ils sont puissants, des régulateurs français et européens, qui quelques fois privilégient presque uniquement le consommateur au détriment de grands groupes, de grands champions français ou européens. Et ça, on peut quand même le regretter quelque peu« .

Rappelons que Christine Albanel était ministre de la Culture lorsqu’elle s’est opposée au Parlement à un amendement qui devait interdire aux opérateurs de proposer des contenus disponibles exclusivement sur leur réseau, comme Orange Foot ou Orange Cinéma Séries. Le jour-même du vote sur cet amendement, qualifié d’« atteinte grave à la création française » par Orange, Christine Albanel recevait Orange à son ministère pour signer un accord sur le financement de l’audiovisuel.

Rappelons aussi qu’en principe, le code pénal punit de 2 ans d’emprisonnement le fait pour un fonctionnaire ou un agent de la fonction publique de ne pas attendre au moins trois années avant de travailler pour une entreprise sur laquelle il a pu avoir une influence directe. Mais cet article de loi qui s’impose notamment aux chef de cabinet des ministres… ne s’applique pas aux ministres eux-mêmes. C’est ainsi qu’après avoir tant vanté les mérites de Deezer en tant que ministre à l’Assemblée Nationale, Christine Albanel a pu participer sans risque à la négociation de son rachat par Orange.

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