Si vous avez reçu ces derniers jours un mail vous parlant d’un mystérieux « pixel de suivi », vous n’êtes pas seul. Une échéance fixée par la CNIL explique cette vague soudaine.

Un mail de Deezer, un autre du Nouvel Obs, le tout en moins de 24 heures. Puis d’autres, venus de Mediapart, du Figaro ou de MeilleurTaux.

Depuis le début du mois de juillet, de nombreux abonnés à des newsletters ou plateformes en ligne reçoivent le même genre de message : une entreprise les informe qu’elle utilise un « pixel de suivi » dans ses mails, et qu’il est possible de le désactiver.

De quoi susciter une bonne dose d’incompréhension chez celles et ceux qui découvrent l’existence de cet outil. Voici ce qui se cache derrière, et pourquoi tout le monde en parle en même temps.

Mail envoyé par France Télévisions le 4 juillet 2026 // Source : Capture d'écran Numerama
Mail envoyé par France Télévisions le 4 juillet 2026 // Source : Capture d’écran Numerama

Une image invisible qui en dit beaucoup

Le principe est resté longtemps discret. Dans un mail, une entreprise glisse une image d’un pixel sur un pixel, totalement invisible à l’œil nu. Quand le destinataire ouvre le message, son logiciel de messagerie va chercher cette image sur un serveur distant, sans que rien ne s’affiche à l’écran. Ce simple appel suffit à prévenir l’expéditeur que le mail a été lu. Et le pixel peut au passage transmettre d’autres informations : le type d’appareil utilisé, l’adresse IP, voire une localisation approximative.

Pour les entreprises, l’intérêt est évidemment marketing : mesurer le taux d’ouverture d’une newsletter, vérifier que les mails arrivent bien à destination, ou encore identifier les profils les plus réceptifs à une campagne. Un outil précieux, donc, mais qui touche directement à la vie privée de ceux qui le subissent sans le savoir.

Pourquoi tout le monde reçoit ces mails en même temps

Vous l’avez donc compris, ce pistage par pixel n’a rien de nouveau, ce qui change, c’est le cadre légal. En avril dernier, la CNIL a publié une recommandation destinée à encadrer précisément l’usage de ces « pixels espions », en s’appuyant sur les règles déjà en vigueur concernant les traceurs.

Elle a ensuite laissé trois mois aux entreprises pour se mettre en conformité. Cette période s’achève le 14 juillet 2026, ce qui explique pourquoi tant de plateformes ont attendu la dernière ligne droite pour envoyer leurs mails d’information, provoquant cet effet d’entonnoir dans nos boîtes de réception début juillet.

Point central de la recommandation de la CNIL : dès lors qu’un pixel sert à mesurer un taux d’ouverture, à établir un profil des destinataires ou à repérer des tentatives de fraude, l’entreprise doit recueillir le consentement explicite de la personne concernée, et lui permettre de s’y opposer.

Mais tous les pixels ne basculent pas sous ce régime. La CNIL prévoit deux exceptions notables. D’abord, les pixels utilisés uniquement pour mesurer la délivrabilité, c’est-à-dire repérer les adresses mail devenues inactives afin de les retirer d’une liste d’envoi, restent autorisés sans consentement. Ensuite, les mails dits transactionnels, comme une confirmation de commande, un suivi de colis ou une réinitialisation de mot de passe, échappent eux aussi à l’obligation. En clair, c’est bien l’usage marketing du pixel qui devient soumis à votre accord, pas son usage purement technique.

Comment reprendre la main

Bonne nouvelle, comme le rappellent nos confrères de Frandroid, vous n’êtes pas obligé d’attendre que chaque entreprise vous sollicite individuellement. Outlook bloque les images externes par défaut, Apple Mail les précharge via ses propres serveurs pour anonymiser l’ouverture, et Gmail les charge automatiquement sauf si vous activez vous-même l’option « Demander avant d’afficher des images externes ».

Un levier d’action à vérifier dans les paramètres de votre boîte mail si vous préférez couper court au problème une bonne fois pour toutes, plutôt que de gérer les demandes de consentement au cas par cas.

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