Le 19 mars 2026, l’Iran frappait à nouveau le site de Ras Laffan, la plus grande usine de gaz naturel liquéfié au monde, située dans le nord du Qatar. Une attaque de représailles, menée au lendemain de frappes israéliennes sur le gisement iranien de South Pars.
Qatar Energy, qui exploite le site, n’a pas cherché à minimiser l’étendue des dégâts. Dans un post sur X, le groupe d’État a détaillé les conséquences de l’arrêt partiel des activités : parmi elles, une perte de 309,54 millions de pieds cubes d’hélium par an, soit environ 14 % des exportations annuelles du Qatar.
C’est ce chiffre qui a notamment alerté le Financial Times et les analystes spécialisés dans les chaînes d’approvisionnement de l’IA. Ces frappes sur une infrastructure gazière du Golfe pourraient avoir pour conséquence une tension sur l’hélium, l’un des gaz les plus critiques, et les moins substituables, de toute la filière des semi-conducteurs.


Un gaz sans équivalent
Concrètement, dans une usine de semi-conducteurs, l’hélium intervient à l’étape de gravure des wafers, les disques de silicium sur lesquels sont imprimés les circuits électroniques. Pendant ce processus, de l’hélium est soufflé sur l’envers du wafer pour évacuer la chaleur et maintenir une température homogène sur toute la surface.
C’est une contrainte physique stricte : toute variation thermique, même minime, altère la précision de la gravure et peut rendre le composant inutilisable.
Interrogé par le média américain Forbes, Jong-hwan Lee, professeur spécialisé dans les dispositifs à semi-conducteurs à l’université Sangmyung en Corée du Sud, est formel : aucun autre gaz que l’hélium ne présente les mêmes propriétés de conductivité thermique dans les conditions d’usine.

Le Qatar produit environ un tiers de l’hélium mondial. La Corée du Sud et Taïwan, où sont implantés les géants du secteur Samsung, SK Hynix et TSMC, qui fabriquent l’essentiel des puces mémoire et des semi-conducteurs de pointe utilisés dans les systèmes d’IA, s’approvisionnent majoritairement auprès de Doha.
Au-delà des puces, l’hélium refroidit également les aimants supraconducteurs des machines IRM, et sert à purger les réservoirs de carburant des lanceurs spatiaux, une demande en hausse constante avec l’accélération prévue des cadences de lancement.
Tension plutôt que pénurie
Selon le Financial Times, les entreprises sud-coréennes disposeraient de six mois de réserves. Mais Phil Kornbluth, fondateur du cabinet Kornbluth Helium, cité par le média britannique, estime qu’il faudra quatre à cinq semaines au Qatar pour relancer la production, puis deux à trois mois supplémentaires pour rétablir la chaîne à son niveau d’avant-crise dans le meilleur des cas.
L’hélium n’est d’ailleurs qu’un symptôme d’une fragilité plus large. Le FT rappelle qu’environ la moitié du soufre transporté par voie maritime, utilisé pour la gravure des puces, transite par le détroit d’Ormuz, que la Corée du Sud importe la quasi-totalité de son brome depuis Israël, et que les deux pays dépendent presque exclusivement de combustibles fossiles importés via ce même détroit pour alimenter leurs usines.
Une pénurie totale d’hélium reste néanmoins peu probable à court terme. Ce gaz ne représente qu’une fraction marginale du coût d’une puce : les fonderies accepteront probablement de payer bien plus cher plutôt que d’interrompre leur production. D’autres pays produisent de l’hélium, les États-Unis en tête, suivis de l’Algérie ou de la Russie, mais réorienter les contrats et repositionner les conteneurs de transport, immobilisés pour beaucoup dans le Golfe, prendra du temps.
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