Pour le responsable de la sécurité informatique de Facebook, Alex Stamos, de nombreux médias méconnaissent les algorithmes du réseau social, ce qui ne les empêche pas de les blâmer pour ses dérives. Il appelle donc à une meilleure compréhension du sujet sans toutefois évoquer la problématique culture du secret entretenue par Facebook.

Alex Stamos, responsable de la sécurité informatique de Facebook, est visiblement mécontent du traitement médiatique accordé aux algorithmes du réseau social, à en juger par la série de tweets publiés sur son compte personnel ce samedi 7 octobre.

Cette avalanche de messages a débuté par un tweet de réaction à l’analyse d’une journaliste du Washington Post, Quinta Jurecic, sur la politique de modération de Facebook en matière de publicité : « J’aime bien ce que fait Quinta […] mais [son analyse] illustre le fossé bien réel qui existe entre la Silicon Valley et les journalistes/universitaires. » Alex Stamos poursuit : « J’observe une grande couverture de nos problèmes récents qui est alimentée par des stéréotypes sur nos employés et des attaques contre des épouvantails de la tech. »

Il vise spécifiquement le traitement de différents médias au sujet de multiples sujets de controverse récents chez Facebook, qu’il s’agisse de mots-clé publicitaires ciblant les antisémites, de l’influence concrète des publicités ciblées russes pendant la campagne présidentielle ou de la brève mise en avant de liens complotistes après la tuerie de Las Vegas. L’attitude de Facebook consiste généralement, face à ces polémiques, à s’excuser et à promettre des changements à ses algorithmes.

CC David Berkowitz

« Personne ne considère les algorithmes comme neutres »

Alex Stamos estime que les ingénieurs et autres principaux intéressés sont loin de se montrer naïfs en la matière : « Aucune personne d’importance, au sein des grandes entreprises, ne considère les algorithmes comme neutres. Personne n’est inconscient des risques. »

Le responsable de la sécurité informatique soulève des problématiques intéressantes autour du sujet complexe des fake news : « De nombreux journalistes mettent en avant des universitaires qui affirment de manière précipitée à quel point il est facile de repérer les fake news et la propagande. Sans tenir compte du danger d’entraîner des systèmes de machine learning à classifier quelque chose comme ‘faux’ en se basant sur des données d’entraînement biaisées. »

Alex Stamos va jusqu’à livrer un conseil à ses interlocuteurs : « Je suggère aux journalistes d’essayer de parler aux personnes qui ont dû concrètement résoudre ces problèmes et en assumer les conséquences ».

Culture du secret

Reste, comme le souligne TechCrunch, que «  cette avalanche de tweets ne tient pas du tout compte du fait que Facebook vire tout salarié qui parle à la presse sans autorisation ». Surtout, le réseau social se garde bien de souligner que c’est justement parce qu’il entretient le secret autour du fonctionnement de ses algorithmes comme de la taille de ses équipes qu’il semble difficile d’offrir une analyse spécifique de sa stratégie en la matière.

À chaque nouvelle polémique, Facebook annonce en effet des changements à ses algorithmes et, de plus en plus souvent, le recrutement de plus de modérateurs pour les superviser. Or, c’est justement ce manque de supervision qui est reproché au réseau social, comme sa tendance à garder secrètes certaines informations essentielles, qu’il choisit de dévoiler uniquement lorsque cela semble inévitable.

Dans le cadre de l’affaire des publicités ciblées d’influence russe, la plateforme avait ainsi gardé pour elle, les soupçons pesant sur la Russie lorsqu’elle avait révélé pour la première fois, en avril, qu’une campagne d’influence avait été menée pendant la campagne présidentielle américaine.

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