Au départ, Claude Mythos Preview ne voulait tout simplement pas chercher.
Placé face à une version réduite d’AES, avec pour consigne d’inventer une nouvelle famille d’attaque, le modèle le plus puissant d’Anthropic, réservé à une poignée d’acteurs, a d’abord assuré qu’il n’y avait « rien à trouver, c’est le chiffrement le plus étudié qui existe ».
Selon l’entreprise américaine, il a fallu qu’un chercheur le relance à plusieurs reprises pour que Claude Mythos Preview se remette au travail. Trois jours et près d’un milliard de tokens plus tard, il avait mis au point une technique inédite. Un second essai, mené en parallèle sur un schéma de signature post-quantique baptisé HAWK, a lui aussi débouché sur une avancée.
Deux résultats de recherche, donc, présentés par Anthropic dans un article de blog publié le 28 juillet 2026 sur ces expériences comme une première : des failles mathématiques dénichées dans des algorithmes que des années d’expertise humaine n’avaient pas repérées.
L’affaiblissement de HAWK
Le premier résultat présenté par l’entreprise américaine touche HAWK, un schéma de signature numérique candidat au troisième tour du concours lancé par le NIST (l’organisme américain de normalisation) pour bâtir la prochaine génération d’algorithmes résistants aux ordinateurs quantiques.
Pour comprendre ce que Claude a trouvé, il faut d’abord revenir sur un principe de base de la cryptographie : la sécurité d’un système de signature comme HAWK repose sur la taille de sa clé secrète. Plus cette clé est longue, plus il faudrait, en théorie, d’essais à un attaquant pour la deviner par force brute.
Les concepteurs de HAWK avaient calculé que, pour sa variante la plus légère (« HAWK-256 »), un attaquant devrait tester environ 2⁶⁴ combinaisons pour retrouver la clé, un nombre astronomique, hors de portée de n’importe quel ordinateur existant. C’est ce chiffre qui garantit, sur le papier, que HAWK est sûr.
Or, Claude Mythos Preview a trouvé une méthode mathématique qui réduit drastiquement ce nombre : au lieu de 2⁶⁴ essais, il a démontré qu’il suffisait d’environ 2³⁸, soit près de 70 milliards de fois moins d’opérations.
Autrement dit, la clé est beaucoup moins solide que ce que ses créateurs avaient annoncé.
L’étude sur AES
Le second résultat concerne AES, l’algorithme de chiffrement symétrique le plus utilisé au monde, celui qui protège, entre autres, le trafic entre votre navigateur et la plupart des sites web. Contrairement à une signature comme HAWK, qui sert à authentifier, AES sert à rendre les données illisibles. Il « brouille » un message en plusieurs étapes successives, appelées des « tours ». La version standard, AES-128, en compte 10 : le message passe dix fois de suite dans une même moulinette mathématique, et c’est cet empilement de tours qui rend le résultat final si difficile à décoder sans la clé.
Pour tester la solidité d’un tel algorithme, les cryptographes ne s’attaquent presque jamais à la version complète, ce qui est trop coûteux. Ils étudient plutôt des versions volontairement affaiblies, en retirant des tours : si une attaque fonctionne bien sur une version à 5, 6 ou 7 tours, cela donne des indices sur la marge de sécurité qu’il reste sur la version complète à 10 tours. C’est exactement ce terrain que Claude a exploré, en s’attaquant à une version d’AES-128 réduite à 7 tours sur 10.
Sur ce terrain déjà largement défriché par des décennies de recherche humaine, Claude a inventé une technique inédite, baptisée « Möbius Bridge ».
Sans entrer dans le détail mathématique, l’idée revient à trouver un raccourci dans une attaque existante : là où les cryptographes devaient auparavant tester 256 possibilités à une étape clé du calcul, la méthode de Claude permet de s’en dispenser entièrement. Résultat : l’attaque la plus rapide connue sur cette version à 7 tours devient, selon Anthropic, entre 200 et 800 fois plus efficace.
Des attaques encore loin d’être exploitables
À noter que ces deux découvertes restent, pour l’instant, purement académiques.
Selon la communication d’Anthropic, l’attaque sur HAWK a nécessité 60 heures de travail semi-autonome, épaulé par un unique chercheur, et environ 100 000 dollars de calcul. Mais malgré la faille, casser une clé HAWK-256 reste un problème exponentiel. Passer de 2⁶⁴ à 2³⁸ opérations, est un gain énorme sur le papier, mais 2³⁸ reste environ 275 milliards d’essais à réaliser.
Même logique côté AES, la technique de Claude suppose qu’un attaquant puisse obtenir environ 2¹⁰⁵ textes chiffrés différents à partir d’une seule clé secrète, un nombre si gigantesque qu’aucun système réel ne permettrait jamais de collecter autant de données chiffrées avec la même clé. De quoi nourrir la recherche en cryptographie, donc, mais rien à corriger dans l’immédiat sur les systèmes existants.
Anthropic assure par ailleurs avoir suivi une procédure de divulgation responsable : consultation d’universitaires, partage préalable avec des partenaires gouvernementaux, et transmission de l’attaque aux auteurs de HAWK avant publication, sans toutefois préciser qui, à l’extérieur de l’entreprise, a vérifié ces résultats.
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