En juin 2017, les locaux de Google à Paris accueilleront le sommet Lesbians Who Tech. Pendant deux jours, l'événement réunira des centaines de femmes lesbiennes et queer évoluant dans le secteur des nouvelles technologies, pour parler leadership, diversité, robotisation ou cybersécurité.

Les 23 et 24 juin 2017, Paris accueillera pour la première fois le sommet « Lesbians Who Tech ». Organisé dans les locaux de Google Paris, l’événement doit réunir des centaines de femmes lesbiennes et queer évoluant dans l’univers des technologies.

L’histoire du réseau Lesbians Who Tech commence en 2012, de l’autre côté de l’Atlantique. Née dans l’esprit de l’entrepreneure Leanne Pittsford, l’initiative interpelle jusqu’en France, et arrive aux oreilles de Marine Rome, qui travaille depuis trois années dans une startup de big data.

« Je ne me sentais pas à l’aise dans les événements tech auxquels je me rendais : c’était majoritairement un environnement masculin, blanc, dominant, parfois homophobe aussi. Au sein de cet écosystème, j’étais souvent la seule femme, la seule jeune, entourée d’hommes blancs. On ne me voyait pas, ou on me prenait pour la stagiaire ! », nous raconte-t-elle.

Un premier apéro… à 120

L’essor du mouvement de Leanne Pittsford aux États-Unis, officialisé en 2014, fascine Marine Rome, qui décide de prendre contact avec elle. « Quand j’ai vu que l’on parlait de cette initiative à San Francisco, je me suis dit que je voulais faire ça à Paris. J’ai discuté avec Leanne Pittsford, on s’est dit, banco ! Je voulais créer une communauté qui me ressemble, alors j’ai organisé un premier apéro.  »

Marine Rome fait donc une réservation dans un bar, espérant voir arriver une dizaine de personnes. Ce sont finalement 120 convives qu’elle a accueilli ce jour-là à sa table. « Cela m’a convaincue du fait qu’il y avait un besoin criant de ce genre d’initiatives en France. Aux États-Unis, c’est déjà plus au point, il y a un véritable effort de respect de la diversité, notamment dans la Silicon Valley », constate l’organisatrice française de Lesbians Who Tech.

Les femmes lesbiennes et queer ne sont pas incitées à prendre la parole au travail

Peu à peu, le réseau se structure et prend son rythme de croisière, à raison de réunions et after work organisés tous les deux mois. « Pendant une heure, ce sont les personnes de la communauté qui ont la parole. Souvent, c’est la première fois qu’elles s’expriment, car elles ne sont pas incitées à prendre la parole dans leur environnement professionnel. Ici, elles peuvent se défaire de la peur du jugement », se réjouit Marine Rome.

Ouvrir la parole sur le coming out en entreprise

Le réseau Lesbians Who Tech repose sur deux piliers : l’empowerment, et la visibilité, nous précise-t-elle : « Nos sessions portent sur des thématiques culturelles, du code, mais aussi sur le coming out en entreprise par exemple. Certaines sont prêtes à le mettre sur leur CV, mais pour d’autres c’est bien plus compliqué. J’ai discuté avec des femmes qui avaient été amenées à quitter leur entreprise. »

Marine Rome dresse en effet le constat de la difficulté, en France, d’aborder le thème de l’homophobie dans un cadre professionnel. « Bizarrement, il y a l’idée qu’on parlerait de sexualité, alors qu’en fait ce n’est pas ce dont on parle : on parle d’identité. Par exemple, quand je discute avec un collègue, et qu’il me parle de son week-end avec sa compagne, nous ne sommes pas en train de parler de sexualité. Or, si c’est moi qui commence à parler de ma compagne, tout d’un coup il y a cette idée que nous serions en train de parler de sexualité. »

Quand on parle d’homophobie, on parle d’abord d’identité, pas de sexualité

Quant à la visibilité des femmes queer promue par le réseau, elle se matérialise également lors d’événements comme Lesbians Who Tech. « On ne va pas arriver à une plus grande visibilité des femmes avec l’injonction de rester dans le placard, affirme Marine Rome. Le sommet qu’on organise à Paris va être un peu notre grand moment de visibilité. Il y a une volonté de sortir des États-Unis en organisant des événements à Mexico ou Tel Aviv. À Paris, ce sera la première fois. »

Pour organiser cet événement, le réseau peut compter sur le soutien de Google France, qui a accepté d’accueillir le sommet dans ses locaux parisiens. Les deux journées seront l’occasion d’aborder des thèmes variés allant du leadership, à la diversité, la robotisation, la cybersécurité, à la tech dans les médias ou encore l’open source. Le tout placé sous l’égide de Caitlin Kalinowski, cheffe de produit chez Oculus, et ancienne cheffe de produit chez Apple, invitée d’honneur de Lesbians Who Tech.

Sortir d’une approche genrée

Marine Rome explique enfin le choix de centrer cet événement sur les femmes qui s’identifient aux identités LGBTQ+, même s’il ne s’agit pas d’un critère pour pouvoir participer au sommet. « Dans la LGBT tech, on retrouve la dynamique, pas forcément consciente, du sexisme. Comme la logique de la domination est reproduite, les lesbiennes vont s’exclure des événements, où le G de LGBT, en quelque sorte, prend à nouveau un peu trop de place. C’est pour cela que nous avions envie d’avoir un réseau de femmes queer, qui ne soit pas fermé, mais un espace où la communication soit néanmoins dirigée d’abord vers les femmes queer. »

Une démarche d’inclusivité

Quant aux initiatives dédiés aux femmes dans les sphères de la high tech, Marine Rome leur reproche de retomber parfois dans une approche genrée, excluante pour les identités lesbiennes et queer. « Souvent les mouvements « Women in tech » tombent dans le cliché du rose et de la femme en talons. On retrouve une approche qui exclue les femmes non hétérosexuelles ou non féminines. Avec Lesbians Who Tech, on essaye d’avoir une démarche d’incluvisité en étant trans-friendly, ainsi qu’en accueillant les femmes racisées. Nous essayons de tenir compte de l’intersectionnalité », conclut l’organisatrice (l’intersectionnalité désignant le fait de subir conjointement plusieurs formes de discriminations sociales).

Comme l’indique le compte à rebours de l’événement sur le site de Lesbians Who Tech, il vous reste, à la date où nous écrivons ces lignes, quarante-trois jours pour vous inscrire en ligne.

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