Une petite équipe chez Microsoft planche sur un prototype de centre de données sous-marin. Le milieu océanique présente en effet de nombreux avantages pour les data centers.

Et si les énormes serveurs qui stockent au quotidien toutes nos données étaient plongés dans l’océan au lieu d’être installés sur la terre ferme ? C’est l’idée un peu farfelue qu’une petite équipe chez Microsoft est en train de poursuivre depuis plusieurs mois maintenant, à travers le projet Natick.

Projet Natick

Leur but ? Placer des centres de données sous l’eau, près des côtes, afin de bénéficier des bienfaits naturels de l’océan.Les cinq responsables, qui travaillent sur la question depuis plus de trois ans, voient en effet des avantages à utiliser les vastes étendues marines.

D’abord, l’eau peut servir à refroidir les installations de la même façon que le water cooling est employé par les particuliers pour évacuer la chaleur de leur PC. Ensuite, l’océan fournit une énergie marémotrice gratuite, renouvelable et écologique, évitant ainsi de faire à du gaz, du charbon ou du nucléaire pour alimenter le data center.

Il y a également un autre avantage à envisager le déploiement des centres de données au niveau des côtes : c’est en effet à proximité d’une mer ou d’un océan que vit la majorité de la population mondiale. Il y a donc du sens à diminuer la distance (et donc la latence) séparant le lieu où sont stockées les données des utilisateurs finaux.

Carte de déploiement

Bien que très expérimental, le projet Natick est déjà concret. En effet, un prototype a été testé pendant plusieurs mois au large des côtes américaines. Pendant quatre mois, d’août à novembre 2015, une capsule a été immergée à un kilomètre au large de la façade Pacifique, à environ dix mètres de profondeur.

Mais l’approvisionnement énergétique et le refroidissement des installations ne sont pas les seuls aspects qui plaident en faveur d’une immersion des data centers : d’après l’équipe de Microsoft, il est possible de déployer une telle capsule de A à Z en l’espace de 90 jours contre deux ans pour un data center sur la terre ferme.

De plus, la capsule est censée durer une vingtaine d’années avec un entretien prévu pour survenir tous les cinq ans, afin de mettre à niveau le matériel embarqué. Une fois la durée de vie du data center achevée, l’appareil est récupéré et envoyé au recyclage. Sur le papier, difficile de trouver des points faibles au projet Natick.

L'équipe

Mais peut-être est-ce le milieu marin lui-même qui reste le plus gros souci.

Que pourrait faire Microsoft, par exemple en cas de défaillance, de panne ou de fuite dans l’enceinte protectrice ? Difficile  de croire que la firme de Redmond dépêcherait en urgence une équipe sur un canot pneumatique pour effectuer une réparation en mer. Surtout la nuit. Et à condition que l’état de la mer reste acceptable.

Et ce n’est pas le seul paramètre à prendre en compte : courants, corrosion, faune et flore, trafic maritime, pression, humidité… des capteurs sont évidemment utilisés pour suivre au quotidien l’état de la capsule et de son contenu, mais le moindre incident pourrait bien se transformer en véritable mission de sauvetage.

Greenpeace veille

Si ce projet parvient à franchir ces obstacles, alors Microsoft pourrait bien avoir dans ses mains une solution durable pour installer et gérer à moindre coût ses centres de données, sans pour autant rogner sur leur fiabilité, leur qualité ou leur empreinte environnementale. Mais de la théorie à la pratique, il y a parfois un monde.

Le programme Natick pourrait en tout cas aider Microsoft à remonter vraiment dans le classement établi par Greenpeace sur l’impact environnemental des data centers des géants du secteur high-tech. Dans son rapport printanier, l’association de défense de l’environnement avait attribué des notes médiocres à Microsoft.

Microsoft prévoit de renouveler un test grandeur nature l’année prochaine, peut-être près de la Floride ou en Europe du Nord.

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