La Cité de la Mode et du Design, drôle de reptile vert allongé sur la Seine, est en panne de public et d'ambitions. Pourtant, en son centre, survit le Musée Art Ludique et ses expositions d'arts populaires. Dans la tourmente, ce dernier pourrait se voir « mis à la rue » selon son fondateur.

L’art de DC — L’aube des Super-Héros pourrait bien être la dernière exposition du Musée Art Ludique de Paris.

Programmée jusqu’au 7 janvier, la collection de costumes et de planches liés au monde des comics américains pourrait en effet signer la fin du musée d’arts populaires ouvert en 2013.

Derrière cet échec se trouve un conflit entre la direction de la Cité de la Mode et du Design, étrange vaisseau vert posé sur les quais de Seine dans le XIIIe arrondissement de Paris et le couple créateur du musée, Jean-Jacques et Diane Launier.

« L’art de DC : l’aube des Super-Héros » / Musée Art Ludique

« Sans le musée, que serait la cité ? »

Le lieu s’étalant sur 1 200 mètres carrés pourrait être contraint d’abandonner sa programmation culturelle au début de l’année 2018. Mardi dernier, le tribunal de grande instance de Paris a fini par trancher la situation, « expéditivement et sans juger le fond du problème  » estime aujourd’hui Jean-Jacques Launier. Le TGI a ainsi décidé l’expulsion du musée de Superman et de Buzz l’Éclair mais le couple Launier veut faire appel de cette décision.

Selon le TGI, le couple Launier devrait 600 000 € à la société de la Cité, la Caisse des Dépôts, mais ces derniers ont une toute autre idée de la situation. « Cette histoire de loyers impayés, [relayée dans le JDD notamment] est fausse, en réalité, la Cité a elle-même proposé d’aménager notre loyer lorsque cette dernière s’est désertifiée il y a deux ans  » affirme le patron du musée.

Cité de la Mode et du Design, Paris

Aux yeux de M. Launier, le bailleur ne respecterait pas le contrat signé lors de l’ouverture. L’ancienne direction de la Cité aurait elle-même proposé une conciliation en réduisant le loyer exigé du musée, bientôt « tout seul » dans une infrastructure qui voit tous ses restaurants fermer et les touristes la déserter.

Vaisseau fantôme, la Cité de la Mode et du Design peinerait depuis 2015 à devenir le lieu culturel et dynamique promis au couple Launier. « Nous étions engagés à payer 35 000 € par mois pour 1 200 mètres carrés, mais ce prix allait de pair avec un lieu dynamique et fréquenté ». Or, selon le fondateur du musée, l’installation d’un camp de migrants au sous-sol de la Cité a eu des effets concrets : « La question n’était pas alors d’être pour ou contre, mais de subir les conséquences de cette installation, notamment à cause des médias qui ne parlaient que de ça  ».

La fréquentation du musée baisse de 50 %, mais le couple garde son cap quand les restaurants environnants ferment les uns après les autres. Les familles et touristes évitent désormais ce lieu aperçu  en boucle sur les chaînes d’information. Seul le Wanderlust tient, avec le musée, le coup ; le soir, les parisiens viennent danser sur le parquet suspendu au dessus du camp de migrant. « Au cours de cette période difficile, la Cité a vu notre valeur, sans le musée, que seraient-ils devenus ?  » s’interroge M. Launier.

« À croire qu’ils ont décidé de nous tuer »

Des 400 000 visiteurs que le lieu accueille la première année, il n’en restera que la moitié durant cette séquence. Paris a en outre perdu son aura touristique à cause d’attentats à répétition. Dans ce marasme, Art Ludique continue de proposer des expositions qui trouvent leur public et permettent au lieu de survivre. La Caisse des Dépôts encouragerait alors le musée à trouver un arrangement financier pour durer, le loyer est revu à la baisse. C’est cet arrangement que dénonce aujourd’hui la même institution.

Et pourtant, en 2017, la Cité semble à la dérive : seul son rooftop dansant trouve encore du public, quand les défilés boudent le lieu pharaonique et que les rares événements qui s’y tiennent semblent très éloignés des ambitions originelles de ce lieu de culture. Récemment, la structure verte de 6 000 mètres carrés accueillait même «  le plus grand tournoi de sabre laser au monde  »…

Musée Art Ludique, Paris

« C’est incompréhensible, à croire qu’ils ont décidé de nous tuer peste Jean-Jacques Launier, nous sommes le premier musée au monde dans cet univers, nous gagnons une attraction mondiale et envoyons désormais nos expositions en location autour du globe, mais à Paris, nous pourrions mourir à cause de cette histoire  ». L’exposition Disney signée par le Musée est aujourd’hui un succès au Japon, et la collection DC est prête à partir à Londres au début de l’année 2018.

Reconnu pour la qualité de sa programmation et son parti pris populaire, le musée s’est rapidement attiré l’affection des fans. Ils sont aujourd’hui aux côtés du couple Launier sur les réseaux sociaux. Le musée, qui n’a jamais reçu de subventions et a réussi à tenir tête à beaucoup pour réussir son défi, inspire.

« Dessins du Studio Ghibli » une exposition signée Art Ludique en 2014

Aujourd’hui, le couple a trouvé du soutien dans la presse, auprès du maire d’arrondissement et le Ministère de la Culture regarderait la situation selon M. Launier. « Il faut que quelqu’un adresse l’absurdité de cette situation, on ne va pas nous mettre à la rue à cause de ce coup de menton, sans raison apparente, de la Caisse des Dépôts…   »

La décision appartient maintenant à la justice et à la nouvelle direction de l’institution publique. En attendant, le couple Launier invite tous ses amis, fans et curieux, à venir rencontrer Clark Kent dans son musée… en sursis.

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